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29/02/20 | 21 h 52 min par Par Frédéric Lemaître

CHINE : Gui Minhai, libraire et éditeur chinois, naturalisé suédois, condamné à dix ans de prison…

Des photos de l’éditeur Gui Minhai (à droite) et de son associé Lee Bo alors disparus, exposées à Hongkong en janvier 2016.

est, depuis plusieurs années, au cœur de vives tensions diplomatiques entre Pékin et Stockholm.

image : Des photos de l’éditeur Gui Minhai (à droite) et de son associé Lee Bo alors disparus, exposées à Hongkong en janvier 2016. PHILIPPE LOPEZ / AFP

Au risque de créer un nouveau contentieux avec l’Union européenne, la Chine a condamné lundi 24 février l’éditeur suédois Gui Minhai à dix ans de prison pour « avoir fourni illégalement des informations à l’étranger », selon un communiqué publié sur le site du tribunal de Ningbo (Zhejiang). Né en 1964, Gui Minhai était le responsable d’une maison d’édition qui publiait et vendait des livres à scandales sur les dirigeants chinois. Quatre de ses associés et employés, tous résidents de Hongkong, avaient été enlevés comme lui ou arrêtés en différentes circonstances à l’automne 2015. Les quatre autres sont officiellement libres.

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Disparu en octobre 2015, lors d’un séjour en Thaïlande où il possédait une résidence, Gui Minhai réapparaît trois mois plus tard à la télévision officielle chinoise pour s’accuser d’un accident de la route dans sa ville natale, Ningbo, survenu en 2003, dont il avait fui les responsabilités légales. Il est alors condamné à deux ans de prison.

Nationalité suédoise après Tiananmen

Officiellement libéré en octobre 2017 – sa fille affirme qu’il était en résidence surveillée à Ningbo –, il est à nouveau arrêté en janvier 2018 par des policiers en civil alors qu’il se rend en train à Pékin pour des raisons médicales, accompagné par deux diplomates suédois. Gui Minhai a en effet obtenu la nationalité suédoise au lendemain du massacre de Tiananmen en juin 1989. Le 9 février 2018, les médias chinois publient à nouveau une interview télévisée filmée au commissariat de Ningbo dans laquelle Gui Minhai accuse la Suède d’avoir voulu le manipuler à des fins politiques. De nombreux observateurs mettent en doute la sincérité de ces deux « confessions ».

  L’étrange confession télévisée d’un éditeur de Hongkong

Le tribunal de Ningbo affirme que Gui Minhai n’entend pas faire appel du jugement et qu’il avait demandé en 2018 à retrouver la nationalité chinoise. La Chine ne reconnaît en effet pas la double nationalité. L’arrestation de Gui Minhai a provoqué ces dernières années de multiples tensions entre la Chine et la Suède, soutenue par l’Union européenne. En novembre 2019, la ministre suédoise de la culture avait remis à Gui Minhai, en son absence, le prix de l’association des écrivains PEN, une distinction qui avait déclenché la colère de Pékin et notamment de son ambassadeur à Stockholm connu pour son agressivité.

Pékin avait alors annulé des voyages en Suède de délégations patronales chinoises.

Le verdict de lundi a été dénoncé par la ministre suédoise des Affaires étrangères, Ann Linde, qui a exigé « la remise en liberté », ainsi qu’un « accès » à M. Gui, pour pouvoir « lui assurer une assistance consulaire »« Nous avons toujours été clairs pour demander que Gui Minhai soit libéré de manière à retrouver sa fille et sa famille. Cette demande demeure », a déclaré Mme Linde dans un communiqué.

Multiples répercussions

L’affaire Gui a eu de multiples répercussions en Suède – dont la mise à pied de l’ambassadrice de Suède en Chine pour avoir entamé sans en informer sa hiérarchie, en janvier 2019, des négociations entre des hommes d’affaires chinois qui prétendaient pouvoir obtenir la libération de M. Gui, et la fille de celui-ci, qui vit à Londres et mène une campagne pour le sortir de Chine. La diplomate, Anna Lindstedt, sera jugée en mars en Suède pour collusion avec une puissance étrangère.

Certains, à Hongkong, affirment que le projet de loi facilitant les extraditions vers la Chine qui provoque depuis juin 2019 un mouvement de contestation sans précédent dans la région administrative spéciale avait pour finalité d’éviter à l’avenir à Pékin d’avoir à procéder à d’autres « enlèvements ». Les autorités de Hongkong ont toujours nié avoir préparé ce projet de loi, aujourd’hui abandonné, à la demande de la Chine continentale.

Ce jugement intervient alors que Yang Hengjun, un militant pro-démocratie de 54 ans d’origine chinoise et de nationalité australienne, est détenu en Chine depuis janvier 2019 pour « atteinte à la sûreté nationale ». Il est connu pour avoir publié des romans d’espionnage et des critiques du gouvernement chinois. Canberra a dénoncé le traitement « inacceptable » de son ressortissant.