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16/03/18 | 10 h 42 min par Miguel Martin

La Chine au Groenland : mines, science et tentation d’indépendance (2/2)

… Recherche à double-tranchant

Comme en Antarctique, la prospection minière est l’objectif principal des activités scientifiques de la Chine en Arctique. La plupart des principaux gisements miniers du Groenland ont vu la visite et ont été étudiés par les scientifiques chinois. L’Enquête géologique chinoise (CGS, 中国地质调查局), affiliée au ministère des terres et des ressources, a joué un rôle actif dans la recherche et la promotion des sites miniers intéressant la Chine. En 2011, la CGS avait débuté un projet de recherche bisannuel pour identifier les potentielles ressources minières du Canada et du Groënland (CGS, June 2014). A l’apex de l’intérêt chinois pour les projets miniers groenlandais, de multiples sites ont été décrits dans des publications scientifiques en langues chinoises. Par exemple, en 2013, Geological Science and Technology Information (地质科技情报) a publié huit articles sur les gisements miniers du Groenland, pour un total de 58 pages. En 2012, la publication de la CGS soutenait une exploration et une exploitation des ressources minières du Groenland « aussi vite que possible », les échanges sino-groenlandais balbutiants contrastant avec cet intérêt occidental pour les ressources et la géostratégie du Groenland. [2] Le MLR promeut activement ses recherches envers les compagnies minières. Ce-dernier et, dans une moindre mesure, les administrations provinciales, ont un rôle central quant à l’identification et la promotion de projets d’intérêt[3]

En 2015, les leaders du programme polaire chinois discutaient d’une base de recherche permanente au Groenland comme prioritaire (China Arctic and Antarctic Administration (CAA), Janvier 2016). En mai 2016, L’administration océanique d’état (SOA, 国家海洋局) a signé un accord avec le ministère groenlandais qui inclut la construction d’une base (SOAChina Ocean News (中国海洋报), Mai 2016). Deux possibles emplacements ont été sélectionnés (TwitterSermitsiaqJichang Lulu, Octobre 2017) : l’un semblant proche de Kangaamiut ou de Maniitsoq dans les îles du sud-ouest et un autre à proximité du Fjord Citronen, intéressant China Nonferrous pour son zinc. Cet emplacement pourrait fournir un avantage unique, se positionnant au nord de la Denmark’s Station Nord et de la base aérienne états-unienne de Thule (Pituffik).

En mai dernier, une cérémonie a eu lieu à Kangerlussuaq, aéroport du Groenland pour lancer le processus voulant mener à l’installation d’une base satellitaire qui sera utilisée dans la recherche climatique, et qui pourrait également être utilisée par le système de navigation GPS Beidou, à double usage. La cérémonie était menée par le Professeur Cheng Xiao de l’université normale de Pékin, un scientifique de pointe dans le domaine polaire, spécialisé en télédétection, et la présence de Zhao Yaosheng, pionnier de Beidou et au passé militaire. Ils ont voyagé tous deux au Groenland parmi une élite de 100 touristes, dont le contre-amiral Chen Yan (陈俨), ancien commissaire de la flotte de la mer de Chine méridionale, servant d’auditeur lors de la cérémonie (sciencenet.com, Juin 2017; AG, Novembre 2017; Jichang Lulu, Décembre 2017).  Le projet de base satellitaire a été mentionné par les médias chinois (sciencenet, Juin 2017), mais n’a pas été connu des autorités groenlandaises, dont les autorisations seraient nécessaires, avant l’intervention de l’auteur de cet article dans un journal local (Jichang Lulu, Octobre 2017; AG, Novembre 2017) Il n’est pas précisé quand la construction commencera ou si elle débutera réellement.

Conclusion

Le gouvernement groenlandais est enthousiaste à l’idée d’une Chine se plaçant comme un investisseur de premier ordre dans les projets miniers et d’infrastructures, ainsi qu’en tant que source de tourisme et en tant qu’importateur de produits de la mer, avec un rôle prévisible dans une moindre dépendance envers le Danemark.

Un tel enthousiasme n’est pas encore réciproque en terme d’investissements majeurs, mais cela pourrait changer. Les entreprises chinoises restent prudentes, regardantes des coûts élevés [des investissements] et du faible prix des matières premières, du manque d’infrastructures et de l’incertitude financière. Dans la sphère politique, la Chine évite tout soutien à l’indépendance du Groenland, mais le sujet est désormais soulevé par les spécialistes. Bien que ce ne soit officiellement soulevé, un Groenland indépendant avec la Chine comme investisseur et partenaire principal et de bonnes relations politiques serait une acquisition géopolitique de valeur dans la stratégie arctique à long terme de la Chine.

Miguel Martin, qui écrit souvent sous le pseudonyme Jichang Lulu, est un chercheur indépendant avec un intérêt pour les activités de la Chine en Arctique et principalement au Groenland. Son blog a souvent été le premier en langue occidentale à rapporter des informations sur les intérêts de la Chine au Groenland. Vous pouvez le suivre sur Twitter @jichanglulu. 

Notes 

[1] See Contemporary International Relations (现代国际关系), At 2017.

[2] See Geological Work Strategic Research Reference (地质工作战略研究参考) 99, Oct 2012.

[3] Par exemple, des informations sur le Groenland étaient incluses dans l’offre du CGS lors d’un forum pékinois organisé par le MLR sur l’exploration minière à l’étranger, auquel ont participé des départements du gouvernement, des entreprises minières, des banques et des universitaires (CGS, Overseas Mining Exploration and Development Newsletter (境外矿产资源勘查开发简讯), 50, Oct 2013).

Pour élargir votre connaissance des enjeux géopolitiques au Groenland, nous vous proposons la lecture d’un rapport d’information sénatorial intitulé : « Union Européenne et Arctique : pour une politique ambitieuse et étoffée«