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15/03/18 | 19 h 47 min par Martin Miguel

La Chine au Groenland : mines, science et tentation d’indépendance (1/2)

12 Mars 2018 06:00

Cérémonie de lancement d’une station satellitaire à Kangerlussuaq, Groenland (Mai 2017)

Bien que le récent rapport « Arctique » de la Chine (Janvier 2017), un document d’orientation à l’intention de l’étranger, ne fait pas directement mention du Groenland, l’île européenne joue un rôle important dans la stratégie arctique de la République Populaire de Chine du fait des abondantes ressources naturelles, de l’importance des bases de recherches scientifiques et de la possible émergence d’un état indépendant qui pourrait donner plus d’influence à la Chine dans la région.

A ce jour, la Chine a peu investit au Groenland, mais les entreprises chinoises espèrent des parts dans deux des plus grands projets miniers de l’île (dont l’un des plus gros gisements de terres-rares au monde) et une annonce de construction des infrastructures de recherche, parmi lesquelles une base de recherche et une base satellitaire. Pendant ce temps, tandis que les diplomates chinois évitent toute action qui pourrait être interprétée comme un soutien à l’indépendance groenlandaise, la possibilité est désormais librement discutée parmi les académiques chinois spécialisés dans l’Arctique.

La Longue Route vers l’Indépendance 

Le Groenland jouit d’un haut niveau d’autonomie en tant que région du royaume danois. La plupart des politiques groenlandais sont tournés vers le projet d’indépendance bien que la réalité économique soit un frein dans un moyen terme. Les aides danoises constituent pour plus de la moitié du budget de l’état du Groenland. Les résultats de la pêche comptent pour 94 % des exportations, le rendant vulnérable à une fluctuation des prix (Grønlands Statistik, 2017). Le pays manque d’ouvriers qualifiés. A peine la moitié de la population a le bac (Grønlands Økonomiske Råd, Août 2017).

Le gouvernement voit le développement des infrastructures de transport comme un moyen de s’étendre vers d’autres industries, en particulier le tourisme (Naalakkersuisut, Décembre 2015). Une possible implication chinoise dans le développement des infrastructures est en discussion depuis des années. En 2015, le ministre de l’époque Vittus Qujaukitsoq parlait d’un aéroport, d’un port, d’une centrale hydroélectrique et du développement d’infrastructures minières aux représentants d’entreprises telles Sinohydro (中国水电), la Société de Chine du BTP (CSCEC, 中建) et l’ingénierie portuaire chinoise (CHEC, 中国港湾) (MOFCOM, Octobre 2015). De grands projets étaient également en discussion lors de la visite du Premier Ministre chinois en novembre 2017 (NaalakkersuisutHuanqiu, Novembre 2017), bien qu’aucune entreprise chinoise n’ait à ce jour montrer de l’intérêt dans ces projets. Au mieux, certains de ces grands chantiers défendus par le gouvernement local ne sont pas rentables (Danmarks NationalbankGrønlands Økonomiske Råd, At 2017), requérant un soutien de l’état danois sur un long terme. Il est des moins sûr que l’état groenlandais puisse maintenir de tels financements. Ces projets sont polémiques au Groenland et sont sources de friction avec le Danemark (Folketinget, Janvier 2018 ). L’incertitude et le manque de clarté entourant ces projets semblent maintenir éloignées les entreprises chinoises.

Etant donné l’attitude favorable du gouvernement groenlandais envers la Chine, l’indépendance serait toutefois un avantage géopolitique pour la RPC. La Chine a évité avec constance de montrer toute forme de soutien à une telle ambition et pris grand soin de traiter le Groenland comme une région, mais malgré ces précautions, le sujet de l’indépendance est désormais discuté ouvertement entre académiques chinois. L’année dernière, Guo Peiqing (郭培清), un universitaire d’envergure sur la question polaire, a publié un article énonçant que « le gouvernement danois reconnaît l’inévitable indépendance du Groenland. » L’article note que le Groenland ne pourra pas gérer seul les défis qu’il devra confronter, il devra donc « obtenir inévitablement une aide extérieure », faisant du développement du Groenland « à la fois une affaire intérieure du Groenland et la responsabilité et le devoir de la communauté internationale ». [1] Venant de Guo, qui a argumenté pour l’importance stratégique des ressources de l’Arctique (Quanzhou wanbao, Décembre 2014), ceci peut-être lu comme un appel à l’implication chinoise dans le langage savoureux de l’internationalisme des affaires polaires.

