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20/10/17 | 20 h 13 min

« Quelle Chine en 2022 ? » dans le 15ème numéro de «Interactions», avec l’historien et spécialiste de la Chine François Godement, ainsi que Cyrille Pluyette, Pierre Avril et Pierre-Yves Dugua, nos correspondants à Pékin, Moscou et Washington.

 

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Xi Jinping promet une «nouvelle ère» à la Chine et défend l'autorité du Parti

 

Quelle Chine en 2022 ?

VIDÉO – Le 19e Congrès du Parti communiste chinois s’apprête à reconduire Xi Jinping pour 5 ans. Quels sont les défis à venir pour Pékin ?

Depuis mercredi, Xi Jinping écrit les lignes de l’avenir chinois. En ouverture de ce 19e Congrès du Parti communiste, l’homme fort de Pékin a dressé, en à peine trois heures trente de discours, le portrait, que l’on espère exhaustif, de la Chine de demain. Des investissements faramineux dans les nouvelles routes de la soie à un contrôle toujours plus strict de la société, Xi Jinping détaille par le menu toute sa philosophie, que le parti vient d’ériger au statut de «pensée». Seul un homme avait eu cette distinction: Mao Zedong.

Invités de ce 15e numéro de «Interactions», l’historien et spécialiste de la Chine François Godement, ainsi que Cyrille Pluyette, Pierre Avril et Pierre-Yves Dugua, nos correspondants à Pékin, Moscou et Washington.

Xi Jinping promet une «nouvelle ère» à la Chine et défend l’autorité du Parti

De notre correspondant à Pékin

Dans le décor imposant du Palais du peuple, à Pékin, Xi Jinping a une nouvelle fois imposé sa marque, en prononçant un discours de plus de trois heures, en ouverture du 19ème Congrès du Parti communiste chinois. Devant le gigantesque emblème doré de la faucille et du marteau sur fond de tentures rouges, le président du pays le plus peuplé du monde a promis «une nouvelle ère» du socialisme à la chinoise au cours de laquelle sera bâti un pays «puissant et moderne». Pour de nombreux observateurs, la nouvelle ère qui s’ouvre symbolise largement l’avènement de Xi Jinping, qui obtiendra un deuxième sacre de cinq ans à l’issue du Congrès, dans environ une semaine.

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Arrivé souriant aux côtés de ses deux prédécesseurs, Jiang Zemin et Hu Jintao, sous les applaudissements enthousiastes des quelque 2 300 délégués réunis dans la salle pour l’occasion, «l’empereur rouge» n’en a pas moins délivré un discours d’extrême fermeté, dans la lignée de son premier mandat. Le maître de Pékin, qui a considérablement renforcé son pouvoir depuis sa nomination fin 2012 et accru l’emprise du PCC sur la société, a appelé l’assistance à «en faire davantage pour défendre l’autorité du parti et le système socialiste chinois et à s’opposer résolument à toute parole et action de nature à les saper». La répression sur la société civile a déjà été spectaculairement intensifiée depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, hanté par la chute de l’Union soviétique au début des années 1990. De nombreux dissidents et avocats ont été arrêtés, les religions ou les ONG sont étroitement surveillées, et l’internet est plus que jamais censuré.

Le très conservateur numéro un chinois, qui a salué la dynamique «extraordinaire» de la vaste campagne anticorruption lancée depuis cinq ans, a estimé qu’elle ne devait jamais cesser, en réaffirmant la nécessité d’une discipline inflexible au sein du Parti. «Toute ligne de pensée ou de conduite cantonnée à la satisfaction de ses plaisirs, à l’inaction, à la paresse et à l’évitement des difficultés est tout simplement inacceptable», a-t-il martelé.

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«Toute activité séparatiste sera résolument combattue»

Xi Jinping a aussi défendu un strict respect de l’intégrité territoriale chinoise. «La Chine s’est fermement opposée à l’indépendance de Taïwan au cours des cinq dernières années et l’a empêché d’advenir», a-t-il déclaré, en ajoutant que «toute activité séparatiste sera résolument combattue». Pékin considère que Taïwan, qui mène de facto une politique indépendante, fait partie de son territoire. Les relations se sont fortement tendues avec l’île depuis l’élection de la présidente Tsai Ing-wen, début 2016, qui prône la fermeté face à Pékin, et dirige le Parti progressiste démocratique, dont un courant pousse à l’indépendance. Le gouvernement de Taipei a réagi mercredi en affirmant que les 23 millions d’habitants de l’île disposaient du droit «absolu» de décider de leur avenir.

Parallèlement, Xi Jinping s’est de nouveau présenté comme le défenseur d’une économie globalisée. Il a notamment réitéré la promesse faite en 2013 d’accorder un «rôle décisif» au marché dans l’allocation des ressources économiques, assuré que la deuxième puissance économique mondiale allait «s’ouvrir davantage» et promis un traitement «équitable» aux entreprises étrangères. Reste à savoir si, cette fois, ce discours sera appliqué. Tout récemment, la Chambre de commerce européenne à Pékin évoquait sa «lassitude» face aux «engagements jamais concrétisés», les milieux d’affaires étrangers se plaignant de discriminations drastiques dans certains secteurs.

Plus globalement, Xi Jinping a estimé que les perspectives pour son pays étaient «radieuses», mais qu’il avait «de graves défis à relever». Il a aussi tenté de décrire la «nouvelle ère» évoquée. Après avoir «résolu le problème de nourrir et de vêtir plus d’un milliard de personnes», le régime doit désormais répondre «à leurs besoins d’une vie meilleure, non seulement sur le plan matériel et culturel», mais également en termes de «justice», «sécurité» et «d’environnement», a précisé le secrétaire général du PCC.