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15/12/17 | 23 h 43 min par Claude Arp

« L’avenir du Tibet et de l’Inde » par Claude Arpi.

Au moment où j’écrivais cet article, la nouvelle tombait  » le Dalaï Lama pourrait éventuellement se rendre en Chine en visite privée », information confirmée aujourd’hui par le Dr Lobsang Sangay -Sikyong – leader élu de l’Administration Centrale Tibétaine.
Sangay a déclaré à la presse : « N’ en espérez pas trop. Tout au plus, considérons qu’ il s’agit d’une visite privée et il est trop tôt pour en dire quoi que ce soit.  »
La visite, si elle se matérialise, ne peut que poser un sérieux problème de sécurité.
Le Tibet et le Dalaï Lama ont récemment fait la une de l’actualité. Est-ce à dire que la question du Tibet évolue vers une solution? Probablement pas.
A Calcutta, ce 23 novembre, le Dalaï-Lama affirmait : «Le Tibet ne cherche pas l’indépendance d’ avec la Chine mais souhaite un plus grand développement. … La Chine et le Tibet entretenaient des relations étroites, bien qu’il y ait eu occasionnellement des « bagarres ».  »
Tout en réaffirmant que la Chine se devait de respecter la culture et l’héritage tibétains, il ajoutait:  » Le passé est passé. Nous devrons regarder vers l’avenir … Nous voulons rester avec la Chine. Nous voulons plus de développement.  »
Le « développement « n’était pas à l’ordre du jour,lorsque le leader spirituel tibétain a rencontré l’ancien Président américain Barack Obama le 1er décembre ; selon un assistant, ils ont discuté de «compassion et d’altruisme». Le Dalaï Lama a déclaré que la rencontre avec Obama était « très bonne, je pense que nous sommes vraiment deux vieux amis de confiance ». Au cours de leur rencontre de 45 minutes, les deux dirigeants ont seulement discuté de la promotion de la paix dans le monde déchiré par les conflits et la violence.
A son retour à Dharamsala, le moine tibétain a annoncé qu’il ne pourrait plus voyager à l’étranger ; sa fatigue aurait considérablement augmenté, a-t-il dit. Il a déjà nommé deux émissaires officiels, le Premier Ministre Lobsang Sangay et l’ancien Premier ministre Samdhong Rinpoche, qui seront en charge de le représenter.

Quelques jours plus tard, le Dalaï-Lama faisait encore la une des nouvelles, en donnant une interview inhabituellement longue – une page entière du journal – au Times of India (ToI). Développant le sujet de la tradition tibétaine et de sa proximité avec le système de croyances en l’Inde ainsi que sa pertinence dans le monde actuel, le Dalaï Lama était interrogé sur sa déclaration précédente relative au développement du Tibet.
Le guide spirituel tibétain déclarait : « Nous avons aussi besoin de développement matériel. Et beaucoup de Chinois montrent une véritable appréciation de la connaissance spirituelle des Tibétains… Dans le futur, avec le Bouddhisme, nous pourrions contrôler la Chine. Oui, c’est possible! »
Le Dalaï-lama poursuivait : « Le Gouvernement chinois doit respecter la culture tibétaine et la langue tibétaine. Une fois, des fonctionnaires chinois à l’esprit étroit ont délibérément essayé d’éliminer la langue et l’ écriture tibétaines – c’est impossible à faire. Les Tibétains ont, eux aussi, une culture ancienne difficile à éliminer. »
Cette fois encore, pas un mot sur un éventuel retour dans son pays natal et sur « plus de développement » pour le Tibet, ce qui pourrait devenir un sérieux problème pour l’Inde.

Que signifierait plus de développement sur le plateau?
Pour les Tibétains, cela se traduirait probablement par encore plus de Chinois Han émigrant au Tibet pour construire et entretenir de nouvelles routes, aéroports, lignes de chemin de fer et villes.
Pour l’Inde aussi, cela aurait des conséquences puisque tous ces nouveaux développements seraient à double usage, c’est-à-dire civil et militaire.
Le 1er juillet 2016, China Military Online rapportait qu’ à Pékin s’était tenue une réunion conjointe sur le développement de l’intégration militaro-civile -connue sous le nom de «double usage» – des aéroports.
A l’ordre du jour figuraient les « Dispositions provisoires sur la sécurité de l’exploitation dans les aéroports  à double usage par la Force aérienne de l’APL (PLAAF)». Selon le site Web de l’APL, ce développement est basé sur le principe gagnant-gagnant pour les deux administrations militaire et civile. Le nouvel arrangement intègre le développement des ressources aéroportuaires militaires et civiles entre le PLAAF et l’aviation civile.
L’article explique en outre : « Son objectif principal est d’établir un mécanisme de gestion complémentaire avec une coordination harmonieuse et des ressources partagées pour former progressivement une capacité de soutien garantissant la sécurité des vols en temps de paix et répondant aux besoins de combat en temps de guerre.»
Peu de temps après, l’aéroport de Lhasa Gongkar est devenu l’un des deux premiers aéroports  » intégrés « en Chine.

