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16/11/20 | 22 h 03 min par Mark Munsterhjelm

CHINE : REGIME D’APARTHEID SOUS DOMINATION ETHNIQUE HAN AU TIBET, XINJIANG, MONGOLIE-INTERIEURE

Le 08 juillet 2009, des Ouïghours marchent près de la police tout en formant une ligne dans une rue à Urumqi, la capitale du Xinjiang, en Chine. Photo de Guang Niu / Getty Images

Dans le cadre des mesures instaurées  aux fins de contrôles des populations, le gouvernement chinois a établi les profils génétiques d’une  grande partie des habitants du Xinjiang – de chaque personne âgée de 12 et 65 ans –  établissant un système de surveillance biométrique jamais mis en œuvre, système des plus complets et des plus intrusifs.

Ainsi le gouvernement chinois a effectivement mis au point un système d’apartheid dans la région du nord-ouest du Xinjiang, région riche en ressources et donc importante d’un point de vue stratégique. Pékin cible les Ouïghours et d’autres minorités turcophones  en raison de leur identité raciale, par le biais de son utilisation des camps d’internement, de la surveillance de masse, de la répression de l’expression politique et culturelle mais aussi d’autres formes de discrimination.

A première vue, essayer d’utiliser des technologies génétiques médico-légales, afin de distinguer un groupe de personnes d’un autre groupe, peut ne pas sembler très problématique, s’il permet d’aider la police ou de faciliter des enquêtes de Sécurité nationale. Cependant, si l’on considère l’histoire de l’utilisation de la science à des fins d’oppression, la recherche génétique en cours est une menace potentielle grave pour les droits humains et juridiques légaux.

Suite aux horreurs de l’expérimentation médicale nazie et au déclin de l’eugénisme qui l’accompagne, l’utilisation des catégories raciales par la science a perdu une grande partie de sa crédibilité et de sa légitimité. Cependant, au lendemain du 11 septembre, en utilisant des euphémismes tel que  » l’ascendance bio-géographique  et  » l’apparence phénotypique « , la communauté génétique médico-légale internationale a ressuscité des notions autrefois discréditées de race , arguant que ces catégories peuvent potentiellement aider les enquêtes policières et la Sécurité nationale. Néanmoins, des universitaires tels que  Troy Duster  de l’Université de Californie, Berkeley et Duana Fullwiley de l’Université de Stanford, ont fait valoir que cette normalisation des catégories raciales, dans la recherche génétique médico-légale, pourrait se transformer en technologies d’oppression contre les peuples marginalisés. Au Xinjiang, on assiste à la réalisation du potentiel draconien de cette résurrection  raciale.

De nombreux scientifiques du domaine de la génétique médico-légale ont participé à ce processus, ce qui soulève la question de savoir s’ils ont été complaisants ou même complices du crime d’apartheid, en vertu du droit international. La Convention des Nations Unies sur l’apartheid définit ce crime comme «des actes inhumains commis dans le but d’établir et de maintenir la domination de personnes issues d’un groupe racial sur un tout autre groupe racial et de l’opprimer systématiquement».

La coopération internationale en matière de recherches avec les chercheurs du Ministère chinois de la Sécurité Publique, a contribué à renforcer la capacité de s’engager dans des tests génétiques de différenciation raciale. Par exemple, dans cet  article de 2015 , écrit par 21 co-auteurs, dont Kenneth Kidd et d’autres chercheurs de Yale, James Robertson du laboratoire FBI à Quantico, en Virginie, et Li Cai-xia et Wei Yi-liang du ministère chinois de la Sécurité Publique de Pékin, ont testé un ensemble de 55 marqueurs génétiques d’inférence d’ascendance (développés par Kidd et ses collègues) sur plus de 7 000 personnes issues de 125 populations, y compris des Ouïghours et d’autres minorités turcophones. Cette coopération de recherches sur l’ensemble de 55 marqueurs d’ascendance de Kidd s’est poursuivie ; elle est relatée dans un  article de 2017 , co-écrit par 16 chercheurs – dont Kidd et  Bruce Budowle, un ancien scientifique des laboratoires du  FBI, une figure éminente de la génétique médico-légale – qui a ajouté 14 autres populations ( dont plusieurs minorités chinoises ). Cet article de 2017 a porté le total testé à plus de 8 000 individus de 139 populations, y compris les échantillons de la population Ouïghours et d’autres peuples turcophones fournis par Li Caixia du Ministère chinois de la Sécurité Publique. Cet ensemble de 55 marqueurs d’ascendance a maintenant été incorporé dans des systèmes de séquenceurs génétiques produits par  Thermo Fisher  et  Illumina , tous deux  commercialisés  auprès des services de police  en Chine.

Les principales revues internationales publient régulièrement des articles de chercheurs du Ministère de la Sécurité Publique. Pour exemple, un article de 2018 dans Forensic Science International Genetics – publié en ligne en mai 2018 par Elsevier BV, une importante maison d’édition universitaire – comprenait des co-auteurs du Ministère de la Sécurité Publique, de l’Armée Populaire de Libération et des scientifiques du Bureau de la Sécurité Publique de Bingtuan*. Dans l’article, ils rapportent avoir testé un ensemble de 27 marqueurs génétiques d’inférence d’ascendance sur 10 350 individus, dont 957 Ouïghours. Egalement testé cet ensemble de 2 266 personnes représentant 46 populations sur un extrait d’ADN fourni par Kidd. Bien qu’il y ait eu de nombreux rapports d’internement de masse et de surveillance de masse au Xinjiang, les revues universitaires et leurs éditeurs continuent d’agir avec indifférence.

