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18/07/17 | 13 h 30 min

Kelsang Yarphel, le célèbre artiste spécialiste des chansons populaires accompagnées à la guitare appelées « dunglen »est libéré après 4 ans de prison

Le Centre tibétain pour les droits de l’homme et la démocratie (TCHRD en anglais) salue la libération du populaire chanteur et compositeur tibétain M.Kelsang Yarphel, au terme de sa peine de 4 ans de prison.

M.Yarphel, 41 ans, a été relâché lundi dernier de la prison de Mianyang, près de la ville de Chengdu, la capitale de la province du Sichuan. En dépit de sévères restrictions, le TCHRD a pu obtenir des photos et vidéos confirmant la libération de l’artiste. Dans une vidéo, des amis l’accueillent avec les écharpes traditionnelles tibétaines – khatas – tandis qu’une autre montre l’artiste, coiffé d’une casquette de base-ball, chanter à un banquet.

M.Yarphel et sa famille ont passé la nuit à Chengdu avant de rejoindre leur domicile dans le district de Machu, mardi matin.

Le TCHRD ne peut recevoir d’ informations actualisées sur son état de santé, en raison des  entraves imposées par le Gouvernement chinois sur les communications.

M.Yarphel a été placé en détention autour du 14 juillet 2013 à Lhassa, puis emmené au Centre de détention de Chengdu, où il avait été gardé au secret jusqu’à sa condamnation, le 27 novembre 2014. Il s’agissait alors de sa troisième détention, susceptible de se transformer en peine de prison. En 2012, à Lhassa où il vivait, il a été détenu arbitrairement à deux occasions par des officiers de sécurité, mais relâché sans inculpation. Parallèlement, les autorités chinoises ont instauré des interdictions à la vente et à la distribution des DVD de M.Yarphel, ainsi que la saisie de beaucoup d’autres.

M.Yarphel était visé, à l’origine, pour ses nombreuses dunglen, chansons populaires appelant à l’unité des Tibétains et exprimant la fierté de l’identité collective des Tibétains. Les multiples concerts qu’il organisait à Lhassa faisaient salle comble. Sa popularité à travers tout le Tibet était telle que les meilleurs musiciens du Tibet, comme Yadong, Sherten ou Yangchen Lhanze, venaient se produire lors de ses spectacles. En octobre et novembre 2012, à l’un de ses concerts appelé Khawei Metok, M.Yarphel a chanté Bhodpa Tso :« Compatriotes tibétains », dont les paroles incitent les Tibétains a apprendre et parler le tibétain, à s’unir, s’armer de courage et de patriotisme pour une Nation Tibétaine à venir. D’autres sources désignent un autre concert, organisé la même année à Lhassa, comme point de départ de l’attention des autorités chinoises. Lors du spectacle Nyenchen Thangla, Yarphel chanta Nga ni Bhod ki Bhu Yin – « Je suis un fils du Tibet »-, un dunglen classique, chanté initialement par le célèbre et inimitable Dubay, décédé l’an dernier.

La musique dunglen -« guitare-chant »-, aussi connue comme « chansons à la guitare de la fierté nationale » – la rgya’i rdug len – s’est répandue dans les années 80 au Tibet, dans les régions de l’Amdo et du Kham en particulier. Dans son livre vivement acclamé, le professeur tibétain Dr Lama Jabb explique que les dunglen servent de « canal pour exprimer la contestation et renforcer l’identité nationale du Tibet, à l’aide d’images évoquant l’histoire, la culture et le territoire en commun, pour déplorer le sort actuel des Tibétains et manifester les aspirations à une identité collective ». Pratiquement toutes les paroles des dunglen racontent, d’une façon ou d’une autre, la mainmise chinoise sur le Tibet, récit d’autant plus puissant qu’il se fait sur un mode subversif.

Dubay était l’une des célébrités de la seconde génération des artistes dunglen, et, avec Doray, avait pour mentor Palgon, le père de la musique dunglen. Yarphel est arrivé sur la scène dunglen début 2000. Il a rapidement gagné en popularité, se produisant localement ainsi que sur la chaîne Qinghai TV, un honneur rare pour des artistes déjà reconnus. Il a composé, produit et parfois écrit ses propres chansons. Parmi ses 40 CD et DVD, figurent les titres Yudrug Ngonmoi Chugtsel -« Agilité du dragon-turquoise »-, Gong Nai Yudrug Drag Song -« Tonnerre dans le ciel »- et Gesar Gyi Phayul  -« La terre natale de Gesar »-, évoquant de forts symboles d’une identité tibétaine spécifique. M.Yarphel avait déménagé plus tard à Lhassa, où il avait organisé plusieurs spectacles culturels et concerts, jusqu’à son emprisonnement. Il était au sommet de sa carrière au moment de son arrestation.

M.Yarphel est né et a grandi dans le camp nomade n°5 du village Makhug Tara, dans le district de Machu (Maqu en chinois), de la Préfecture Autonome Tibétaine de Kanlho (Gannan en chinois), dans la province du Gansu, c’est à dire la province Tibétaine de l’Amdo. Fils de M.Gonpo Tsteten et de Mme Makho, il est marié à Tsezin Palmo, le couple ayant deux fils, Ogyen Kyab 26 ans, Konchok Tenpa 24 ans, et une fille Dolkar Lhamo 23 ans.

Le TCHRD est vivement préoccupé par l’état de santé de M.Yarphel, et presse les autorités chinoises à autoriser les membres de sa famille à lui procurer des soins adaptés, sans intervention ou surveillance abusives. Après leur libération, les prisonniers politiques tibétains subissent invariablement une peine additionnelle de « privation des droits civiques », allant de 1 à 5 ans, durant laquelle leurs droits aux libertés de parole, d’information, de réunion, d’association et de manifestation sont retirés. Ils sont contrôlés et placés sous étroite surveillance par la police locale.

Le TCHRD maintient que l’emprisonnement de M.Yarphel constitue une violation flagrante du droit à la liberté d’expression, garantie par la Constitution Chinoise et le Droit international. Beaucoup de Tibétains, comme M.Yarphel, continuent à être détenus, torturés et à disparaître, pour avoir simplement exercé leurs droits humains. Les autorités chinoises doivent libérer tous les prisonniers d’opinion et respecter les droits de l’homme de tous leurs citoyens.

Traduction France Tibet