Le premier site d'actualité sur le Tibet

www.tibet.fr

10/10/17 | 17 h 55 min par Laurent Bouit

ARTE : Documentaire « Chine : à la conquête de l’ouest » diffusé à 22h35, ce mardi 10 octobre … Une des nouvelles Routes de la Soie

Voilà longtemps que la route de la soie est devenue celle des hydrocarbures, mais cela ne devrait pas empêcher les amateurs des caravanes d’antan de regarder Arte ce soir.

Diffusé à 22h35 ce mardi 10 octobre, le documentaire « Chine : à la conquête de l’ouest » a su se mettre à la hauteur du projet pour le moins pharaonique du président chinois. Pékin entend ressusciter les anciennes routes de la soie, en commençant par relier l’ouest de la Chine à l’Europe via l’Asie centrale.

Pour suivre cette saignée de béton de 10 000 kilomètres depuis la mégalopole de Chongqing, pour filmer ces nouvelles cicatrices du rail sur les contreforts du Tibet, dans le désert de Gobi, puis les steppes d’Asie centrale, le spécialiste des road-documentaires, Laurent Bouit, nous raconte dans l’entretien qui suit les dessous d’un tournage : une structure légère qui permet de rester mobile ainsi qu’un technicien son ET pilote de drone, pour ne pas perdre une miette de cette nouvelle aventure de bitume
CONTEXTE
N’espérez pas rencontrer les expulsés de la route, ne comptez pas sur les témoignages de Ouighours, oubliez les écologistes et autres empêcheurs de goudronner en long… Le réalisateur ne s’en cache pas, ce film n’aurait pas pu être tourné sans la bienveillance des autorités chinoises, autrement dit sans un accord passé avec ces dernières. Sur un territoire aussi explosif que le Xinjiang, où l’ethnie majoritaire Ouighours se sent dépossédée de ses terres et de sa culture en raison d’une arrivée massive de Hans -l’ethnie majoritaire en Chine-, attirés par des projets de grandes ampleurs dont celui des nouvelles routes de la soie, le « deal » est tout ce qu’il y a de plus clair. Pour pouvoir ne serait-ce que mettre un pied dans la région autonome et couvrir des événements publics tels que la foire d’Urumqi ou filmer les champs d’éoliennes, impossible de se séparer du traducteur recommandé par les autorités locales. Impossible également d’envoyer bouler les équipes de « communication » qui vous suivent dans tous vos déplacements, depuis l’arrivée de l’équipe de tournage à Urumqi, la capitale du Xinjiang, jusqu’au passage de frontière vers le Kazakhstan voisin.

Cela étant posé, « Chine : à la conquête de l’ouest » est loin d’être un film de propagande. Le principal mérite de ce documentaire étant d’avoir su résumer l’esprit d’OBOR –« One Belt, One Road »-. Le projet titanesque lancé par le président Xi Jinping à l’automne 2013 est en effet difficilement cernable et souvent flou quant à ses ambitions. Le parti pris a été ici de concentrer la caméra sur une seule route, à savoir le tracé mythique des caravanes et des oasis interdites d’autrefois. En ressuscitant l’antique route de la soie, version autoroutes et trains porte-conteneurs, Pékin s’empare d’un leadership que semble ne plus vouloir exercer l’Amérique de Donald Trump. Dans son commentaire off et via les experts interrogés, le documentaire souligne les objectifs de la deuxième économie du monde : développement du grand-ouest chinois, nouveaux débouchés permettant d’absorber les surcapacités d’une industrie au bord de l’asphyxie, poursuite de la « colonisation » du Xinjiang et appétit non dissimulé pour les ressources pétrolières de l’Asie centrale.

Tous ces aspects sont évoqués dans le film, sans oublier la confrontation stratégique avec le grand frère russe. La force du projet de Pékin, c’est d’abord son portefeuille ! Le chantier colossale des nouvelles routes de la soie s’appuie sur la puissance économique chinoise. A terme, il pourrait même faire gagner une place à la Chine sur le podium économique mondiale. Problème : la Russie est très loin de pouvoir suivre le rythme. Si la plupart des pays européens font la fine bouche devant le « rêve chinois » du président Xi, Moscou pourrait également se renfrogner, sachant que les Chinois empiètent sur leur ancienne zone d’influence de l’Eurasie. Avant que le Transsibérien ne s’enrhume et qu’une noria de TGV chinois ne vienne relier Urumqi à Londres en moins de 48 heures, le projet de la route de la soie devra convaincre les populations des pays traversés. C’est l’autre mérite de ce film, montrer les espoirs et les doutes d’une jeunesse d’Asie centrale qui compte bien ne pas rester au bord de la route.
Laurent Bouit, réalisateur de Chine : A la conquête de l’ouest. Crédits: SL / Asialyst
Quelles sont les difficultés dans ce genre de tournage, sur plusieurs pays, plusieurs cultures ?
Laurent Bouit : Si Morgane productions est venue me chercher pour en quelque sorte m’agglomérer à l’idée de Nicolas Sridi et Pierre Tiessen, c’est justement parce que j’ai fait beaucoup de films sur les routes. C’est vraiment mon cœur de métier. J’ai fait des films sous forme de carnets de route, des routes aventureuses, des expéditions… J’ai donc une grosse expérience du tournage en itinérance, avec des équipes mobiles, des équipes légères, en changeant de lieu tous les soirs. Je suis très spécialisé sur le travail en itinérance.
Ce qui se traduit par combien de kilomètres parcourus ?
La route de la soie, c’est environ 10.000 kilomètres et on a choisi d’en parcourir près de 3 500 par voie terrestre sur 30 jours de tournage. Il nous a fallu aussi entre 8 et 10 vols pour faire la liaison entre les différentes sections.
Il reste 72% de l’article à lire.Seuls nos abonnés peuvent lire l’intégralité de cet article.
Déjà abonné ? Je me connecte
Essayez gratuitement notre offre pendant 15 jours
Ou choisissez l’une de nos offres
MENSUEL
12€ / moisSans engagement de durée
ANNUEL
9€ / mois110€ l’année
ETUDIANT MENSUEL

Affiche du documentaire « Chine : à la conquéte de l’ouest. » Crédits : Laurent Bouit / Morgane productions

 

Chine, à la conquête de l’Ouest

mardi 10 octobre à 22h35
Chine, à la conquête de l'Ouest
géopolitique

2016 France
réalisé par : Laurent Bouit
Relier l’ouest de la Chine à l’Europe grâce à un axe routier et ferroviaire long de 10 000 kilomètres, telle est l’ambition du projet de développement économique et social lancé par le président chinois Xi Jinping en 2013. A l’heure où les tensions militaires s’accumulent en mer de Chine, où les menaces nord-coréennes entraînent l’envoi d’une armada américaine en mer du Japon, il devient urgent pour Pékin d’ouvrir des voies alternatives. L’Empire du Milieu regarde donc avec insistance vers l’Asie centrale et ses abondantes ressources pétrolières mais aussi vers l’Europe, son principal partenaire économique. Des villes comme Chongquing ou Lanzhou, jusqu’alors oubliées des réformes, profitent des nouvelles infrastructures pour se développer, tout comme certaines localités du Kazakhstan.

réalisation et casting

Réalisateur : Laurent Bouit