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22/12/17 | 12 h 43 min par Kris Cheng / Traduction France Tibet

Déclassification des Archives nationales du Royaume-Uni : un officiel chinois parle d’au moins 10 000 morts lors du massacre de Tiananmen en 1989

Des soldats sur la place Tiananmen en 1989 – Apple Daily

21 Décembre 2017 18:13

Document à l’appui, un membre du Conseil d’Etat chinois estime le nombre de morts le 4 juin 1989 à au moins 10 000 civils.

Alan Donald, ambassadeur britannique lorsque le Gouvernement chinois envoyait ses tanks sur la place Tiananmen pour mater les protestations menées par le mouvement étudiant, avait envoyé un télégramme à son Bureau des Affaires Etrangères le lendemain. Il informait qu’une personne (dont le nom apparaît dans le document) avait communiqué des informations à un membre anonyme du Conseil d’État chinois.

Les documents des Archives nationales du Royaume-Uni basées à Londres ont été déclassifiés en octobre de cette année et le site hongkongais d’information HK01 a pu les obtenir pour ses lecteurs.

Photo : Citizen News

Les estimations du nombre de morts et de blessés lors de la répression chinoise du mouvement pro-démocratique varient énormément selon les sources. La plus répandue est celle de la Croix-Rouge chinoise annonçant 2 700 morts dès le 4 juin.

Le 30 juin 1989, le maire de Pékin, Chen Xitong, annonçait 200 morts dont 36 étudiants et 3 000 fonctionnaires non-militaires blessés.

En 2014, le Next Magazine commentait les archives déclassifiées de la Maison Blanche et révélait le nombre de 10 454 tués et 40 000 blessés. Les documents citaient des dossiers internes du centre de commande du gouvernement à Zhongnanhai qui été transmis aux américains par l’entremise de leurs troupes sur place.

« Les restes [humains] dégagés par les bulldozers »

Selon la source de M. Donald, l’armée qui a commis les « atrocités » était la 27ème armée de la province de Shanxi, à « 60 % illettrées et appelée la primitive ». La source précise que le commandant la 27ème s’appelait Yang Zhenhua, le neveu de Yang Shangkun, le président de la Chine à l’époque.

“[La 27ème armée] a été isolée du monde extérieur pendant dix jours et informée qu’elle allait participé à un exercice. Il plut aux soldats d’apprendre un qu’un téléfilm serait monté à partir de cet exercice, » écrit M. Donald.

Photo : Citizen News

Le document présente l’opération de nettoyage s’étant déroulée en quatre étapes dans la nuit du 3 juin en collaboration avec les troupes de la région militaire de Shenyang, mais les protestataires ont déjoué les trois premières attaques.

“La 27ème Armée blindée a ouvert le feu sur la foule (civils comme soldats) avant de charger avec les tanks. »

A l’arrivée des manifestants sur la place Tiananmen, les troupes de Shenyang ont séparé les étudiants des habitants du quartier.

“ Les étudiants comprirent qu’il leur avait été donné une heure pour évacuer la place mais les blindés ont attaqué au bout de cinq minutes. Les étudiants ont formé une chaîne humaine mais ils ont été fauchés, ainsi que des soldats, par les tirs de l’armée. La section blindée a ensuite roulé à multiples reprises sur les corps à en faire de la « bouillie » qui a été ramassée par les bulldozer. La charpie humaine a été incinérée puis les tuyaux d’arrosage ont évacué le tout dans le système des eaux usées. »

« La 27ème armée a été ordonnée de n’épargner personne et tira sur les soldats blessés de Shenyang, tua à la baïonnette quatre étudiantes qui suppliaient pour leur vie. Une fillette de trois ans a été blessée mais sa mère a été tué par balle en voulant la secourir et six autres personnes furent aussi tuées voulant les aider. Un millier de survivants ont été informés qu’ils pouvaient s’échapper par Zhengyi Lu mais ont été fauchés par une position militaire équipée de fusils d’assaut qui les attendait.

