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03/11/18 | 12 h 55 min par Shohet Hoshur, traduction France Tibet

Camps de rééducation ouïghours, un gardien témoigne ( 1/3)

 

« D’abord, nous leur donnons un avertissement. Puis vient la punition : rester debout. »

 

  • Depuis avril 2017, des Ouïghours accusés d’avoir «des idées religieuses fortes» et des idées «politiquement incorrectes» sont emprisonnés ou détenus dans des camps de rééducation situés dans la région autonome du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine. En effet, dans cette région, les membres du groupe ethnique se plaignent depuis longtemps de discrimination généralisée, de répression religieuse et de suppression de la culture par l’ethnie chinoise Han dominante. Des sources affirment que les détenus de ces camps sont régulièrement victimes de mauvais traitements de la part de leurs surveillants, reçoivent une alimentation pauvre, vivent dans les conditions insalubres d’installations souvent surpeuplées. Pourtant l’ambassadeur de Chine à Washington, Cui Tiankai, a déclaré à la radio publique nationale, dans une interview diffusée le 4 octobre, que ces installations représentaient « des efforts visant à aider les gens à acquérir des compétences et des techniques leur permettant de développer leur potentiel économique ». Un officier de la station de police de Kashgar (Kashi), a récemment informé le service ouïghour de RFA des conditions de vie dans un camp où il a travaillé comme gardien pendant 10 mois. Dans la première partie de l’entretien, l’officier – qui a requis l’anonymat par peur de représailles – a décrit en détail l’aménagement du camp, la routine quotidienne des détenus et les peines auxquelles ils étaient soumis s’ils ne respectaient pas les règles.

 

  • Interview

 

RFA: Pouvez-vous décrire le camp de rééducation dans lequel vous avez travaillé?

Officier : Le camp était composé de trois bâtiments à cette époque, mais j’ai entendu dire qu’il a été étendu à sept. Tous les bâtiments ont une hauteur de cinq étages. Les bureaux sont tous situés au rez-de-chaussée et les détenus sont répartis dans les quatre étages restants.

RFA : Combien de détenus cohabitent à chaque étage?

Officier : Au deuxième étage [de mon bâtiment] se situaient 16 dortoirs [pour les détenus], quatre salles de classe, deux salles de réunion, un dortoir pour la police et un autre pour les cadres [enseignants]. Il y avait environ 10 à 14 détenus dans chaque dortoir. [Il y avait] deux officiers de police et 10 agents de sécurité [à chaque étage].

RFA : Vous dites qu’’il y avait 10 à 14 détenus dans chaque dortoir, ce qui signifie environ 200 détenus à chaque étage. Au total, cela fait environ 800 détenus et plus de 50 policiers dans chaque bâtiment ?

Officier : Oui. Dans ce camp de rééducation, nous étions 234 policiers à travailler.

RFA : Combien d’heures de cours [les détenus] ont-ils par jour?

Officier: Quatre heures le matin et quatre heures l’après-midi.

RFA : Combien de temps dure la pause déjeuner?

Officier : deux heures.

RFA : Ont-ils une pause pendant leurs cours de quatre heures?

Officier : non.

RFA : Les professeurs changent-ils pendant les sessions de quatre heures?

Officier : Oui, ils changent toutes les heures : le matin [les détenus] étudient la langue officielle (mandarin), le droit civil et les règlements, tandis que l’après-midi, ils discutent de leurs propres problèmes. « Pour telle ou telle raison, je suis ici en train de recevoir une rééducation. » Les enseignants proposent ensuite une correction psychologique.

RFA : C’est-à-dire qu’ils confessent ce qu’ils ont fait?

Officier : Oui.

  • Une stricte réglementation :

RFA : Quand [les détenus] sont ensemble, ont-ils le droit de communiquer?

Officier : Non, ils ne sont pas autorisés à parler.

RFA : Qu’en est-il quand ils sont dans leurs dortoirs?

Officier : Ils sont sous surveillance constante. Nous les regardons via des caméras en circuit fermé, deux dans chaque pièce.

RFA : Et s’ils parlent, quelle punition reçoivent-ils?

Officier : [Habituellement] nous leur donnons d’abord un avertissement, puis nous leur ordonnons de rester debout, entre 15 minutes et une demi-heure. Si deux personnes se parlent, nous les convoquons séparément pour leur demander ce qu’elles ont dit, nous ne pouvons pas entendre leurs conversations avec les caméras. Selon leur réponse, nous décidons de la mesure disciplinaire : s’ils protestaient contre la réglementation du camp, planifiaient une évasion ou envisageaient de se suicider, alors nous signalons l’incident aux autorités supérieures qui prendront les mesures nécessaires.

 

RFA : Existe-t-il des exigences strictes concernant le positionnement des mains des détenus, en classe ou dans les dortoirs?

Officier : En classe, leurs mains doivent être placées sur leur bureau. Dans les dortoirs, ils doivent poser leurs mains sur leurs genoux, ou sur leurs cahiers.

RFA : Dans les dortoirs, ont-ils des tables ou des bureaux sur lesquels écrire?

Officier : Non. Ils placent leurs cahiers sur leurs genoux.

RFA : Que se passerait-il si leurs mains étaient dans leurs poches ou à leurs côtés?

Officier : Nous leur donnons un avertissement, puis vient la punition : rester debout.