En Chine, s’agit-il uniquement de recherche universitaire ? Les scientifiques de l’agence de Sécurité chinoise se sont engagés dans un effort à long terme pour développer des technologies capables de distinguer racialement Chinois Hans, Ouïghours et des autres minorités, afin que le gouvernement puisse cibler plus efficacement ses mesures oppressives. Un centre important de cette recherche est l’Institut des Sciences Judiciaires (IFS) du Ministère chinois de la Sécurité Publique (IFS) à Pékin, dont les scientifiques ont déposé un certain nombre de brevets et de demandes de brevets chinois. Par exemple, l’Administration nationale de la Propriété intellectuelle chinoise a accordé à l’IFS un  brevet en 2014  pour un test génétique visant à déterminer si un échantillon non identifié appartient à un Chinois Han, un Tibétain ou un Ouïghour.

La coopération internationale en matière de recherches aide à développer davantage les capacités scientifiques des agences de Sécurité chinoises, ce qui en conséquence fait progresser ces demandes de brevets raciaux. Le brevet de 2014 n’est pas un exemple isolé.

Une demande de brevet chinois déposée en 2017  par les chercheurs de l’IFS, aidée par un équipement de séquençage génétique de la société américaine Thermo Fisher Scientific , a utilisé des centaines d’échantillons d’extrait d’ADN fourni par Kidd , généticien de l’Université de Yale. Ces recherches comprenaient des échantillons d’autres peuples autochtones et minorités marginalisées obtenus de manière controversée . Cette demande de brevet, à l’instar d’autres demandes similaires de brevets, utilisent des catégories raciales établies de longue date pour différencier les Ouïghours des Chinois hans.

Ce système d’oppression raciale de mieux en mieux documenté signifie que les scientifiques, les commissions d’examen, les revues, les bases de données et les agences de financement sont désormais obligés d’agir de manière décisive et de ne plus participer à aucune recherche génétique et évolutionniste médico-légale – et peut-être à toutes les recherches biométriques – impliquant des Ouïghours et d’autres minorités turcophones au Xinjiang, au risque d’être complices de ce crime d’apartheid.

Toutes les allégations de consentement éclairé faites par des chercheurs chinois sur les Ouïghours et d’autres peuples minoritaires turcophones sont invalides. Le consentement éclairé exige que les participants soient libres de toute contrainte, qu’ils soient libres de choisir de participer ou de se retirer à une date ultérieure. Aucune de ces conditions n’est plausible dans l’état policier du Xinjiang où des centaines de milliers d’Ouïghours ont disparu dans des camps de «rééducation».

En outre, la recherche génétique médico-légale qui permet de différencier racialement les Ouïghours et les autres minorités, viole d’importantes obligations éthiques selon lesquelles la recherche ne doit causer aucun mal et doit  agir dans le sens du bien . Ces violations sont particulièrement vraies pour toute recherche impliquant le Ministère chinois de la Sécurité Publique, car cette Agence de Sécurité d’État a joué un rôle central dans l’application de l’apartheid au Xinjiang.

La Communauté internationale de la recherche génétique médico-légale n’a pas fait preuve de diligence raisonnable dans sa coopération avec les chercheurs du Ministère chinois de la Sécurité publique sur les études génétiques médico-légales des Ouïghours et d’autres peuples turcophones du Xinjiang. Les scientifiques, les rédacteurs en chef de revues, les agences de financement et les éditeurs se sont montrés complaisants en acceptant sans réserve les affirmations des chercheurs chinois sur la sécurité concernant le consentement éclairé des Ouïghours et d’autres sujets minoritaires, mais aussi sur le respect des codes d’éthique de la recherche.

Toute coopération supplémentaire concernant ces mesures de contrôles – y compris des projets conjoints,  le  partage et la distribution de données , l’examen par les pairs et la publication d’articles, le partage de matériel génétique et la vente ainsi que le service d’équipement et de fournitures de séquençage – constituent une complicité dans ce système d’apartheid. Jusqu’à ce que cet apartheid prenne fin au Xinjiang, il devrait y avoir des moratoires internationaux sur toutes les recherches génétiques médico-légales impliquant des Ouïghours et d’autres minorités turcophones et sur toute coopération scientifique avec le Ministère chinois de la Sécurité publique. Un tel moratoire n’empêcherait pas les agences de sécurité chinoises et les institutions universitaires disposant de ressources suffisantes de mener des recherches et des développements en matières de génétique médico-légale racialisant. Cependant, cela ralentirait et délégitimerait ces mesures de contrôles.

Enfin, alors que la police et les Agences de sécurité commencent, dans d’autres régions à adopter ces technologies particulières de chasse à l’homme génétiques médico-légales prenant en compte l’ascendance ainsi que l’apparence, le cas du Xinjiang représente un avertissement fort, quant au potentiel répressif inhérent à l’utilisation de ces technologies visant les catégories raciales.

Article du 18 juin 2019 Traduction France-Tibet

 

 

APARTHEID vient du mot français « à part  » transposé en néerlandais pour devenir  » apart  » auquel fut rajouté le suffixe  » heid  »  » le fait de  » ou  » situation de « .

L’APARTHEID était une politique de  » développement séparé  » affectant les populations selon des critères raciaux ou ethniques dans des zones géographiques déterminés en Afrique du sud. Il fut aboli le 30 juin 1991.