Le premier site d'actualité sur le Tibet

www.tibet.fr

16/03/16 | 17 h 21 min

Le groupe « anti-Dalaï Lama » se dissout après des investigations de Reuters sur le rôle de la Chine.

Le groupe bouddhiste qui menait une campagne mondiale de harcèlement contre le Dalai Lama a annulé ses démonstrations et s’est dissout, selon une déclaration sur son site web.

L’annonce est survenue après que des investigations de Reuters ont révélé en Décembre que les dirigeants du Parti Communiste Chinois sont derrière la secte religieuse bouddhiste et derrière les  manifestations qui ont affronté le Dalaï Lama dans presque chaque pays qu’il visite. Reuters a trouvé que la secte est devenue un  instrument clef de la campagne chinoise pour discréditer le dirigeant spirituel tibétain.

Les directeurs de la communauté  Internationale Shugden  (ISC) ont decidé d’“arrêter complètement d’organiser des  manifestations contre le Dalai Lama,” a dit la déclaration sur le site web du groupe Buddhiste. Depuis le 10 Mars, l’ISC et ses sites web se dissoudraient, a ajouté la déclaration, sans donner aucune explication.

Le message non daté était de  Len Foley, un porte-parole de l’ ISC. Le numéro de téléphone de Foley listé antérieurement sur du matériel publicitaire est maintenant déconnecté.

Nicholas Pitts, un porte-parole de l’ISC basé à Hong Kong n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Le Dalai Lama a dit qu’il était conscient de la  décision de l’ISC de se dissoudre. “Je ne sais pas,” a-t-il dit, quand on lui a demandé qui était derrière cette annonce du groupe.
“Votre article était quelque chose de complet, une sorte de présentation globale, il a été très utile,” a-t-il ajouté, se référant aux investigations de Reuters.

Le chef spirituel tibétain a parlé à un reporter de Reuters en marge d’un briefing avec les médias aujourd’hui à Genève. *

Plus de cinq décennies après qu’il se soit enfui en exil en Inde, suite à l’échec d’un soulèvement contre la règle chinoise, le Dalaï Lama exerce encore  une autorité religieuse considérable sur la plupart des 6 millions de Tibétains vivant à l’intérieur des frontières chinoises. Cela rend Pékin furieux, qui le dénonce systématiquement comme séparatiste, l’accusant de vouloir séparer le Tibet de la Chine.

Aux États-Unis, l’ISC est enregistrée comme une association caritative en Californie. Depuis 2014, ses porte-parole ont dit qu’ils sont responsables de l’organisation des manifestations mais ont nié tout lien avec Pékin ou le Parti Communiste Chinois ( PCC).
Les manifestants sont membres d’une secte qui rend un culte à Dorje Shugden, une déité du bouddhisme tibétain. Le Dalaï Lama dissuade de pratiquer ce culte, mettant en garde ses disciples du fait que cette déité est un esprit nuisible. Les adeptes de Dorje Shugden accusent le Prix Nobel de la Paix âgé de 80 ans de les persécuter et de diviser le bouddhisme tibétain. « J’ai moi aussi pratiqué ce culte » a dit le Dalaï Lama, se référant à cette déité, « par ignorance ». Mais il a fini par réaliser que cette déité était « très négative, très nuisible » trécisait-il.

Des manifestants occidentaux
Cela fut longtemps  une dispute religieuse obscure, interne, mais elle a été exportée en occident.
Les manifestants ont suivi le Dalaï Lama le long de sa tournée de conférences dans les villes d’Amérique du nord, d’Europe et d’Australie.
La plupart des manifestants ont été des recrues occidentales. Ils se sont ligués avec un plus petit groupe d’adeptes tibétains et ont chanté des slogans en battant du tambour, et ont parfois interrompu les discours et les enseignements du Dalaï Lama. Ils accusent le Dalaï Lama d’être un fanatique et un imposteur.
Les plus récents engagements du Dalaï Lama se sont déroulés en grande partie sans manifestations. Il y a eu une petite démonstration plus tôt cette semaine pendant sa visite à Madison, Wisconsin, selon des témoignages donnés  dans  l’ entourage du chef spirituel tibétain.
Pendant que plusieurs centaines [ de membres de la Communauté tibétaine et des supporters  de la cause du Tibet ] se rassemblaient aujourd’hui avec des tambours et des drapeaux tibétains en face du bâtiment des Nations Unies à Genève, pour écouter le Dalaï Lama, il n’y avait aucun signe de manifestations à l’encontre du  chef spirituel tibétain.
Sonam Rinchen, un Tibétain basé aux États Unis, qui avait été porte-parole pour l’ISC pendant les manifestations  l’année dernière, a dit qu’il n’était pas au courant des raisons que le groupe avairnt de renoncer à ses démonstrations.
Rinchen, qui nie avoir des liens avec la Chine, a dit qu’il était indécis quant au fait de savoir s’il allait continuer à manifester. Lui et quelques adeptes de Shugden prétendent que l’appel du Dalaï Lama pour ne pas vouer un culte à la déité a entraîné de l’ostracisme contre les adeptes et leurs familles au Tibet et à l’étranger. Reuters n’a pas pu confirmer cette affirmation.
« Les gens qui souffrent vraiment sont des réfugiés tibétains et les Tibétains de l’intérieur du Tibet » a dit Rinchen.
Le Dalaï Lama a dit à Genève qu’il était de son devoir d’expliquer pourquoi il a arrêté de vouer un culte à la déité Dordje Shugden.  » Que les gens m’écoutent ou non, libre à eux  » a-t-il ajouté.
Lutte contre la é clique du Dalaï .
En décembre, Reuters a rapporté qu’un document interne du Parti Communiste distribué aux officiels chinois en 2014 décrivait la question Shugden comme  » une importante couverture dans notre lutte contre la clique du Dalaï « .
Un moine, ancien membre du mouvement Shugden qui fut basé en Inde et au Népal, Lama Tseta, déclarait à Reuters que le puissant United Front Work Department dirigeait la campagne contre le Dalaï Lama.
Tseta, qui vit maintenant aux USA  précisait que la Chine le payait, ainsi que d’autres moines Shugden, pour planifier et coordonner ces activités. Il n’a pas fourni de pièces justificatives du financement chinois de ces manifestations.
L’investigation de Reuters a aussi révélé le contenu d’un document d’informations interne  constatant, suite aux manifestations devenues si virulentes que les États Unis, les Indiens et d’autres services de renseignements avaient alerté le Dalaï Lama au sujet de la menace qu’elles représentaient pour sa sécurité.
L’évaluation de la sûreté a été préparée pour le représentant officiel du Dalaï Lama au Royaume Uni avant les deux voyages du chef spirituel tibétain là-bas l’an passé.
En réponse aux questions de Reuters au sujet du soutien du Parti Communiste Chinois à la secte Dorje Shugden, le Ministre des Affaires étrangères chinois répondait que le Dalaï Lama pratiquait une « tyrannie religieuse ».

Photo : REUTERS/JONATHAN ERNST/FILES

Des membres de International Shugden Community manifestent  contre le Dalai Lama, qu’ils  accusent d’intolérance religieuse  au travers d’une rue, sur le site du National Prayer Breakfast au Hilton  Washington Hilton, en février 2015.

Traduction Tibet Normandie .
REUTERS/JONATHAN ERNST/FILES

16/03 : Le groupe Anti-Dalai Lama se dissout après l’exposition du rôle de la Chine.
(Central Tibetan Administration)

Reuters, 12 March 2016

  • * Le Dalaï Lama se trouvait à Genève ces 11 et 2 mars 2016