Depuis lors, le Congrès National du Peuple a adopté une nouvelle loi concernant le transport de la Défense nationale. La législation couvrait l’utilisation des infrastructures à double fin, de défense et civiles. Xinhua a rapporté : « La nouvelle loi réglemente la planification, la construction, la gestion et l’utilisation des ressources dans les secteurs des transports tels que les chemins de fer, les routes, les voies navigables, l’aviation, les pipelines et les services postaux. »
Après le récent incident au point frontalier tripartite entre le Sikkim, le Tibet et le Bhoutan, plus de «développement» facilitant le déploiement rapide des troupes et des forces spéciales aéroportées sur le Plateau, la Chine pourrait être tentée d’entrer en conflit avec l’Inde.
Un autre exemple : le fait que la rivière Siang [ Brahmapoutre ] soit devenue subitement noire a été récemment commenté dans la presse indienne. Bien que ce ne soit pas dû à une «dérivation» du Brahmapoutre, le limon peut, avec certitude, être attribué à des «développements» dans le sud du Tibet,voire peut-être à un tremblement de terre survenu en novembre dans la région.

Le jour où le Dalaï Lama a rencontré Barack Obama, un site internet chinois faisait mention de la route de Metok, le dernier village tibétain avant l’arrivée du Yarlung Tsanpo en Inde dans l’état de l’Arunachal Pradesh. L’article chinois décrit Métok comme une « île isolée » par le manque d’infrastructure routière :  » La situation est restée inchangé jusqu’en octobre 2013, fin de construction de la route de Zhamo… [depuis] la route s’est rapidement agrandie. »
Daqiao, député de Métok admettait :  » La route complétée a aussi permis l’arrivée de plus de touristes, ce qui est un bienfait pour les revenus des locaux qui offrent leurs services aux visiteurs. »
Wang Dong, le patron de Daqiao, ajoutait: “Nous améliorons la route cette année avec un investissement de 1,2 milliards de yuanWe are upgrading the road this year with an investment of 1.2 billion yuan.”
C’est beaucoup d’argent pour « améliorer » une route existante si proche de la frontière indienne ; sans doute qu’un tel « développement » apportera plus de vase au Brahmapoutre… rapprochera la PLA de la frontière.
In a related issue, former Ambassador Phunchok Stobdan commented in The Wire: “Within this rapidly-unfolding scenario, the Dalai Lama appears to have sent Samdong on a discreet visit to Kunming [in China’s Yunnan province]. Samdong’s visit, starting from mid November, must have been facilitated by no less than You Quan – newly-appointed head of the United Front Work Department that overseas Tibetan affairs. You Quan, who formerly served as party secretary of Fujian, is a close associate of President Xi.”
Though Samdhong’s visit has not been confirmed, it is doubtful that the Tibetans could sign a deal with an everyday more authoritarian regime in Beijing in the present circumstances; it is however worrisome for India. If the Dalai Lama returns to Tibet, will the Tibetans take Beijing’s side on for the disputed borders, particularly in Ladakh or Uttarakhand (in the case of Tawang, the Dalai Lama has made it clear time and again, that it is Indian territory)?
Another strange development is the nomination of a Tibetan General, Thubten Thinley to the recently-held Communist Party’s 19th Congress. General Thinley, besides being a rare specimen of a ‘minorities’ general’, specialized in military recruitment; his job is to recruit Tibetans in the People’s Liberation Army (PLA). For China, it makes sense to enroll more Tibetans in the PLA and post them on the ‘Indian’ borders.
Local Tibetans are tempted by the enrollment, as it brings more decent revenues to the poorer sections of the Tibetan society,.
The Dalai Lama told the ToI: “China needs India, India needs China …There is no other way except to live peacefully and help each other.”
It might be true in theory, but the Doklam incident has taught us that there is a gap between the theory and the present practice.
India should be watchful of Beijing’s next move on the Tibet issue.
Traduction France Tibet( à terminer )

Image : Le Dalaï Lama arrive en Inde (31 mars 1959)