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04/05/18 | 23 h 18 min par Beatrice Desgranges

CHINE : Liu Xia se dit prête à mourir pour protester contre sa détention arbitraire…Nos gouvernants resteront-ils de marbre car inféodés à XI « le tout puissant » ??

3 MAI 2018 — Même si vous ne parlez pas un mot de chinois, écoutez le fichier son joint à cet article du « China Change » et faites-le entendre à vos amis… Parlez de Liu Xia, pour qu’on ne l’oublie pas. Voici la traduction intégrale de l’article :

Même si vous ne parlez pas un mot de chinois, écoutez le fichier son joint à cet article du « China Change » et faites-le entendre à vos amis… Parlez de Liu Xia, pour qu’on ne l’oublie pas. Voici la traduction intégrale de l’article :

Le 30 avril 2018, à 4 h du matin en Allemagne, j’ai pu joindre Liu Xia par téléphone dans son appartement de Pékin. « Je n’ai plus peur de rien désormais, m’a-t-elle dit. Si l’on m’interdit de quitter la Chine, je me laisserai mourir chez moi. Depuis la mort de Xiaobo, plus rien n’existe plus dans le monde pour moi. Il serait plus facile pour moi de mourir que de continuer à vivre ainsi. Rien de plus simple pour moi que d’utiliser la mort comme un geste de défi. »

J’ai eu l’impression d’être électrocuté. Je lui ai demandé d’attendre. Je sais que les agents du Ministère de la Sécurité qui la maintiennent en résidence surveillée et qui l’ont emmenée de force à Dali, dans le Yunnan, pendant un certain temps après la mort de Liu Xiaobo lui ont promis, à maintes reprises, qu’elle serait autorisée à quitter la Chine pour suivre à l’étranger un traitement médical contre la dépression sévère dont elle souffre. Ils lui ont d’abord demandé d’attendre la fin du 19ème Congrès du Parti, ensuite, ils lui ont demandé d’attendre la fin des deux « sessions » parlementaires du mois de mars à Pékin. Le 1er avril, pour son 57ème anniversaire, l’Ambassadeur d’Allemagne l’a appelée pour lui transmettre les hommages personnels de la chancelière Angela Merkel et l’a invitée à jouer au badminton à Berlin sous peu.

Selon les informations dont je dispose, le Ministère des Affaires étrangères allemand avait déjà pris ses dispositions début avril pour la conduire à l’aéroport sans en informer les médias et, entre autres, pour mettre en œuvre le traitement de sa dépression. Lors de mes appels téléphoniques, j’ai souvent, quant à moi, sondé les intentions de Liu Xia et j’ai discuté de son cas – directement ou par correspondance – avec mes amis Herta Müller, Harry Merkel, Carolin, Silvia et le mandataire international de l’art photographique de Liu Xia Peter Sillem. Nous avons envisagé le moindre détail. Grâce au soutien d’Herta Müller, la Maison de la Littérature à Berlin était disposée à lui prêter un appartement temporaire tandis que Carolin et Silvia demandent pour elle une bourse d’études pour les artistes au Service Allemand d’Echanges Universitaires et que Peter Sillem a déjà pris contact pour elle avec les hôpitaux et les experts médicaux.

Nous avons tous attendu patiemment et calmement.
Nous avons tous fait patienter cette malade pas comme les autres.

Le casier judiciaire de Liu Xia est vierge et, si l’on en croit le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères chinois, elle est libre de se rendre où elle veut.

Nous avons fait profil bas sur tout cela parce que Liu Xia a été dévastée par la mort de Xiaobo et parce que la dépression dont elle souffre depuis des années s’est aggravée et l’a menée au bord de l’effondrement mental. Tant qu’elle restera en Chine, nous ne pouvons veiller sur elle. Quand elle a dit à Xiaobo, alors à l’agonie, qu’une équipe allemande (comprenant, entre autres, Wolf Biermann, âgé de 82 ans et sa femme) s’activait pour sa libération, il en a été ému aux larmes.

Dans la conversation que j’ai eue le 30 avril avec Liu Xia, je lui ai dit que je ne pouvais plus me taire. Que j’allais agir et révéler quelques-unes des vérités que j’avais jusqu’alors gardées pour moi. Je lui ai dit que j’allais rendre publics ses pleurs, incontrôlables, en cette soirée du 8 avril, malgré les anti-dépresseurs. Elle m’a autorisé à le faire.
Les propos suivants sont la transcription de l’enregistrement que j’ai fait de notre conversation ce soir-là. J’ai d’abord dit mes craintes : j’avais peur que Liu Xia soit à nouveau victime de « disparition forcée ». J’avais peur que le gouvernement chinois fasse la même chose que l’an dernier en annonçant que Liu Xiaobo et Liu Xia ne souhaitaient pas quitter la Chine. Heureusement, j’avais une lettre de sa main attestant du contraire, preuve irréfutable de ses mensonges.