“ Les ambulances de l’armée qui tentèrent de se rendre sur place ont essuyé des tirs car elles venaient d’un hôpital sino-japonais. Avec son équipe médicale décédée, un chauffeur blessé tenta une trouée et fut soufflé par du matériel anti-char. La section blindée a ensuite attaqué les camions chenillés des soldats de Shenyang, a défait ses alliés et leur a roulé dessus. Durant l’attaque l’officier de la 27ème armée a été abattu par ses propres troupes, apparemment parce qu’il tremblait. Les soldats ont expliqué qu’ils auraient été exécutés s’ils n’avaient pas abattu leur officier. »

M. Donald ajoutait que les soldats utilisaient des munitions à projections interdites à l’usage militaire par la convention internationale de La Haye, « la 27ème armée utilisait des balles Dum-Dum. Ses snipers ont tiré sur des civils observant la scène depuis leur balcon, sur des balayeurs de rue, etc. pour s’exercer. Les hôpitaux de Pékin ont été ordonnées de n’accepter que les membres des forces de sécurité. »

M. Donald citait aussi sa source disant que “certains membres du Conseil d’Etat considérait l’imminence d’une guerre civile.”

copie de la photo du « Tank Man » au Musée du 4 juin. Photo: HKFP/Ellie Ng.

« Pas de massacre »

Un autre document informe que le Ministre de la Défense invita des attachés militaires [étrangers] en Chine le 28 juillet pour leur expliquer ce qui été arrivé lors de l’opération du 4 juin.

Les attachés états-uniens et français n’ont pas été invités, l’attaché japonais à décliner l’invitation, laissant les attachés canadiens et britanniques représenter l’occident lors du briefing.

Li Zhiyun, chef politique de la 38ème armée, déclara alors que l’armée n’avait tiré sur personne et que les 200 morts avaient été causées par des balles perdues.

“Si plus de 200 personnes peuvent être tués par un seul crash d’avion, comment quelqu’un pourrait dire que l’Armée de Libération du Peuple a commis un massacre ? » a-t-il été cité. « Dans tous les cas, la plupart des morts sont des protestataires qui essayaient de renverser le gouvernement. »

Il affirma que les feux sur la place avant le nettoyage étaient dus aux syndicats illégaux qui brûlaient des documents et que, par la suite, les jeunes soldats ne brûlaient sur la place que des déchets.

“Personne n’a été tué ou blessé à Tiananmen. Personne en Chine ne peut sortir et témoigner que des personnes ont été tuées à Tiananmen. »

Le document a également noté que M. Li se moquait de la vidéo du célèbre « Tank Man ».

« Regardez la soi-disant bravoure de cet homme,” a-t-il été cité.

Le document ajoute : « Nous avons été sollicités pour des questions. Aucune n’a été directe. Après un long silence, nous avons été invités à un cocktail que j’ai décliné, comme beaucoup d’autres. »

Cadavres «en pâte» et étudiants exécutés: Une archive déclassifiée raconte le massacre de Tiananmen

HISTOIRE Le télégramme de l’ambassadeur britannique en Chine de l’époque a été déclassifié…

20 Minutes avec AFP

Publié le 24/12/17 à 12h41 — Mis à jour le 24/12/17 à 12h41

Le 4 juin 1989, à proximité de la place Tiananmen

Le 4 juin 1989, à proximité de la place Tiananmen — MANUEL CENETA / AFP

Dix mille morts, des cadavres « en pâte » sous les blindés et des manifestants achevés à la baïonnette par l’armée chinoise. Vingt-huit ans après, une archive britannique livre un récit cauchemardesque de la répression de la place Tiananmen à Pékin, le 4 juin 1989.

>> A lire aussi : Tiananmen, la nuit sanglante qui hante toujours l’ancien leader étudiant

« Estimation minimale des morts civils 10.000 ». Telle est la conclusion d’un télégramme secret adressé le lendemain du massacre par Alan Donald, ambassadeur de Grande-Bretagne à Pékin, à son gouvernement. Ce document des Archives nationales britanniques a été rendu public plus de 28 ans après les faits. L’estimation est presque dix fois plus élevée que les évaluations admises communément à l’époque. Le régime chinois, qui impose un tabou sur cette période, avait de son côté affirmé fin juin 1989 que la répression des « émeutes contre-révolutionnaires » avait fait 200 morts chez les civils et « plusieurs dizaines » du côté des forces de l’ordre.

Les blindés ont roulé sur la foule

Le rapport d’Alan Donald livre un témoignage terrifiant de la violence qui s’est déchaînée dans la nuit du 3 au 4 juin, lorsque l’armée a entamé son avance en direction de la gigantesque place Tiananmen, cœur symbolique du pouvoir communiste occupée par les manifestants. « Les blindés de transport de troupes de la 27e Armée ont ouvert le feu sur la foule (…) avant de lui rouler dessus », écrit l’ambassadeur. Alan Donald cite pour source une personne dont le nom est caché mais qui a obtenu ses informations d’un « ami proche, actuellement membre du Conseil d’Etat », le gouvernement chinois.