Coopération minière

Le Groenland a d’abondantes réserves minières mais le bas prix des matières premières et le haut coût des investissements ont enraillé leur exploitation. Une seule mine est actuellement exploitée et une autre devrait commencer à l’être dans l’été 2018. Les entreprises chinoise sont sérieusement attirées par quatre sites, deux pourraient ouvrir dans un avenir proche, une fois exploitée, ils feraient des entreprises chinoises les premiers investisseurs étrangers de ressources naturelles groenlandaises.

Le plus grand projet minier du Groenland est aussi le plus polémique : un site d’uranium et de terres-rares à Kuannersuisut (Kvanefjeld), l’un des plus gros gisement mondial. Le propriétaire de la licence d’exploitation, ASX-listed Greenland Minerals and Energy (GME), a signé des accords non-contraignants avec China Nonferrous pour développer la mine, mais en 2016 un exploitant de terres-rares Shenghe Resources (盛和资源) a acheté un huitième de GME et a déclaré son intérêt à accroître sa part de contrôle une fois la production en cours (Shenghe, Septembre 2016; Sermitsiaq,Jichang Lulu, Juin 2017). Bien que listé au Shanghai Stock Exchange, Shenghe est contrôlé in fine par le Ministère des Terres et des Ressources (MLR) de la RPC, via l’institut de Chengdu des Diverses Utilisations des Ressources Minières (IMUMR, 中国地调局成都综合所), son actionnaire majoritaire (ShengheIMUMR). Le PDG de Shenghe est aussi le directeur de l’ IMUMR (Shenghe, IMUMR).

L’investissement de Shenghe, l’un des nombreux investisseurs mondiaux en terres-rares, y compris dans la mine états-uniennes du Mountain Pass, est fidèle aux injonctions du gouvernement pour la constitution de réserves stratégiques (NDRC) par l’industrie des terres-rares et à ses encouragements aux entreprises à « développer des ressources minières à l’étranger (MIIT, Octobre 2016). L’ IMUMR s’est référé à l’acquisition de parts dans le Kvanefjeld telle que l’application de coopérations minières » entre son ministère et les politiques groenlandais (IMUMR, Décembre 2016), et citait les investissements groenlandais en négociation comme faisant partie des projets d’acquisition de ressources en terres-rares à l’étranger dans le cadre de l’enquête géologique de Chine tel qu’en application du 13ème plan quinquennal (IMUMR, Décembre 2016). Le projet Kvanefjeld est polémique au Grnland, comme beaucoup s’opposent (dont l’actuel ministre des ressources naturelles) à l’exploitation de l’uranium (KNR, Novembre 2016). Le projet n’a pas encore obtenu de licence d’exploitation.

Le projet minier en collaboration avec la RPC est le site le plus septentrional au monde : les mines de fer et de zinc du Fjord Citronen sont à 83° de lattitude nord. Son propriétaire australien, Ironbark, aimerait travailler avec l’entreprise publique chinoise Nonferrous Metal Mining Group (中国有色矿业集团) pour financer et mettre en œuvre le projet, qui prévoit initialement l’emploi de travailleurs étrangers (très certainement des chinois), puis le transfert graduel aux travailleurs locaux (Naalakkersuisut, Septembre 2016). Le projet a une licence d’exploitation (Naalakkersuisut, Décembre 2016), mais peine à trouver des investisseurs (Sermitsiaq, Septembre 2017), bien que China Nonferrous reste intéressée et a envoyé en août un sous directeur manager visiter le site (mining.com, At 2017; Jichang Lulu, Octobre 2017).

à suivre…