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30/07/15 | 15 h 38 min

COULAURES / DARCHEN : Discours prononcé par Madame Corinne Ducrocq, Maire de Coulaures, lors du Parrainage

discours Coulaures

Parrainage de DARCHEN

Madame La Conseillère départementale, chère Annie,
Monsieur Le Conseiller départemental, cher Bruno,
Mesdames et Messieurs Les Maires,
Mesdames et Messieurs les élus,
Madame la Présidente de France TIBET
Monsieur Le Représentant du bureau du Tibet, porte parole du Daïla lama,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

( Monsieur Le sous-préfet, secrétaire général de la Préfecture de la Dor-dogne, était excusé.)

Avant de nous sentir impliqués, avant de nous sentir concernés par la cause tibétaine, nous vivions accaparés par un quotidien trop présent, dans une succession de jours trop courts mais, somme toute, assez heureux et, dans l’atmosphère épaisse de nouvelles locales plutôt rassurantes.

Ne pas être confrontés directement au monde lointain et aux tragédies qui s’y produisent nous permet de conserver une certaine idée du bonheur
Vivre dans une vérité limitée à notre beau Périgord ne représenterait-t’il pas la faiblesse flagrante de vouloir fermer les yeux sur l’extérieur, ses dangers et ses injustices?
Comme nous, dans chaque contrée, dans chaque région, dans chaque pays du monde, les hommes et les femmes aspirent à plus de paix, à plus de com-préhension, à plus de bonheur.
Nous sommes tous formatés pour rechercher la béatitude et l’amour, mais peu d’entre nous, sont assez chanceux pour trouver sur cette terre, le chemin qui y mène, ou l’état d’esprit dans lequel il réside.

Un peuple était sur la voie, sans force, sans haine et sans aspiration domina-trice.
Un peuple était prêt à toucher du doigt le domaine des dieux et à découvrir le canal spirituel pour s’y rendre.
Leur contrée millénaire s’élevait déjà à une altitude suffisante pour que les pensées les plus basses perdent de leur consistance et que la philosophie soit une ouverture et non un carcan.

Le Tibet était une terre d’éveil où certains occidentaux venaient, d’ailleurs, prendre du recul ou de la hauteur sur leur vie matérialiste et tourmentée, par une retraite dans un monastère tibétain, sanctuaire de paix et de sérénité. Mais en 1950, le toit du monde s’effondra sur lui-même car des forces étran-gères venaient lui ôter le droit à l’expression, le droit de prière et le droit de vivre. Finie, la gaité légendaire de ce peuple, étouffées, la sérénité et la plénitude que l’on pouvait respirer, là-bas, en même temps que l’air frais des mon-tagnes; les tibétains étaient arrachés de leur méditation pour être jetés au sol et obligés de ramper s’ils voulaient survivre.

La Chine s’arrogeait le pouvoir d’envahir un territoire qui ne lui a jamais ap-partenu et de détruire une civilisation plus ancienne que leur dynastie Han.

Les 40000 soldats de la Chine communiste des années 1950 se muèrent en autant de colons, de policiers et d’administrateurs pour arriver aujourd’hui à une population chinoise supérieure à ce qui reste du peuple tibétain.
65 années de destruction de monastères, (plus de 6000 monastères furent détruits), 65 années d’arrestations arbitraires, 65 années de tortures et de ré-éducation forcée.
65 années de restrictions de droits fondamentaux, 65 années de stérilisations sommaires des femmes tibétaines, et d’avortements contraints, de meurtres et de condamnations abusives.
Un millions deux cent mille morts tibétains furent les victimes, par travaux for-cés, par famine, ou par répression, du « grand bond en avant » de Mao Tse Tong.

Pour le Tibet, ce « grand bond » en avant se fit, surtout, dans le vide.

