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31/08/17 | 17 h 43 min par MING PAO - HONG KONG

Chine : Quand construire des routes revient à redessiner les alliances…

Dessin de Daniel Pudles, paru dans The Economist, Londres

Routes, ponts, canaux, câbles…, le projet de “nouvelles routes de la soie” n’est pas seulement un plan d’investissements, écrit un économiste chinois. Il dessine un modèle de développement, qui préfigure une nouvelle mondialisation.

Depuis qu’en 2013 le président Xi Jinping a lancé le projet “une ceinture [terrestre], une voie [maritime]” [ou projet Obor, acronyme de l’anglais “One Belt One Road”], la Chine cherche à étendre ses propres réussites à la mise en valeur des régions concernées, en explorant une voie inédite, différente de celle que les pays développés ont utilisée en leur temps.

“Pour accéder à la richesse, Il faut d’abord construire des routes” : cette recette a été des plus efficaces pour le développement de la Chine. Du fait de l’industrialisation tardive du pays, ce n’est qu’après la mise en place d’infrastructures de base que les régions ont pu se développer, organiser des échanges de marchandises et d’argent liquide, de flux de capitaux et de talents, et des coopérations en tous genres. Ainsi, il est vital de disposer de ce type de biens publics pour la mise en valeur économique.

La Chine a intégré cette notion dans son projet de nouvelles routes de la soie et a fondé la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII) pour financer la construction d’équipements et installations de base dans les régions traversées.

En entamant une coopération régionale sur la fourniture de biens communs et la construction d’infrastructures, elle adopte une nouvelle démarche de développement. Celle-ci convient particulièrement aux régions frontalières des pays concernés par le tracé du projet Obor, qui sont en général des territoires pauvres et attardés.

La mondialisation a jusqu’ici été le fait des multinationales et des organismes internationaux, qui se sont focalisés sur les échanges commerciaux, les prix de transfert et l’externalisation de la production. Ils sont l’exemple type de profiteurs des “bas-fonds des coûts de revient de la planète”.

Des profits difficiles à estimer

Les régions moins développées n’ont pour eux aucun attrait, rien ne les incite à les aider à se développer, et ils n’ont que faire de leur fournir des aménagements communs – d’autant plus que les profits susceptibles d’être générés sont difficiles à estimer.

En effet, si la construction d’infrastructures régionales est bénéfique pour toute une zone, elle ne garantit qu’un retour sur investissement assez lent à ceux qui assurent la mise en œuvre, avec une rentabilité incertaine à court terme. C’est pourquoi ce genre d’aménagement nécessite au préalable un plan de financement très complet, avec des garanties gouvernementales adéquates.

Le “made in China”, le “construit par la Chine” et le “financé par la Chine” rendent possible l’accès à ces aménagements régionaux pour les pays concernés par le projet Obor et comblent ainsi un manque ancien. Le système financier chinois a favorisé l’investissement gouvernemental, et s’il fait payer ces services, comme il s’agit d’un investissement à long terme de l’État chinois, le tarif réclamé est modéré, et il s’agit bien souvent de biens d’utilité publique.

Prévention des maladies infectieuses

La gamme de biens publics régionaux que la Chine peut proposer est très étendue ; elle comprend notamment la construction de ponts et de réseaux électriques transfrontaliers, la pose de canalisations et de câblages, la mise en place de moyens de transport, de services de prévention des maladies infectieuses et de protection de l’environnement tout au long des tracés des nouvelles routes de la soie.

L’accès à ces aménagements de base et à ces services publics permet de mieux relier les régions entre elles, et cela favorise une nouvelle ère d’interconnectivité et de codéveloppement.

L’idée d’un codéveloppement repose sur la création d’un réseau régional pour former un groupe élargi et vivant en symbiose. De son côté, le modèle commercial chinois a utilisé un modèle de plateforme reliant entre eux un grand nombre de petits producteurs situés sur son territoire. Le “modèle Taobao” mis en place par le groupe Alibaba correspond précisément à ce type de grande plateforme [sur Internet].

Depuis trois ans, c’est le commerce en ligne international qui affiche la croissance la plus rapide de toutes les exportations chinoises. Il s’agit d’un bel exemple de service fondé sur une plateforme capable d’intégrer de nombreux petits vendeurs ; cette nouvelle forme de commerce internationalisé peut s’infiltrer jusque dans les régions les plus arriérées.

La réussite du commerce électronique transfrontalier chinois a bousculé le modèle des sociétés multinationales, en attirant une grande quantité de petites ou moyennes entreprises locales sur des sites en ligne pour y échanger leurs marchandises. Le phénomène n’est plus orchestré par les multinationales ; il s’agit simplement d’un “réseau de collaboration” dont la caractéristique est la mise en commun et le développement inclusif.

Ce modèle de régions mises en valeur par la Chine imprègne déjà de nombreux territoires le long des nouvelles routes de la soie. L’entreprise et la finance chinoises s’y sont combinées, et des sociétés locales s’y sont intégrées pour œuvrer de concert au développement régional. Des efforts concentrés localement au début aboutissent à la constitution d’un tissu industriel en région Asie-Pacifique, voire au-delà.

Ce modèle fait la synthèse entre tous types d’échanges de marchandises, de services et de moyens de production, pour créer un nouvel écosystème de collaboration régionale diversifié.

Gouvernance régionale

Dans ce nouveau schéma stratégique mondial, la Chine doit désormais se demander comment élaborer un modèle de coopération multilatérale basée sur cette interconnexion au niveau régional. Depuis que la Chine a lancé son projet Obor, voilà trois ans, celui-ci a progressivement évolué vers un nouvel outil de coopération auquel plusieurs pays participent activement.

Dans ce contexte, le moment est venu de construire un nouveau cadre de collaboration fondé sur une mise en valeur concertée, de discuter de nouvelles règles de coopération entre pays participants, de donner peu à peu au projet une nouvelle dimension en passant de la simple construction d’infrastructures à l’exploration de pistes de gouvernance régionale, afin de promouvoir une gouvernance commune et un développement conjoint.

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