Le premier site d'actualité sur le Tibet

www.tibet.fr

08/01/18 | 22 h 11 min par Zoltan Vörös / Traduction France Tibet

A qui profite le projet de liaison ferroviaire Budapest – Belgrade ?

Les détails du projet montrent clairement que la Chine est la véritable gagnante.

 

Paru le 4 janvier 2018

D’après les officiels hongrois et chinois, une étape de la stratégie chinoise One Belt, One Road (OBOR ou BRI), un projet de ligne ferroviaire de 366 km, pourrait bientôt débuter pour relier la capitale serbe de Belgrade à la capitale hongroise de Budapest. A l’origine, le projet devait débuter en 2015. La date officielle du début des travaux a été annoncée à Budapest lors du sommet international 16+1 entre la Chine et les pays de l’Europe centrale et orientale.

Selon les médias, cette ligne ferroviaire pourrait devenir la principale route pour la marchandise chinoise entrant en Europe par le port chinois du Pyrée en Grèce. Officiellement, le projet pourrait faire passer le temps de voyage entre les deux capitales de huit à deux heures et demie avec une vitesse maximum de 200 km/h. Cette ligne ferroviaire est donc considérée comme un étendard chinois pensé pour augmenter la présence chinoise dans la région.

Toutefois, la réalité est quelque peu différente, ce qui nous amène également à réfléchir aux intentions derrière ce projet.

Beaucoup de fausses informations circulent sur le projet. Il peut réduire le temps entre Belgrade et Budapest, mais comme les documents parlent plutôt d’une vitesse maximum de 160 km/h (et non 200 comme stipuler dans les médias chinois et internationaux ), le voyage sera de 3 heures et demie… et les trains de fret ne sont pas conçus pour ces vitesses. Comme il apparaît en jetant un œil sur une carte, le voyage depuis le port du Pyrée, pour rejoindre les pays de l’ECE, ne devra pas seulement transiter par Belgrade et la Hongrie, il devra également passer par les Balkans, soit la Macédoine et le sud Serbie, et leurs infrastructures sous-développées si ce n’est pire.

Comme a déclaré un responsable Hongrie de COSCO, la compagnie chinoise opérant sur le port grec du Pyrée, à un site internet d’information hongrois, COSCO exporte via le Pyrée depuis 2014 et la nouvelle liaison ferroviaire ne peut pas vraiment l’aider dans son activité. COSCO peut déjà tout transporter, et le gain de 4 heures de voyage sur la section Belgrade – Budapest ne peut occulter le fait qu’il faudra environ quatre jours pour rejoindre en train Budapest par la botte balkanique (3 jours dans le meilleur des cas, et 8 jours avec le pire scénario ).

S’il n’est pas question de transit de marchandises, quels sont les réelles raisons du projet ?

Premièrement, regardons tous les détails connus. En Hongrie, une portion de voie ferrée longue de 152 km sera rénovée et construite, créant un lien avec la frontière serbe constitué de deux voies permettant une vitesse de 160 km/h. Quant aux coûts, les médias internationaux ont faux sur les détails, surtout en raison du secret maintenu autour du contenu des discussions officielles. Tel que le résume un journal hongrois, la section hongroise coûtera 3 milliards de dollars. Sur ce total, 85 % seront dépensés à travers des prêts contractés avec la Chine avec des intérêts s’élevant entre 500 et 800 millions de dollars et 15 % directement par le gouvernement hongrois. Le coût total devrait alors avoisiner environ 3,7 milliards de dollars. Tandis que le projet a déjà été retardé, le début des travaux ne pourraient commencer que dans trois ans, un an pour les procédures publiques (telles que voulues par la réglementation de l’Union Européenne [ dont le respect de l’appel d’offre, NdT]) et deux ans pour la phase de planification et de négociation. Ce qui impliquerai un début de travaux pour 2021 et leurs fins entre fin 2023 ou début 2024.

Est-ce profitable pour la Hongrie de construire ces voies ferrées avec l’aide de la Chine ? Il semble que le projet soit plus avantageux pour la Chine.

Premièrement, le projet ne reliera pas les principales villes hongroises (par exemple en reliant Budapest et Szeged). De plus, en considérant l’économie, le tourisme ou les relations commerciales, Belgrade n’est pas une priorité pour la Hongrie. Il lui est plus important de rénover ou améliorer les liaisons occidentales et orientales avec l’Ukraine et la Roumanie qui sont plus nécessaires au cadre des relations économiques.

Deuxièmement, il est également important de noter qu’alors que le monde considère ce projet un projet chinois, comme mentionné plus haut, celui-ci est financé par la Hongrie ( dont 85 % via des prêts concédés à la banque chinoise Exim pas même exonérés d’intérêts, bien que ces prêts soient avantageux par rapport au marché. La situation est similaire en Serbie. Et, d’après, la voie officielle hongroie, la charge des intérêts dépend de la part accordée aux entreprises chinoises au projet : moins elles participeront au projet, plus lourds seront les intérêts, plus de participation chinoises plus faibles seront les intérêts.

Ce qui nous amène au troisième point, d’après ce qui est prévu, la ligne ferroviaire sera surtout construites par des entreprises chinoises.

Pour résumer, le projet hongrois s’apprête à rénover 152 km de voies ferrées pour 3 milliards de dollars, plus des intérêts entre 500 et 800 millions, pour aider la Chine à concrétiser sa vision économique, avec l’aide de prêts chinois et la majorité du travail fait par des entreprises chinoises. Selon des estimations, il faudra entre 130 et 2 400 ans pour que la Hongrie gagne de l’argent avec ce projet.

 » La Serbie a pour sa part reçu des prêts chinois [ avec la banque Exim; NdT] d’une valeur de 5,5 milliards d’euros pour construire des routes, des lignes de chemin de fer et des ponts, comme celui qui surplombe le Danube à la hauteur de Belgrade. Il a coûté 170 millions d’euros et a été inauguré en 2014 par Li Keqiang. » Le Temps, Pékin étend son influence en Europe de l’Est ,11 décembre 2017.

Pourtant, le gouvernement hongrois célèbre le deal, ainsi son Ministre des Affaires Etrangères déclarait : « Nous, dans la région, avons retenu le rôle dominant de la Chine dans le nouvel ordre mondial telle une opportunité plutôt qu’une menace. » La voie ferrée est une véritable opportunité mais pour la la Chine et ses entreprises plutôt que pour la Hongrie. Dans le futur, avec cette ligne ferroviaire, la Chine obtiendra plus facilement des appels d’offres publiques au sein de la communauté européenne.

Dr Zoltan Vörös, PhD, est un assistant universitaire à l’Université de Pècs au département de Sciences Politiques et d’ Etudes Internationales.

L’avis de l’Union européenne ? Voici :  »

« La Commission européenne « soutient les initiatives permettant d’améliorer la croissance entre l’Asie et l’Europe », selon sa porte-parole, Lucia Caudet. Toutefois, Bruxelles rappelle que ces progrès ne valent que s’ils sont réalisés « de manière ouverte et transparente, dans le cadre des lois communautaire ». Les services de Jean-Claude Juncker sont actuellement en train de vérifier si le projet est conforme au droit européen, notamment en termes d’appels d’offres. » Le Monde, Pékin veut moderniser la voie ferrée qui relie la Grèce à la Hongrie, 12/08/2017

Toutefois, lorsqu’un diplomate européen s’exprime sur un journal américain, il préfère rester anonyme… affaires sensibles ou tabou ?