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04/07/18 | 21 h 01 min par Valérie Duponchelle

ARLES : Aux Rencontres d’Arles 2018, l’heure est à la contemplation avec les photographies de Matthieu Ricard

Matthieu Ricard: «Le bouddhisme est clair dans sa condamnation de la violence»

Rencontres d'Arles 2018, l'heure est à la contemplation

ARLES EN UN CLICHÉ 1/5– Les 49e Rencontres d’Arles se sont ouvertes lundi avec la visite officielle de la ministre de la Culture, résolue à affronter sa décote. Inauguration de l’autre côté du Rhône, dans le pavillon en bambous de l’architecte colombien Simon Vélez qui accueille les photos de Matthieu Ricard, conseiller du Dalaï-Lama. De notre envoyée spéciale à Arles

Chaleur de plomb sur Arles qui a inauguré, lundi 2 juillet, la 49e édition de ses Rencontres de la Photographie qui va faire battre le cœur de la ville jusqu’au 23 septembre. Cette année, l’atmosphère est différente, tant la ville antique d’Arles change à la vitesse d’une ville du Far-West sous l’emprise de la ruée sur l’or. Faites vos jeux, rien ne va plus?

Le charme un peu suranné et farouchement spécialisé de cette manifestation sans pareille laisse la place à un festival beaucoup plus trépidant, télescopage toujours plus grand d’évènements et de vernissages, de cérémonies de remises de prix et de dîners d’amateurs à la fraîche, dans le sillage des biennales de Venise et autres grands rendez-vous internationaux de l’art. Il s’agit d’anticiper avec punch les festivités du cinquantenaire en 2019.

 Jusqu’au cadre lui-même qui change d’échelle et de catégorie. Cette année, Arles voit grand, et même très grand, avec la Fondation Luma de la grande mécène suisse Maja Hoffmann et de l’architecte canado-américain Frank Gehry qui pousse comme un extraterrestre au Parc des Ateliers grâce à un chantier mené tambour battant, une ambition bluffante et une méthodologie toute suisse. Dans la vieille ville, les regards sont tournés vers l’Hôtel Arlatan, noble institution que Maja Hoffmann a métamorphosée en palais de la couleur grâce à l’artiste cubain Jorge Pardo.

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L'Hôtel Arlatan métamorphosé par l'artiste cubain Jorge Pardo en une oeuvre d'art total.

Les 49e Rencontres ont misé, elles aussi, sur l’impact de l’évènementiel avec le pavillon immense tout en bambous de l’architecte colombien Simon Vélez qui prend tous ses aises à Trinquetaille: il entend attirer le public de l’autre côté du Rhône grâce aux 40 grands tirages méditatifs de Matthieu Ricard, le conseiller personnel du Dalaï-Lama.

Contemplation, tel est le nom de ce pavillon splendide de 1000 m2 qu’un habile usage des courants d’air et d’évacuation de l’air chaud par le haut dispense de climatisation (sous l’impulsion de Maja Hoffmann, séduite par le projet, un mécénat de compétence de Vinci Construction France chiffré au-dessus de 1,2 million d’euros, même s’il n’implique pas de sommes versées). Pouvant accueillir 500 visiteurs simultanément, ce pavillon est bien dans l’esprit contemporain qui passe aisément de la consommation au yoga, du matérialisme à la quête spirituelle. Et veut «s’élever comme un lieu de sérénité, invitant à la découverte et au recueillement».

Sous la demi-pénombre de ce temple de la nature, s’est tenu lundi 2 juillet le «Banquet d’inauguration» des Rencontres 2018, une très longue ligne de tables avec tirage au sort des places où les tomates vertes, les amandes de Visan, les «fromages de chèvre de la famille Gaëc-Gillet à Aureille» et les «yaourts et confitures de nos Mamans» formaient presque un repas d’apôtres. Matthieu Ricard n’était pas là, mais «en retraite».

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En revanche, ses grands tirages Imprimés sur du papier japonais Awagami, «véritable héritage culturel, dont la technique de production remonte à 1 400 ans», mettaient en gloire ses photographies prises entre 1983 et 2017, soulignés de citations diverses, poétiques, politiques, métaphysiques et édifiantes pour apporter ce «témoignage d’une vie entièrement dédiée à la spiritualité» (officiellement, rien n’est à vendre in situ, et le produit des éventuelles ventes ultérieures est destiné à ses œuvres caritatives).

