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29/02/20 | 22 h 31 min

CHINE / OUÏGHOURS : Le port de la barbe, du voile ou la navigation sur Internet peut décider de l’ internement de centaines de milliers de musulmans


  A ce jour,  le document présenté  par la BBC ce 17 février 2020 semble donner  la meilleure idée de la manière dont la Chine détermine le sort des Ouïghours, ces  musulmans détenus dans un réseau de camps d’internement.

Répertoriant les informations personnelles de plus de 3 000 personnes de l’extrême ouest du Xinjiang, ce rapport  expose en détail les aspects les plus intimes de leur vie quotidienne.

Les dossiers minutieusement constitués de 137 pages de colonnes et de lignes – comprennent la fréquence à laquelle les gens prient, comment ils s’habillent, quels sont leurs contacts et comment les membres de leur famille se comportent.

La Chine nie tout acte répréhensible, affirmant qu’elle combat le terrorisme et l’extrémisme religieux.

Le document proviendrait, de l’intérieur du Xinjiang, via une source  qui s’expose à des risques personnels considérables, la même source qui, l’année passée, avait également divulgué un lot de documents très sensibles qui furent publiés.

L’un des plus grands experts mondiaux des politiques chinoises au Xinjiang, le Dr Adrian Zenz, membre senior de la Victims of Communism Memorial Foundation à Washington, estime que cette dernière fuite est authentique.

 » Ce document remarquable présente les preuves les plus solides – que j’ai vues à ce jour-  que Pékin persécute et punit activement les pratiques normales des croyances religieuses traditionnelles « , dit-il.

L’un des camps qui y est mentionné, le «Number Four Training Center», a été identifié par le Dr Zenz comme faisant partie de ceux visités par la BBC dans le cadre d’une tournée organisée par les autorités chinoises en mai de l’année dernière. Une grande partie des preuves découvertes par l’équipe de la BBC semble être corroborée par le nouveau document, expurgé pour publication afin de protéger la vie privée de ceux qui y figurent.

Il contient des détails sur les enquêtes conduites à l’encontre de 311 personnes ciblées, énumérant leurs antécédents, leurs habitudes religieuses et les relations avec plusieurs centaines de parents, voisins et amis.

Les verdicts rédigés dans une dernière colonne décident si les personnes déjà internées doivent le rester ou être libérées, et si certaines des personnes précédemment libérées doivent retourner en camp .

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Ce sont des preuves qui semblent contredire directement l’affirmation de la Chine selon laquelle les camps ne sont que des écoles. Dans un article analysant et vérifiant le document, le Dr Zenz fait valoir qu’il offre également une compréhension beaucoup plus approfondie de la finalité réelle du système. Cela permet d’avoir un aperçu de l’ état d’esprit de ceux qui prennent les décisions, dit-il, grâce à cette mise  à nu de la « micromécanique idéologique et administrative » des camps.

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Par exemple, l’ alinéa 598 concerne  le cas d’une femme de 38 ans portant le prénom de Helchem, envoyée dans un camp de rééducation pour l seule et  principale raison qu’elle  était connue pour avoir porté  le voile  quelques années en rrière.

Il ne s’agit que d’un des nombreux cas de punition arbitraire et rétrospective.

D’autres ont été internés simplement pour avoir demandé un passeport,  preuve que même l’intention de voyager à l’étranger est désormais considérée comme un signe de radicalisation au Xinjiang.

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A l’ alinéa 66, il s’ agit d’un homme de 34 ans prénommé Memettohti interné précisément pour ce prénom , bien qu’il ait été décrit comme ne présentant « aucun risque pratique ». Et puis, cet homme de 28 an, Nurmemet,  à l’ alinéa 239, mis en rééducation pour « avoir cliqué sur un lien Web et atterri involontairement sur un site Web étranger ».

Encore une fois, ses notes ne décrivent aucun autre problème au sujet de son comportement. Les 311 principaux individus répertoriés sont tous originaires du comté de Karakax, près de la ville de Hotan, dans le sud du Xinjiang, une région où plus de 90% de la population est ouïghoure.

À prédominance musulmane, les Ouïghours sont plus proches en apparence, en langue et en culture des peuples d’Asie centrale que de l’ethnie majoritaire de la Chine, les Han chinois.

Au cours des dernières décennies, l’afflux de millions de colons han dans le Xinjiang a entraîné une montée des tensions ethniques et un sentiment d’exclusion économique croissant chez les Ouïghours. Ces griefs ont parfois trouvé leur expression dans des flambées sporadiques de violence, alimentant un cycle de réponses de sécurité de plus en plus dures de Pékin. C’est essentiellement pour cette raison que les Ouïghours sont devenus la cible – avec les autres minorités musulmanes du Xinjiang, comme les Kazakhs et les Kirghizes – de ces campagnes d’internement.

Map showing location of three of the four camps identified by Adrian Zenz from the Karakax List

La « Liste Karakax », comme l’appelle le Dr Zenz, résume la façon dont l’État chinois assimile désormais presque toute expression de croyance religieuse comme un signe de déloyauté. Pour éliminer cette déloyauté perçue, dit-il, l’État a dû trouver des moyens de pénétrer profondément dans les foyers ou les cœurs ouïghours.

Début 2017, lorsque la campagne d’internement a commencé sérieusement, des groupes de travailleurs soumis au Parti Communiste et connus sous le nom d ‘« équipes de travail villageoises « , ont commencé à ratisser la société ouïghoure lors d’ un énorme coup de filet.

Chaque membre étant assigné à un certain nombre de ménages, a rendu  visite, tenté de se lier d’amitié et pris des notes détaillées sur « l’atmosphère religieuse » dans  chacun des foyers visités ; par exemple, combien de Corans possède chaque famille  ou quels  rites religieux sont observés.

La liste de Karakax semble être la preuve la plus substantielle de la façon dont cette collecte d’informations détaillées a été utilisée pour expédier les gens dans les camps. Il révèle, par exemple, comment la Chine a utilisé le concept de  » culpabilité par association «  pour incriminer et détenir des réseaux entiers de familles élargies dans le Xinjiang.

 La 11 ème colonne du tableur recense pour  chaque personne ciblée,  les données  enregistrées relatives à ses  relations familiales et à son cercle social.

 

 

Traduction France Tibet

En complément vous pouvez aussi consulter :

https://www.bbc.co.uk/news/resources/idt-sh/China_hidden_camps