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01/03/19 | 12 h 12 min par Bonnie Girard / traduction France Tibet

Les citoyens chinois obligés de s’espionner entre eux dès 2017

Le véritable danger derrière la loi chinoise de 2017 du renseignement intérieur

L’histoire sanglante derrière l’idée que le citoyen chinois lambda devrait être le défenseur de la sécurité nationale face aux menaces non spécifiées.

  

Il ne sera jamais assez dit de l’insidieuse et omnipotente loi chinoise du renseignement intérieur, en application depuis juillet 2017.

C’est peut-être l’une des raisons qui pousse les autorités légales du Parti communiste à tenter de défendre la loi auprès des média internationaux. Le Dr Gu Bin, de l’Université des Etudes étrangères de Pékin, écrit dans le Financial Times que « les peurs de l’Occident vis à vis de l’influence du Parti sur les entreprises chinoises sont exagérées » ( une référence entre autre aux méfiances envers Huawei, ses téléphones, ses antennes, ses caméras de surveillance et sa relation avec le P.C.C., NdT).

Les arguments de M. Gu se veulent rassurants en expliquant au monde que la loi de renseignement intérieur de la Chine, « en particulier l’article 7 » est « souvent incomprise ». Toutefois, au centre des inquiétudes de plus en plus grandes sur les profonds et historiques liens du Parti Communiste Chinois (P.C.C.) avec les entreprises de télécommunications chinoises et d’autres entreprises chinoises opérant à l’international, M. Gu a peut-être, par inadvertance, incité les lecteurs à arriver à une conclusion opposée.

M. Gu écrit que l’article 7 crée « l’obligation pour les citoyens chinois de soutenir le travail du renseignement national. » Toutefois, « il n’autorise pas l’espionnage préventif ou offensif ; le travail de renseignement intérieur se veut de nature défensive. »

Ainsi, un éminent professeur des lois du C.C.P. reconnaît que la loi oblige donc les citoyens à s’espionner entre eux – la seule question étant à quel moment du processus, l’espionnage peut-il légalement débuter ?

Le Dr. Murray Scot Tanner est aussi en désaccord avec le fait de caractériser cette loi comme une simple mesure défensive. Dans son article du blog Lawfare, écrit peu de temps après la mise en application de la loi, le Dr Tanner énumère les cas où la Loi de renseignement intérieur permet d’utiliser les obligations légales du citoyen pour passer d’un renseignement défensif à un renseignement offensif… »

Il écrit :

« La Loi de Renseignement… oblige à plusieurs reprises les individus, les associations et les institutions à aider les employés de la Sécurité Publique et de la Sécurité de l’État dans une vaste diversité de travail de renseignement. L’article 7 stipule que, selon la loi, toute association ou citoyen devrait soutenir, aider et coopérer avec les activités des services nationaux de renseignement. »

L’article 14, lui, donne pouvoir aux agences de renseignement d’insister à l’obtention de cette aide : « les organes du renseignement national, lorsque dans le cadre d’un travail légal de renseignement, peut demander que les organes, les associations ou les citoyens fournissent soutien, aide et coopération. »

Dans une discussion au sujet d’une telle loi en Chine, il ne faudrait pas oublier ou ignorer le contexte historique. Dans un passé récent, les citoyens chinois ont été encouragés et même forcés à s’espionner les uns les autres, avec des résultats catastrophiques.

« En 1966, , Mao Zedong lançait la révolution culturelle qui embrasa les flammes… pour purger ses opposants et maintenir la vraie idéologie communiste, écrivait le Dr Zhou Zehao en 2016. » Un écrit qui marquait le cinquantenaire du début du mouvement politique qui élima la culture chinoise de la République Populaire de Chine et dans le processus, tua, affama, mutila et déshumanisa des millions de chinois. C’est ainsi que M. Zhou décrit avec émotion sa propre souffrance et celle de sa famille dans les mains des Gardes Rouges qui terrorisaient la nation, sermonnés et encouragés par Mao.

Comment les Gardes Rouges, effectivement sur le champ des opérations pour imposer la Révolution Culturelle, savaient qui cibler ?

Les Gardes Rouges étaient la jeunesse de la Chine, pas les plus âgés ni les élites du parti avec un accès aux dossiers privés de tous les citoyens chinois.

Mais ils divisaient la société. Dans la maison de M. Zhou, sa sœur était estampillée « parasite capitaliste » parce qu’elle était directrice d’école. Son père était également coupable de crime contre l’état pour avoir travailler pendant la deuxième guerre mondiale avec les American Flying Tigers.

Les Gardes Rouges connaissaient ces précisions individuelles du fait des voisins, des collègues de travail et souvent aussi des membres de la famille qui espionnaient et informaient. Sous la gouvernance de Mao, il était obligatoire pour les chinois d’espionner leurs concitoyens, selon des termes légaux sous forme de litotes.

50 ans plus tard, la Chine a acquis des mesures dictatoriales plus formelles. Les mesures écrites définissent désormais l’État chinois et sa relation à son peuple.

Xi Jinping est souvent vu comme le Chinois le plus puissant depuis Mao. De fait, aucun leader depuis Mao n’avait demandé de façon plus inébranlable le retour des principes fondamentaux du communistes, de ses pratiques et de ses persuasions.

Mao était capable, avec bien peu de mots, d’induire la population chinoise à s’espionner et informer sur elle-même, déclenchant un chaos apocalyptique, des meurtres et la destruction. Xi a utilisé la législation et les règlements pour placer une obligation similaire non seulement sur les citoyens chinois mais également sur les entreprises et d’autres entités.

Il apparaît que les leçons de la Révolution Culturelle n’ont pas été totalement intégrées par les leaders contemporains, eux-mêmes qui ont été d’un côté ou de l’autre de la tourmente et des violences.

Il peut être avancé que, étant donné l’Histoire et les orientations contemporaines, pour des raisons défensives comme le soutient M. Gu ou pour des objectifs tels que soutenus par M. Tanner, l’obligation légale pour les Chinois d’agir comme des citoyens-espions au nom de la sécurité nationale pose un bien plus grave danger à la société chinoise que les risques voulant être prévenus par la loi.