Une fois les militaires arrivés place Tiananmen « les étudiants ont cru comprendre qu’ils avaient une heure pour évacuer, mais après seulement cinq minutes, les blindés ont attaqué », rapporte Alan Donald. Les manifestants « ont été taillés en pièces ». Les blindés ont ensuite « roulé sur les corps à de nombreuses reprises, faisant comme une ‘pâte’ avant que les restes soient ramassés au bulldozer. Restes incinérés et évacués au jet d’eau dans les égouts », rapporte-t-il en style télégraphique.

Des soldats « illétrés à 60 % et qualifiés de primitifs »

« Quatre étudiantes blessées qui imploraient d’être épargnées ont reçu des coups de baïonnette », ajoute l’ambassadeur, avant d’évoquer des ambulances militaires qui « ont essuyé des coups de feu alors qu’elles tentaient d’intervenir ». Ces exactions sont imputées principalement à la 27e Armée, composée de soldats originaires de la province du Shanxi (nord) « illettrés à 60 % et qualifiés de primitifs ». Elle est commandée par Yang Zhenhua, neveu de Yang Shangkun, alors président de la République populaire (un poste honorifique).

Le 3 juin 1989, quelques heures avant la répression de la place TiananmenLe 3 juin 1989, quelques heures avant la répression de la place Tiananmen – CATHERINE HENRIETTE / AFP FILES / AFPSelon le document, la répression a engendré des tensions au sein de l’armée, le commandant militaire de la région de Pékin refusant de fournir nourriture et casernes aux soldats venus des provinces pour ramener l’ordre. « Certains membres du gouvernement considèrent que la guerre civile est imminente », affirme l’ambassadeur.

Des chiffres jugés crédibles par des experts

Quant à son évaluation du nombre de morts, « je pense que c’est fiable », déclare l’ancien leader étudiant Xiong Yan, désormais naturalisé américain. Elle est également jugée crédible par le sinologue français Jean-Pierre Cabestan, qui rappelle que des documents déclassifiés ces dernières années aux Etats-Unis ont abouti au même ordre de grandeur. « Cela fait deux sources assez indépendantes qui disent la même chose ».

L’ancien leader étudiant Feng Congde, établi aux Etats-Unis, évoque toutefois un autre télégramme envoyé trois semaines plus tard par l’ambassadeur Donald ramenant alors le nombre de morts entre 2.700 et 3.400.

  • Chine: 10 000 morts à Tiananmen en 1989, d’après un télégramme déclassifié

    mediaC’est l’une des photos les plus célèbres au monde: l’homme qui arrête tout seul une colonne de chars près de la place Tiananmen, au centre de Pékin, pendant le massacre qui a débuté dans la nuit du 3 au 4 juin 1989.Bettmann / Contributeur

    Le 4 juin 1989, les autorités chinoises réprimaient dans le sang un mouvement de révolte d’étudiants, d’intellectuels et d’ouvriers chinois. Ceux-ci étaient venus, sur la place Tiananmen, pour réclamer de Pékin des réformes politiques et démocratiques. Selon les estimations de l’époque, le bilan du massacre faisait état de plusieurs centaines à un millier de morts. Mais d’après une archive britannique, qui vient d’être déclassifiée, ce chiffre serait largement sous-estimé : la répression de la manifestation aurait fait dix mille morts.

    Avec notre correspondante à Shangaï, Angélique Forget

    Resté classé « secret défense » pendant plus de 28 ans, un document consacré aux évènements de la place Tiananmen a été rendu public par les Archives nationales britanniques.

    Il s’agit d’un télégramme secret, envoyé le 5 juin 1989 au matin, au lendemain du massacre de Tiananmen. Signé par l’ambassadeur de Grande-Bretagne à Pékin, Alan Donald, il raconte la violence qui s’est déchainée dans la nuit.

    « Les blindés ont ouvert le feu sur la foule avant de lui rouler dessus » écrit-il. « Ils ont roulé sur les corps à de nombreuses reprises, avant que les restes soient ramassés au bulldozer. ». Le diplomate conclut son rapport avec ces quelques mots : « estimation minimale des morts civils : 10 000 ».

    C’est bien plus que les estimations admises à l’époque. Elles oscillaient entre 200 morts selon les autorités de Pékin et quelques milliers, selon les gouvernements occidentaux.

    Aucun média chinois ne fait état de la publication de ce document. En Chine, il est interdit d’évoquer le massacre de Tiananmen. Toute commémoration est réprimée, et cette nuit meurtrière n’a jamais été remise en cause par les dirigeants chinois.