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11/11/20 | 20 h 10 min par Australia Tibet Council

Un rapport explosif de l ‘Alliance Interparlementaire sur le Tibet : « Camps de travaux forcés au Tibet »

Images: Vue satellite de «l’école de formation professionnelle Chamdo Golden Sunshine» dans la région de Chamdo au Tibet oriental. source : Google Earth date image du 21/11/2018 Document complémentaire Fondation James Town : https://jamestown.org/program/jamestown-early-warning-brief-xinjiangs-system-of-militarized-vocational-training-comes-to-tibet/

Ce que nous savons :

Un rapport explosif vient de révéler  qu’un demi-million de Tibétains, nomades et agriculteurs, ont été enrôlés et contraints à du travail forcé dans des camps de travail de style militaire au Tibet. Ils y sont soumis à l’ endoctrinement et à une surveillance intrusive, sous le masque de la «formation professionnelle», avant d’être envoyés travailler dans des usines au Tibet ou en Chine. Le rapport utilise la rhétorique de la politique du Parti Communiste Chinois (PCC), qui stipule que la « formation professionnelle » dans le cadre du régime du travail vise à réformer le  » mode de pensée rétrograde  » et inclut une formation à la « discipline du travail  », ainsi que la « dilution de l’influence négative de la religion ».

Le gouvernement chinois prétend que les transferts sont effectués sur une base volontaire. Alors que le flux d’informations à l’intérieur et à l’extérieur du Tibet est étroitement contrôlé, nous pouvons conclure que les Tibétains ne se soumettent pas volontairement à ces camps de travail en examinant les preuves disponibles et l’histoire de l’expulsion forcée des nomades de leurs terres. Les nomades tibétains ont toujours vécu de manière durable sur le Toit du monde pendant des siècles, mais au cours des deux dernières décennies, le gouvernement chinois les a transférés dans des colonies de constructions en béton densément peuplées ,dans le cadre de leurs différents programmes de relogement et de déplacement de populations. Les entretiens conduits avec les communautés d’agriculteurs et d’éleveurs menés par Human Rights Watch illustrent la nature involontaire de ces anciens programmes de réinstallation et montrent comment les Tibétains deviennent plus mal lotis, privés de leurs droits et déconnectés de leur propre mode de vie en raison de ces politiques.

Le «Plan d’action pour la formation et le transfert de main-d’œuvre des agriculteurs et des pasteurs 2019-2020» est une accélération des politiques vues dans le passé supposées axées sur la réduction de la pauvreté, mais qui en réalité complètent un véritable modèle d’assujettissement avec pour conséquence la détérioration de  l’identité tibétaine. Ces politiques coupent les Tibétains de leurs  moyens traditionnels de subsistance et accélèrent la perte de leur langue maternelle , de leur culture et de leur religion à mesure que les modes de pensée et d’être tibétain sont transformés en un mode de vie imposé par le PCC.

En séparant les agriculteurs et les nomades de leur mode de vie et de leurs moyens de subsistance et dans des systèmes contrôlés par l’État, le PCC cherche à effacer et à assimiler l’identité tibétaine dans l’État chinois et peut promouvoir ses revendications de réduction de la pauvreté en créant des revenus monétaires mesurables.

Pour illustrer comment cette politique va à l’encontre du système de croyance et de la manière d’être des nomades tibétains, il suffit de considérer les paroles de Konchok Gyaltsen, qui a grandi dans une famille nomade tibétaine, avant de fuir en Inde puis de migrer en Australie.

Récemment interviewé  par SBS*, Konchok Gyaltsen déclarait qu’en tant que nomade, il ne lui est jamais venu à l’esprit qu’il était dans la pauvreté parce qu’il ressentait un lien spirituel avec sa terre ancestrale et ses animaux domestiques.

«Pour parler de nos animaux, nous disons «  Richesse  » ( Nor) en tibétain. Ainsi, nos animaux sont notre richesse.

«En tant que nomades, nous ne restons pas sur place, nous nous déplaçons en fonction des besoins saisonniers, et cela devient extrêmement difficile pourle PCC de suivre et de contrôler nos activités», précisait-il  à SBS.

Ses paroles témoignent du fait que le projet constitue une nouvelle attaque contre le mode de vie traditionnel tibétain.

Les camps de travaux forcés présentent de nombreuses et troublantes similitudes avec l’emprisonnement et l’endoctrinement des Ouïghours en Chine.

Chen Quanguo, l’architecte en chef à l’ origine  du programme d’incarcération des Ouïghours au Turkestan oriental (Xinjiang), fut  le secrétaire du PCC dans la région autonome du Tibet de 2011 à 2016. C’est là qu’il avait déjà expérimenté des mesures de surveillance extrêmes comme le système de «gestion du réseau». En l’absence d’une forte opposition internationale, Quanguo affecté au Turkestan oriental y a porté les mesures répressives à un nouveau niveau alarmant. Pendant ce temps, les systèmes de sécurité intrusifs ont continué de persister au Tibet. L’État-Parti cherche à contrôler tous les aspects de la vie publique et privée, en surveillant l’activité des Tibétains ux fins d’empêcher la dissidence à un stade précoce et en créant un climat de peur sous prétexte de sortir les gens de la pauvreté.

La nouvelle de Tibétains poussés dans des programmes de formation professionnelle et de transfert est un signe troublant que le PCC ramène maintenant au Tibet certains éléments de ce qu’il fait au Turkestan oriental. Cependant, le rapport détaille que le programme tibétain de transfert de main-d’œuvre n’a pas le même niveau de titrisation ou d’internement extrajudiciaire que celui qui se développe  au Turkestan oriental. Pourtant, il existe des éléments clairs de coercition. Des recherches supplémentaires sont nécessaires sur ce qui se passe avec les transferts de main-d’œuvre au Tibet et c’est un domaine que nous examinerons de plus près dans les mois à venir.

Que pouvons-nous faire ?

L’Alliance interparlementaire sur le Tibet, regroupant  plus de 60 parlementaires du monde entier travaillant à réformer la manière dont les démocraties traitent avec la Chine, vient de publier une déclaration sur les camps de travaux forcés déclarant: «Nous sommes unis dans une condamnation sans équivoque de ces pratiques et en appelons au gouvernement chinois afin qu’il mette  immédiatement fin à ces atrocités.»

Le député britannique Sir Iain Duncan Smith dirige la discussion sur cette question au Royaume-Uni et le sénateur Josh Hawley, aux États-Unis, a présenté une Résolution condamnant le PCC pour son utilisation du travail forcé.

Pour améliorer le sort des Tibétains vivant dans leur propre pays, la Chine doit être tenue pour responsable par la communauté internationale dans une position unifiée afin que les abus ne se poursuivent pas en toute impunité.

Nous allons faire part de nos préoccupations aux politiciens ici en Australie et élaborer des stratégies pour que les membres et partisans de l’ATC s’emparent de de cette question.

Traduction France Tibet

En complément :

« Pékin étend sa « rééducation » de masse au Tibet » par Patrick Angevin dans Ouest France

Illustration : Reportage Samedi 11 mai à 18h35 sur Arte et à 22h15 sur France 24.

http://www.tibet.fr/actualites/ouighours-a-la-force-des-camps-silence-on-reeduque/