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10/07/18 | 14 h 18 min

Chine : la veuve du dissident Liu Xiaobo, libre 8 ans après le Nobel

AFP/Archives / Philippe LOPEZ

La veuve du dissident chinois Liu Xiaobo a quitté la Chine mardi, retrouvant la liberté huit ans après l’attribution à son mari du prix Nobel de la paix, qui lui a valu de vivre depuis en résidence surveillée.

La poétesse aux cheveux ras, qui n’a jamais été condamnée pour aucun motif, devait atterrir dans la soirée en Allemagne, presque un an jour pour jour après la mort en détention de Liu Xiaobo, le 13 juillet 2017.
Liu Xia, 57 ans, est attendue à Berlin après avoir pris un avion de la compagnie finlandaise Finnair à Pékin en fin de matinée, ont indiqué des proches à l’AFP.

Pékin a confirmé son départ, précisant que Mme Liu se rendait en Allemagne pour y suivre « un traitement médical ». Selon des proches, elle souffre d’une grave dépression.

« Je suis tellement, tellement, tellement heureux! Enfin, enfin Xia arrive aujourd’hui!! », s’est félicité sur Twitter l’écrivain chinois en exil Liao Yiwu, qui devait l’accueillir dans la capitale allemande où Mme Liu souhaitait se rendre depuis plusieurs années afin de retrouver des proches.

Son mari Liu Xiaobo, une figure des manifestations de Tiananmen pour la démocratie, avait été condamné en 2009 à 11 ans de prison pour « subversion » pour avoir cosigné un appel en faveur d’élections libres en Chine.

Le régime communiste avait très mal pris l’octroi du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo l’année suivante et avait rejeté les appels des pays occidentaux à sa libération, y compris lorsque le dissident avait été diagnostiqué d’un cancer du foie en 2017.

Hospitalisé mais empêché de quitter la Chine pour être soigné à l’étranger, Liu Xiaobo était devenu le premier lauréat du Nobel de la paix à mourir en détention depuis un opposant allemand enfermé par les nazis dans les années 1930. Il était âgé de 61 ans.

Mme Liu restait depuis lors sous très étroite surveillance. Les autorités chinoises assuraient qu’elle était libre de ses mouvements, mais journalistes et diplomates étrangers étaient refoulés quand ils tentaient d’approcher de son domicile pékinois.

La poétesse avait confié par téléphone à Liao Yiwu qu’elle était prête à « se laisser mourir », les autorités lui interdisant de quitter le pays.

– ‘Une question d’image –
Après un an de faux espoirs d’une libération prochaine, Liu Xia a finalement obtenu un passeport la semaine dernière, a déclaré à l’AFP un proche qui a requis l’anonymat.

Son départ intervient au lendemain d’une rencontre entre le Premier ministre chinois Li Keqiang et la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin.

Mme Merkel, qui a plusieurs fois évoqué publiquement la question des droits de l’homme en Chine, a semble-t-il soulevé le cas de Liu Xia lors d’une visite à Pékin en mai dernier, lors de laquelle elle a rencontré des épouses d’avocats emprisonnés.

La visite de Mme Merkel à Pékin a été « manifestement décisive », selon ce proche, qui a été régulièrement en contact avec elle au cours des dernières années.

L’approche du premier anniversaire de la mort de Liu Xiaobo semble directement liée à la libération de sa veuve.

« Le gouvernement chinois a peut-être compris que la maintenir en résidence surveillée donnait des Chinois une image mesquine, cruelle et vindicative », observe Elaine Pearson, de l’association de défense des droits de l’homme Human Rights Watch.

Pékin peut aussi chercher à amadouer les Européens, avant un sommet Chine-UE la semaine prochaine à Pékin.

« C’est une question d’image pour la Chine au moment où elle est engagée dans une guerre commerciale avec les Etats-Unis », observe un diplomate occidental.

Mais il ne faudrait pas en conclure que la situation des droits de l’homme en Chine s’améliore. « Nous constatons que ça se dégrade », ajoute-t-il.

Rien ne laissait présager un départ soudain de la veuve du dissident. Lundi, l’immeuble où elle habitait était toujours sous la surveillance de plusieurs gardiens.

Malgré la sécurité renforcée, l’AFP avait pu la rencontrer dans son appartement, mais elle s’était refusée à toute interview, disant craindre des mesures de rétorsion contre son frère, qui n’est pas autorisé à quitter le pays.