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03/02/18 | 17 h 12 min par HRW, traduction France Tibet

LARUNG GAR / TIBET : Contrôle intensifié du monastère tibétain déjà soumis en partie à la démolition et à l’expulsion de la majeure partie de ses nonnes et moines.

« Religion, éducation, autorités données aux cadres du Parti Communiste Chinois »*

La note du Bureau : Et oui, avec son style propagandiste inimitable, le moule pékinois façonne tout à l’image du régime ; et en religion cela donne un intéressant paradoxe … qui n’est pas sans rappeler le « paradoxe du pope soviétique » !

Eglise chrétienne, islam ouïghour, bouddhisme tibétain se doivent d’être ordonnés – dans tous les sens du terme – par le Parti Communiste Chinois … et d’être ainsi placés sous la loi de cet organe sans foi. 
Quand Pékin a fait kidnapper, en 1995, l’enfant Gendhun Choeky Nyima alors âgé de six ans, que les Tibétains avaient reconnu comme la réincarnation du Panchen Lama, le laïc PCC n’avait éprouvé aucun trouble identitaire à lui substituer son propre Panchen Lama. Les Tibétains ne reconnaissent toujours pas ce fonctionnaire du Parti mais restent toujours sans nouvelles du vrai Panchen Lama, entre mutisme du pouvoir chinois et silence des organisations internationales. Ce silence d’ailleurs encourage la Chine dans son travail de sape du bouddhisme tibétain … cerné, surveillé, isolé, infiltré et corrompu, réduit peu à peu. Ainsi le Parti Unique – parti inique -espère encore pouvoir imposer son Dalaï Lama aux Tibétains du Tibet, faute de le voir reconnu par les Tibétains en exil, accentuant la fracture entre les deux communautés, l’une isolée par la propagande et le Great Firewall et l’autre « immergée » ou plus ou moins  « diluée »  dans la culture indienne et, plus largement,  atteinte par la globalisation. 

Note du Bureau

(New York) – Human Rights Watch (HRW) rapporte que les autorités chinoises, à l’encontre de la liberté religieuse, viennent d’ imposer de nouvelles mesures de contrôle administratif au monastère de Larung Gar.

D’après un document officiel obtenu par l’association, faisant suite aux démolitions et aux expulsions de 2017, quelques 200 cadres du Parti Communiste Chinois (PCC) et fonctionnaires laïques gèreront le monastère, ses finances, sa sécurité, les admissions et même le choix des livres.

« Le nouveau contrôle de Larung Gar par le Gouvernement contredit les déclarations du Parti telles que la Chine respecte les croyances religieuses protégées par la Constitution » déclarait Sophie Richardson, directrice Chine de Human Rights Watch. « La micro-gestion du monastère tibétain entâche la liberté de religion et nourrit assurément le ressentiment envers Pékin »

Le document met l’accent sur l’augmentation de la sécurité et du contrôle des moines et des nonnes, appelant à des limites strictes du nombre de visiteurs, et à la surveillance continue de la population du monastère par la mise en place, sur l’ensemble du site, d’une « grille de gestion ». Il stipule également que les résidents et les visiteurs seront sujets à un « enregistrement de leur vrai nom », que les moines devront porter un ruban rouge tandis que les nonnes porteront un ruban jaune, et les laïcs un vert.

Larung Gar était le plus grand centre monastique du Tibet, si ce n’est du monde, jusqu’à l’application d’un plan d’expulsions et de démolitions de huit années. Il accueillait des dizaines de milliers de religieux. A la fin du plan en avril 2017, il ne restait plus que 5 000 résidents, environ. Auparavant, les doyens du monastère choisissaient les moines et les nonnes qui prenaient en charge le fonctionnement du monastère. La prise en main de l’administration par le Gouvernement – décrite par le document comme une « standardisation » – pourrait avoir un impact encore plus important que les démolitions et les expulsions. Ces dernières avaient poussé un groupe d’experts de l’O.N.U., en novembre 2016, à demander à la Chine de fournir des informations sur le fondement légal des expulsions ; et le Parlement Européen à condamner la destruction du monastère.

Le nouveau document est une brochure de quatre pages non datée imprimée en couleurs en chinois et en tibétain, apparemment destinée à une distribution publique. Elle se termine par une citation de Liu Chengming, secrétaire du parti de la préfecture de Kardze, une zone supposée autonome de la province du Sichuan, où se situe Larung Gar.

La brochure, disponible autour d’août 2017, appelle à la division du site monastique en deux parties séparées d’un mur, l’une serait nommée « institut » ou académie et comporterait un maximum de 1 500 moines tandis que la seconde, le monastère, serait composée d’un maximum de 3 500 nonnes.