J’ai insisté pour que Liu Xia atteste par écrit qu’elle souhaitait quitter la Chine. Elle a d’abord beaucoup hésité, tergiversé. Puis elle paniqué et a raccroché. J’ai attendu un petit moment et je l’ai rappelée. 

Liu Xia : « – L’Ambassade allemande connaît tout de ma situation, s’est-elle écriée en pleurant. Le monde entier la connaît. A quoi bon écrire tout cela encore et encore ?
Liao Yiwu : – C’est que tu fais face à une situation très particulière… Le gouvernement allemand a été en pourparlers à ce sujet depuis…
L. X : – Mais je ne peux l’envoyer de nulle part. Et je n’ai ni ordinateur ni téléphone portable.
L. YW : – OK. C’est OK.
L. X : – Tu sais parfaitement que je n’ai rien de tout cela. Mais tu me demandes quand même de faire ceci, de faire cela. 
L. YW : – Ici, nous…
L. X. – Bon, j’écrirai cette lettre demain et je la ferai passer demain. Tu peux m’enregistrer : je suis dans une telle colère que je suis prête à mourir ici… Si je me tue, on n’en parlera plus. Il est bien évident que je n’ai pas en main tous les moyens et toutes les manières de le faire…
L. YW – Le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères dit que tu jouis de toutes les dispositions légales chinoises… 
L. X. : – Je sais tout cela. Ce n’est pas la peine de le répéter. Je ne suis pas idiote.
L. YW : – OK. Laisse-moi te dire les préparatifs que nous faisons : quand tu seras là, on a un endroit qu’on appelle la Maison de la littérature, tu pourras y séjourner pendant un certain temps et tu pourras ensuite obtenir une bourse pour des études d’art. Les réponses qui nous parviennent de toute part sont très positives et tous s’accordent à dire qu’il faut faire très vite… »

Je n’ai pas pu aller plus loin, parce que Liu Xia n’arrêtait pas de pleurer. L’enregistrement audio dure 16 minutes et 30 secondes. J’en ai extrait les sept premières minutes et, à partir de la 4ème minute, j’ai fait passer le disque « Dona Dona » au piano. J’ai senti des vagues d’émotion m’envahir. Quand j’ai arrêté la musique, j’ai crié « Liu Xia ». Ses pleurs se sont un peu calmés : « Après le coup de fil de l’Ambassadeur d’Allemagne, j’ai commencé à faire mes bagages, m’a-t-elle dit Je n’ai pas perdu de temps. Que veux-tu que je fasse de plus ? »

http://www.scmp.com/news/china/policies-politics/article/2144402/liu-xiaobos-widow-liu-xia-tells-exiled-friend-she-ready

« Dona Dona » est une mélodie juive datant de la Deuxième Guerre Mondiale popularisée par l’écrivain juif Américain Aaron Zeitlin dans la pièce Yiddish Esterke.

Le sens global des paroles est celui-ci : tandis qu’on amène un veau à l’abattoir, une hirondelle voltige au-dessus de sa tête. Le veau se dit alors à lui-même : si seulement j’étais une hirondelle et si j’avais des ailes pour m’envoler au loin, ce serait merveilleux. Malheureusement, un veau n’est pas une hirondelle.

Comme son mari Liu Xiaobo, Liu Xia s’est passionnée pour les œuvres concernant l’Holocauste. Elle prétend même avoir l’impression d’avoir été juive dans une vie antérieure.

« Dona Dona » est devenu synonyme du génocide : des millions de Juifs ont été menés à l’abattoir comme des veaux résignés à leur sort. Avec Liu Xia, Dona Dona recommence aujourd’hui. S’il vous plaît, autorisez-moi à faire des larmes de Liu Xia ses nouvelles paroles.

Dona Dona, rendez-lui la liberté.
Dona Dona, s’il vous plaît, plaidez sa cause à corps et à cri !

Ecrit tard dans la nuit du 30 avril 2018

La presse française (Libération, Le Point, L’Express, Le Parisien, Ouest-France) s’est fait (discrètement) l’ écho de cet article en relayant une dépêche de l’AFP.

https://www.change.org/p/mme-hidalgo-après-la-mort-de-liu-xiaobo-paris-doit-afficher-son-soutien-à-liu-xia/u/22706062?utm_content=update&utm_medium=email&utm_source=campaigns_digest&utm_campaign=320855&sfmc_tk=V7bL2o4pTdKWS%2fUwApC2har2FEhLTZZGlIH1SZw57MbiEy8zveY%2fljfDPITuOHVZ&j=320855&sfmc_sub=295420440&l=32_HTML&u=57696617&mid=7259882&jb=59

image : Liu Xia, wife of China’s jailed Nobel laureate Liu Xiaobo …