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18/06/16 | 19 h 07 min par Frédéric Lemaître

BERLIN / PEKIN : En Chine, Merkel plaide pour l’état de droit…

German Chancellor Angela Merkel and China's President Xi Jinping shakes hands following a joint news conference after an agreement signing, at the Chancellery in Berlin March 28, 2014.                         REUTERS/Fabrizio Bensch (GERMANY  - Tags: POLITICS)   - RTR3J0J9

German Chancellor Angela Merkel and China’s President Xi Jinping shakes hands following a joint news conference after an agreement signing, at the Chancellery in Berlin March 28, 2014. REUTERS/Fabrizio Bensch (GERMANY – Tags: POLITICS) – RTR3J0J9

13 juin 2016, par Frédéric Lemaître
En Chine, Merkel plaide pour l’état de droit
Angela Merkel a entrepris dimanche 12 juin sa neuvième visite officielle en Chine depuis qu’elle est chancelière. Signe de l’intensité des échanges entre les deux pays, l’Allemagne est le seul pays occidental avec qui la Chine tient, en principe tous les deux ans depuis 2011 de telles  « consultations intergouvernementales » , soit l’équivalent d’un conseil des ministres commun.

Promue dimanche Docteur Honoris Causa de l’université de Nankin -c’est le 13ème titre de ce genre qu’elle reçoit-, Angela Merkel en a profité pour formuler indirectement quelques critiques à ses hôtes. Sans provocation -ce n’est pas son style- mais sans non plus faire une croix sur ses valeurs. A l’académie des sciences, devant un parterre d’étudiants triés sur le volet, Merkel-la-physicienne a jugé que tout progrès nécessitait de remettre en cause ce que l’on savait et que « on ne peut procéder à cette remise en question que si l’on dispose d’un environnement de liberté, de créativité et de discussion ». Pour elle, « celui qui veut le progrès doit créer et entretenir des espaces de liberté ».

Alors  qu’une nouvelle loi adoptée par le Parlement chinois prévoit un contrôle renforcé des autorités chinoises sur les Organisations non gouvernementales étrangères, Angela Merkel a indiqué qu’elle s’engagerait pour qu’ »également dans le cadre de la nouvelle loi chinoise sur les ONG, les organisations de la société civile puissent continuer d’enrichir nos relations bilatérales ».  Certes, le ton est modéré mais le sujet est sensible, y compris pour les Allemands. Lorsqu’un pays étranger s’en prend aux fondations politiques allemandes présentes sur son sol – comme ce fut le cas en Russie-, cela crée immédiatement un mini-conflit diplomatique avec Berlin.

Après avoir insisté sur l’importance que revêtait pour l’Allemagne, le dialogue sur les droits de l’homme que les deux pays mènent chaque année, Angela Merkel a rappelé qu’ « au coeur de l’état de de droit, prévaut la force du droit et non le droit du plus fort ». Une formule qui lui a permis d’évoquer la sécurité juridique que les investisseurs étrangers étaient en droit d’attendre en Chine. Elle a notamment indiqué que l’Allemagne et la Chine s’étaient mises d’accord sur « une renonciations réciproque à recourir à l’espionnage économique dans le cyber-espace ». Que valent ces déclarations ? La veille, le quotidien Bild avait indiqué que les services secrets allemands déconseillaient fortement à la chancelière d’utiliser son téléphone portable en Chine, de peur que ses communications soient écoutées.

Angela Merkel a également évoqué les « tensions » entre la Chine et ses voisins, notamment en mer de Chine. Plaidant pour un règlement de celles-ci, elle a indiqué que « nous nous réjouirions, si, par exemple, la Chine et les pays de l’Asean parvenaient à élaborer un code de conduite contraignant » afin d’éviter les crises à venir.

Opportunément interrogée par un étudiant sur le statut d’économie de marché que la Chine aimerait obtenir quinze ans après son entrée à l’Organisation mondiale du commerce, Angela Merkel a rappelé que c’est à la Commission européenne de décider, à l’automne 2016. En indiquant que « personne n’a intérêt à ce que la guerre commerciale s’aggrave », la chancelière semble indiquer qu’elle est favorable à un compromis. Mais plusieurs pays dont la France craignent que la reconnaissance de ce statut prive les Européens d’un puissant outil dans la lutte contre le dumping que pratique la Chine dans certains secteurs, notamment l’acier. « Nous devons parler ouvertement des problèmes qui subsistent » a déclaré Angela Merkel. « Nous devons naturellement regarder que nous avons des conditions de compétitivité loyales ».

En Chine, Merkel a donc commencé sa visite…en faisant du Merkel. Sans renoncer sur rien mais en prenant soin de ne pas brusquer ses interlocuteurs. Le temps où elle recevait la chancellerie le dalai-lama est et bien révolu. Il faut dire que les Chinois ne laissent rien passer. Le député CDU, Michael Brand, président de la Commission des droits de l’homme au Bundestag, n’a pas obtenu son visa pour la Chine. En mars, ces élu avait eu le tort de brandir le drapeau tibétain dans sa cisconscription.