L’ordre initial de démolition, publié en juin 2016 par HRW, indiquait que dans le futur, les trois cinquièmes de l’administration composés de moines serait remplacés par des fonctionnaires laïcs. Ce plan a été mis en pratique en août 2017 lorsque que les autorités locales ont annoncé la nominations de six hauts fonctionnaires laïcs au sein des deux principaux comités d’administration de Larung Gar. Tous, dont le commissaire de police de la préfecture de Kardze, sont des cadres du Parti Communiste chinois, il leur est donc requis d’être athées.

La nouvelle brochure montre que nombre d’autres cadres seront parachutés non seulement dans le comité administratif mais à chaque niveau et section du site monastique. Ils tiendront quasiment la moitié des sièges dans la plupart des bureaux et des comités, et dans la plus part des cas, occuperont les postes hiérarchiques les plus élevés. Le commissaire de police de la préfecture de Kardze sera à la fois secrétaire et principal abbé de l’institut de Larung Gar, trois des sept prieurs ( nommés en calquant la vie monastique tibétaine à la chrétienne, NdT) seront des cadres, et les six « sous-unités administratives » (guanli zu en chinois) qui supervisent les moines de l’institut seront chacune dirigée par un cadre plutôt qu’un moine.

Toujours selon la brochure, de nouveaux comités seront mis en place pour se charger de la propagande : « sécurité intérieure », finances, éducation, étudiants de l’institut. La moitié des personnes qui dirigeront ces comités seront des cadres, dont 97 seront placés au sein de l’institut. Des sources du monastère ont confirmé à HRW qu’au moins le même nombres de cadres seront placés au sein de l’autre partie du site qui est désormais officiellement nommée le « monastère ». Elles ajoutent qu’un grand bâtiment a déjà été construit pour loger les cadres.

« le contrôle administratif de Larung Gar par les fonctionnaires du parti montre que le but du gouvernement n’est pas simplement de réduire les effectifs du site, » avance Mme Richardson, « les autorités chinoises imposent également une surveillance et un contrôle omniprésent sur chaque activité au sein des activités monastiques. »

40 % des enseignements de l’institut de Larung Gar doivent désormais être des cours de politique et autres sujets non religieux. Le premier critère d’admission des étudiants sera leur « posture politique ferme, acceptant la Grande Mère Patrie, le peuple chinois (zonghua en chinois), la culture chinoise, le parti communiste chinois et le socialisme avec ses caractéristiques chinoises ». Les objectifs d’études incluront « l’honneur et le soutien au parti communiste chinois et au système socialiste » et former des moines qui « défendent l’unification de la Mère Patrie, soutiennent l’unité de nationalité et la religion patriotique et respectent leurs vœux ».

Seuls les habitants du Sichuan seront autorisés à candidater, sauf cas exceptionnel, éliminant ainsi les moines et les nonnes d’autres régions tibétaines – ce qui était une marque distinctive de Larung Gar. Depuis 2008, les autorités chinoises ont imposé des limites similaires dans les autres grands monastères tibétains, leur interdisant d’admettre des moines et des nonnes provenant d’une autre localité. De plus, des mesures seront prises pour empêcher les expulsés de revenir in situ.

HRW rapporte que l’échelle d’intervention du PCC à Larung Gar est sans précédent. Depuis octobre 2011, des équipes permanentes de cadres sont présentes dans tous les monastères de la région autonome du Tibet et ont pris en charge la gestion les comités administratifs de chacun de ses lieux religieux. Il y a eu des rapports de prises en main similaires dans certains monastères des régions tibétaines orientales mais aucun n’est connu pour avoir accueilli un si grand nombre de cadres, ni même avoir inclus des cadres, ne serait-ce aux échelles les plus basses des responsabilités.

Les changements à Larung Gar sont dans la ligne politique religieuse actuelle. Elle met l’accent sur la stabilité politique dans les monastères en intensifiant une gestion officielle. Elle récompense également la compliance politique des moines et des nonnes avec des félicitations publiques, des titres [honorifiques] tel que « moine patriotique modèle », et d’autres avantages sociaux ou matériels. La brochure cherche à rendre les études du bouddhisme « standardisées, modernes et respectueuses de la loi », en référence au nouveau système centralisé de gestion de la formation religieuse, des livres d’apprentissage et des programmes d’études mis en place principalement à travers un réseau d’instituts de hauts niveaux pour renouveler les moines bouddhistes de la Chine entière.

Le schéma apparaît comme penser pour sous-gérer des institutions religieuses plutôt que de les fermer et de produire une nouvelle génération d’enseignants du bouddhisme formés dans une doctrine religieuse et une idéologie d’état capable « d’adapter le bouddhisme tibétain à la société socialiste. »

« Les dernières incursions du gouvernement chinois à Larung Gar montrent l’intention pernicieuse d’un exercice extrême du contrôle des pratiques religieuses, » déclare Mme Richardson. « C’est une menace immédiate à la liberté religieuse de tous les Tibétains, et sur un long terme une menace pour tous les Chinois. »

  • sous-titre de l’article de l’ ONG Human Rights Watch.

 

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