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30/11/18 | 23 h 30 min par Julien Constant

ACHERES : Le bidonville des Tibétains en sursis

Le sous-préfet a annoncé samedi le démantèlement du camp… dès qu’il aura trouvé des bâtiments pour accueillir durant l’hiver les 350 réfugiés qui y sont installés.

C’est un camp de tentes planté dans la boue à côté d’une déchetterie. Depuis le mois de juin, plus de 350 Tibétains se sont progressivement installés, dans ce bidonville, à Achères, où les conditions de vie sont terribles. Ces hommes et ces femmes qui ont fui l’oppression chinoise vivent là, sans sanitaire, parmi les ra

Leur calvaire devrait bientôt prendre fin. Le sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye, Stéphane Grauvogel, a annoncé, samedi, lors d’une réunion publique à Achères, le démantèlement prochain de ce camp de fortune et l’accueil de toutes les personnes qui s’y sont réfugiées. « Nous allons passer à une phase de mise sous abris, précise le sous-préfet. Autrement dit, il s’agit de les mettre provisoirement sous un toit et de leur donner une soupe durant l’hiver. Nous leur donnerons aussi accès à la santé ».

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Achères, samedi. Le sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye Stéphane Grauvogel (à g.) a présenté son projet pour mettre à l’abri les Tibétains aux acteurs associatifs qui leur viennent en aide. LP/JC.Le représentant de l’Etat est à la recherche, dans les Yvelines, de lieux inoccupés et équipés de sanitaires, qui pourraient être transformés facilement en lieu de vie. Il évoque des bâtiments libérés par la caisse d’allocation familiale ou des gymnases. « Nous voulons travailler sur la base du volontariat avec les communes et les propriétaires. Mais au cas où nous n’y parvenions pas, nous aurions recours à la réquisition. L’idée est de passer à l’action dès cette semaine », prévient-il. Présent à ses côtés lors de la réunion, l’ex-député-maire de Versailles Etienne Pinte, président du Conseil National des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE), rappelle que « les Tibétains sont des demandeurs d’asile qui obtiennent tous et rapidement le statut de réfugié politique ». « Ce sont donc des personnes en situation régulière sur le territoire Français qu’il faut mettre à l’abri de manière temporaire avant de trouver une solution définitive, ajoute ce spécialiste de l’accueil des migrants. Nous avons besoin les uns des autres pour déménager et rassurer ces gens ».

De nouveaux réfugiés chaque semaine

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Achères, samedi. Les Tibétains s’organisent tant bien que mal dans leur camp de fortune. LP/JC.

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Achères, samedi. LP/JC.Une trentaine d’hommes et de femmes qui viennent en aide aux migrants ont pris place autour du sous-préfet, samedi. Au centre, Laurence Milon. Cette femme brune travaille pour l’association la Pierre Blanche qui gère la péniche « Je sers » amarrée sur les quais de Conflans-Sainte-Honorine.

L’association ne peut plus faire face à l’afflux des réfugiés qui les sollicitent quotidiennement pour pouvoir utiliser les sanitaires, se nourrir et se soigner, « parce que bon nombre d’entre eux sont malades » indique-t-elle. Pour son directeur, Hugues Fresneau, trouver une solution pour les occupants du bidonville d’Achères est forcément une bonne chose, mais il demande aussi à l’Etat d’intervenir pour stopper le flux de nouveaux arrivants qui viennent, à raison d’une dizaine par semaine, rapporte-t-il.

Le sous-préfet Stéphane Grauvogel précise que le camp d’Achères est composé à 70 % de réfugiés politiques installés là depuis un moment et de 30 % de personnes qui viennent d’arriver en France. Selon lui, la difficulté vient de la ville de Paris, dont les capacités d’accueil d’urgence sont débordées. Il préconise pour sa part l’ouverture de centres d’accueil en province qui permettrait, plaide-t-il, une intégration progressive des réfugiés dans le tissu social français.

« JE SOUFFRE EN FRANCE MAIS J’AI MOINS PEUR QU’ENTRE LES MAINS DES CHINOIS »

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Achères, samedi. Danoe Lhasawa, 38 ans, vite depuis plusieurs semaines sous une tente. LP/JULIEN CONSTANT.Gros gilet noir et bonnet sur la tête, Danoe Lhasawa, 38 ans, vit depuis plusieurs semaines dans ce bidonville insalubre d’Achères. « C’est très dur, souffle le jeune homme. Il fait très froid. Quand je vivais au Tibet, j’habitais dans une très mauvaise maison mais c’était une maison… » Le trentenaire a pris l’avion pour rejoindre la France pour des raisons politiques. « Je souffre en France, mais au moins, je n’ai pas peur. J’ai moins peur dans le bidonville qu’entre les mains des Chinois, au Tibet, confie-t-il sobrement. Je veux faire ma vie ici, dans ce pays de liberté où on a le droit de manifester ses opinions. Je voudrais devenir professeur ».

En attendant, et comme tous ses compagnons d’infortunes, Danoe traverse quotidiennement la N 184 pour rejoindre la péniche « Je sers », à Conflans, où il apprend à faire des confitures et surtout les bases de la langue française, la condition sine qua non pour trouver un emploi, un logement et construire sa vie dans l’hexagone. Danoe affiche un large sourire quand il apprend qu’il devrait bientôt dormir au chaud. « Je suis vraiment très content » souffle-t-il.

Île-de-France & Oise>Yvelines|Julien Constant|25 novembre 2018, 16h17|

Achères, samedi. Le camp de tentes des Tibétains, planté dans la boue à côté d’une déchetterie, est envahi par les rats et n’est pas équipé de sanitaires. LP/JULIEN CONSTANT.