«Du Népal, à l’Inde, de l’Argentine au Tibet, du Chili au Bhoutan, la lumière surgit de l’immensité des paysages et de leur plénitude», vante le dossier de presse de Baluze, le maître d’œuvre de ce projet vraiment spectaculaire (70 m de long, 10 m de haut, 3 mois de construction).

Lucille Reyboz et Yusuke Nakanishi, les fondateurs de Kyotographie, le festival photo qui explose au Japon, dans le pavillon en bambous de Simon Vélez. En 2015, pour la 3e édition de leur festival, ils avaient demandé à l'architecte japonais Shigeru Ban une structure éphémère en carton pour y exposer les photos magnifiques du missionnaire allemand en Terre de feu, Martin Gusinde. Deux idées qui ont trouvé leur chemin jusqu'aux Rencontres d'Arles.

Au banquet d’inauguration, tout le gratin de la photo et de l’art contemporain était là, de Sam Stourdzé, directeur ultra-entreprenant des Rencontres, à Maja Hoffmann, sorte de cheval sauvage sans laquelle aucun évènement n’est vraiment arlésien, de Hans Ulrich Obrist, gourou des curators et directeur de la Serpentine Gallery à Londres, à notre ministre de la Culture, Françoise Nyssen, enfin chez elle, de la star britannique de la photographie Paul Graham au nouveau directeur de la MEP, le «so british» Simon Baker.

Les 28 et 29 juillet, «deux soirées exceptionnelles entre musique et méditation avec la pianiste Maria Joao Pires et Matthieu Ricard» attendent les amateurs au Théâtre antique. Dans ces premières agapes très bios de caviar d’aubergine à la ciboulette et de tsatziki de concombres du pays, on discutait plutôt photo que de «l’affaire immobilière» à la une à Paris. Personne n’abordait ouvertement la question des grands travaux irréguliers imputés par Le Canard enchaîné à Jean-Paul Capitani, le mari de la ministre, au siège de leur maison d’édition arlésienne, la fameuse Actes sud.

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Le matin même, Hervé Schiavetti, le maire communiste d’Arles, avait souligné dans son discours d’ouverture «combien sa ville était attachée à Françoise Nyssen», par opposition aux rumeurs parisiennes qui la disent sur le départ. Une drôle de déclaration d’amour qui résonnait presque comme une sentence. Là encore, pas un mot dans les rangs officiels sur «l’affaire», même si beaucoup ont lu les deux articles à charge du Canard enchaîné et s’en désolent en aparté: Françoise Nyssen est une figure aimée du monde de la photo, une femme de cœur et ses réponses strictement conjugales n’ont pas vraiment convaincu.

Mardi 3 juillet, les Capitani recevaient comme d’usage leurs amis chez eux, derrière le Méjan, lieu historique visé par l’article. La ministre était déjà repartie pour Paris. Jean-Paul capitani faisait donc seul le tour des tables, soulignait que le vin était biologique, les tomates et légumes cuisinés par les élèves de l’école qu’il a créée avec son épouse. Et se félicitait, à haute voix» que celle-ci «ait annoncé son intention de soutenir une loi contre les «fake news». Pas un invité ne bronchait.

Retour à l’objectif? La semaine de vernissage des Rencontres 2018 attend jusqu’à dimanche 8 juillet, comme l’an dernier, plus de 17.000 professionnels pour découvrir les 36 expositions du programme officiel auquel s’ajoutent les temps forts de la Fondation Luma de Maja Hoffmann au Parc des Ateliers (les artistes britanniques le plus incontrôlables, Gilbert & George, sont là et bien là qui font du «performing art» Place du Forum, juste en buvant leur eau minérale!).

Cela fait donc un petit monde en soi, un monde de passionnés et de causeurs qui débattent sans fin et souvent sans complaisance des 151 photographes présentés cette année, mais aussi des changements spectaculaires d’un paysage arlésien qu’ils connaissent bien. En 2017, quelque 125.000 visiteurs sont venus à la rencontre de ce festival photo unique, soit un bond de +40% en trois ans.