Aujourd’hui, le génocide continue, à l’abri d’immenses montagnes qui étouf-fent les cris et les pleurs.
Le vent amortit le bruit des coups sourds des geôliers et attise les flammes des immolations.
Les traditions et la culture tibétaines sont insidieusement interdites, rempla-cées par une démagogie de bas niveau et une absence voulue de toute édu-cation et de tout enseignement.
Aujourd’hui, le Tibet est une prison pour les tibétains, condamnés à une ex-tinction programmée et inhumaine.
Les gouvernements occidentaux se sont élevés,d’une voix tellement faible, contre les exactions et le pillage du Tibet faits par le gouvernement chinois, que celui-ci en rit encore.
Trop d’intérêts économiques, trop d’argent en jeu, pas assez de fermeté et de courage…
Le Tibet subit, inexorablement, sa mise à mort, dans le silence des neiges éternelles et du monde diplomatique étranger.
Le Tibet est loin d’ici, et il fallut du temps pour que le son des Dungchen nous parvienne, étouffé, presqu’inaudible.
Un habitant de Coulaures, Jean-Claude Rey, venu du pays de Paris où l’acoustique devait être meilleure, fut l’initiateur de notre prise de conscience et le lien avec l’association France-Tibet.

Georges Roche, membre actif de l’association France-Tibet fut alors auprès de nous l’avocat convaincant de la cause tibétaine et, c’est d’un commun ac-cord que le conseil municipal et moi-même décidèrent de nous lancer dans la grande aventure humanitaire et humaine du parrainage d’un village du Tibet.
Nous attendions avec impatience le nom de ce village, prêts affectivement et psychologiquement à adopter celui-ci, comme s’il s’agissait d’un enfant tibé-tain.

Le village de DARCHEN nous fut proposé, car celui-ci demandait son parrai-nage par une commune française afin de préserver son nom, son existence, et son avenir.
Coulaures, par notre voix, entrait dans l’histoire de la résistance à l’envahis-seur, pour la deuxième fois.

La première fois en 1944 pour sauver ses habitants de la mort et elle-même de sa destruction, et maintenant pour soutenir le Tibet, en général, et Dar-chen, en particulier, dans une guerre qui ne dit pas son nom.

Coulaures rejoint, aujourd’hui, les 64 autres communes de France qui mar-chent à vos côtés;
Si cela peut vous réconforter, chers amis tibétains, sachez qu’Il n’y eut, dans toute votre Histoire, aucun envahisseur qui resta durablement au Tibet, hor-mis les neiges éternelles.

En parrainant le village de Darchen, nous inscrivons, de façon indélébile et symbolique, son existence propre et inaliénable, dans nos mémoires et dans celle du monde.
Darchen ne pourra plus disparaître car son destin est lié désormais à celui de Coulaures.
Ce village est situé au pied du mont sacré Kailash, montagne la plus sacrée du Tibet, à l’extrême Ouest du pays.

Elle se nomme aussi: montagne-svastika. La sagesse classique admet qu’un seul tour de ce mont annihile les péchés de toute une vie et que 108 tours garantissent l’éveil.
Darchen est un village permettant aux pèlerins de commencer et de finir leur circumambulation. Il comporte un monastère et le Mani Lhakhang.
Envahis par des touristes chinois et par des tour-operators, ses habitants ont demandé à être parrainés par une commune française, afin de préserver leurs traditions.

C’est avec gravité et fierté que Coulaures a fait le choix de sauvegarder le nom de Darchen, à travers le drapeau tibétain et les plaques fixées au pan-neaux d’entrée et de sortie de Coulaures. Nous deviendrons la résonance de ce village, dans le monde libre, et sa voix inextinguible.

Je sais que notre action semble dérisoire face à l’importance du drame qui se joue là-bas au Tibet mais plus, nous serons nombreux en France, à parrainer un village tibétain, plus notre voix sera forte et entendue.

Je terminerai mon discours par ces mots :
« Celui qui a déplacé la montagne, est celui qui a commencé par enlever les petites pierres. »
Que vive libre le Tibet, et que la France, pays de liberté et de fraternité fasse entendre sa voix.