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30/03/21 | 21 h 13 min par Philippe Le Corre

PEKIN, quid du Quad : COALITION…vous avez dit coalition ?…

POINT DE VUE. Chine et démocraties : dialogue de sourds

« L’UE doit gérer une situation complexe face à un régime chinois qui ne semble guère prêt au compromis », selon Philippe Le Corre, chercheur à la Harvard Kennedy School et à l’ESSEC-IRENE. Explications.

La Chine de Xi Jinping n’entend pas se laisser dicter quoi que ce soit. Les déclarations des diplomates chinois dans plusieurs capitales, de Paris à Londres, en passant par Berne, reflètent la nouvelle politique étrangère chinoise faite de communiqués incantatoires et de coups de boutoir. En ligne de mire, principalement, certaines élites européennes (députés européens, journalistes, chercheurs, diplomates) accusées de disséminer des contre-vérités anti-chinoises sur le traitement réservé à la minorité ouïghoure au Xinjiang ; sur Hong Kong, Taiwan, le Tibet, la mer de Chine du sud, entre autres. Les sanctions imposées le 22 mars dernier par l’Union européenne à l’encontre de quatre responsables chinois du Xinjiang ont provoqué une escalade sans précédent, Pékin bloquant à son tour l’accès de son territoire à nombre de responsables européens et britanniques, ou experts de la Chine, sélectionnés sans autre forme de procès. Les relations ne sont guère meilleures avec le Canada, l’Australie et bien sûr les États-Unis (on notera néanmoins que ces derniers n’ont pas été punis avec la même vigueur, bien qu’ayant imposé les mêmes sanctions que l’UE et le Royaume-Uni). Les grandes démocraties asiatiques – Inde, Japon- restent discrètes, mais n’en pensent pas moins. La question de Hong Kong est en suspens, et le pessimisme y est de mise.

À Pékin, on martèle le même message : les régimes démocratiques occidentaux ont échoué dans leur gestion du Covid-19, et ils n’ont pas de leçons à donner étant donné leurs antécédents de la guerre d’Algérie au nazisme. Accessoirement, ils ont aussi humilié la Chine, au XIXe siècle, du temps de la dynastie des Qing. Pas un mot en revanche sur la révolution culturelle en Chine, dont l’historien Frank Dikötter estime à 50 millions le nombre de victimes. Quant aux grandes marques vestimentaires comme H & M, Adidas ou Nike, qui boycottent le coton du Xinjiang, elles sont à présent dénoncées en Chine par certains médias.

Un numéro d’équilibriste

Sans surprise, la diplomatie chinoise parle d’une seule voix, avec des accents grandiloquents comme à chaque fois que les Occidentaux s’en prennent à la souveraineté de l’ex-empire du Milieu. Or cette fois, ce sont les Européens et les nord-Américains qui ont pris des mesures conjointes, deux jours avant la visite du secrétaire d’État Antony Blinken au siège de l’OTAN où il a répété le message de l’administration Biden depuis deux mois : l’Amérique est de retour, et priorité sera donnée aux alliances​. Dans ce contexte, le sommet des démocraties (qui se profile aG7 plus Australie, Inde, Corée du sud)  toutes les chances de déplaire à Pékin qui s’est toujours méfié d’une coalition se mobilisant contre elle.

Et quid de l’Accord Chine-UE sur les investissements signés fin décembre 2020 sous la présidence d’Angela Merkel ? Au vu des sanctions infligées contre de nombreux responsables européens coupables d’avoir évoqué les exactions au Xinjiang, rares sont ceux qui parient sur une ratification prochaine par le Parlement européen. Après avoir tenté un numéro d’équilibriste cherchant à satisfaire à la fois les entreprises allemandes et les organisations de défense des droits de l’homme, l’UE doit gérer une situation complexe face à un régime chinois qui ne semble guère prêt au compromis à l’approche du 100e anniversaire du parti communiste, du 20e congrès à l’automne 2022, suivi de près par les Jeux Olympiques d’hiver de Pékin, dont le régime fera – comme pour les jeux d’été de 2008- un symbole de son nationalisme effréné, à destination du public chinois.