Le premier site d'actualité sur le Tibet

www.tibet.fr

31/10/20 | 21 h 06 min par Col Vinayak Bhat (Retd)

DJIBOUTI / PEKIN : Construction accélérée de la première base de l’Armée Populaire de Libération à l’ étranger…

Cette photo prise le 1er août 2017 montre le personnel de l’Armée populaire de libération de la Chine assistant à la cérémonie d’ouverture de la nouvelle base militaire chinoise à Djibouti. présence à l’étranger (Photo: AFP)

INTRODUCTION 

C’est en 2017 (1) que la Chine obtint de pouvoir installer sa première base militaire à Djibouti, bien après les installations militaires des Etats-Unis, de la France soutenue des contingents espagnol et allemand, de l’Italie et du Japon.

Donc ainsi était implantée la première base militaire chinoise à l’étranger !

Aussi considérée comme  » base de soutien  » à de possibles  » actions humanitaires ou de protection ou d’évacuation (5) de ressortissants chinois d’outre-mer  » (1), il s’y trouve associée une plateforme commerciale, elle-même connectée au nouveau réseau ferré de la  » Road and Belt Initiative  » du Président Xi.

Dans quel but ? Dans un premier temps, inonder le marché éthiopien fort de 109 millions de clients potentiels avec des millions de tonnes de produits « made in China« ,  au coût carbone le plus élevé de la Planète.

Telle l’hydre aux mille têtes, le pouvoir chinois poursuit inexorablement son avancée commerciale et militaire, telle qu’une partie de jeu de go, aux fins d’atteindre depuis Djibouti, son but essentiel, les pays limitrophes : Soudan du Sud, Yemen, Somalie etc… La méthode est bien rodée, mais le projet un temps remis en cause en 2018 ( 6) dans cette zone rongée par la corruption et les conflits politiques, le Président Djiboutien a été vite recadré par Xi.

N’oublions pas le sort du port de Colombo qui échappe maintenant au Sri Lanka, puisque habilement devenu propriété de Pékin en compensation pour insolvabilité (remboursement de prêt).

N’oublions pas, plus proche de nous, le port du Pirée, dont les activités ciblent l’Europe centrale des Balkans et l’Europe de l’Est (2).

N’oublions pas non plus le port de Sines, jouxtant la capitale Lisbonne, pièce majeure des routes de la soie au Sud Ouest de l’Europe. Cette structure est associée à tous les investissements massifs de l’Empire du milieu au Portugal, diversifiés dans les banques, les assurances et dans le rachat de la compagnie d’électricité portugaise par China Three Gorges, qui a damé le pion à EDF !

A coups de centaines de milliards de $, sous forme de prêts usuraires visant d’hypothétiques retombées économiques en termes d’emplois pour la Chine continentale, Pékin continue d’associer ses installations portuaires, comme aussi entre autre à Walvis bay en Namibie (7), à sa désormais bien connue  » Diplomatie des infrastructures« .

Djibouti, nouvelle tête de pont vers le continent africain, concrétise, encore une fois de façon magistrale, les visées mégalomaniaques de Xi, visées aussi bien civiles que militaires (1).

Par tous les moyens et tous azimuts, Pékin cherche à implanter de grands groupes chinois au sein de nouvelles réalisations. Et ce qu’elles soient portuaires, ferroviaires, autoroutières et de télécommunications ; non sans transgresser allégrement les accords de Paris de la COP 21, pourtant signés en 2015, mais dont Pékin ne semble plus avoir cure.

Pékin envisage aussi d’installer dans de brefs délais environ 10 000 militaires chinois sur cette nouvelle base navale de guerre (3).

Ce vaste projet, très diversifié, ne devrait-il pas préoccuper Paris ?

La France risquant de se voir reléguée au second rôle, dans cette zone africaine, par  » effet d’éviction  » (3) puisque cette base chinoise facilitera grandement les opérations navales de l’Armée Populaire de Libération dans l’Océan Indien.

Quid de New Delhi, déjà à couteaux tirés en raison de différends territoriaux dans l’Himalaya et du soutien chinois à Islamabad ?

A hauteur de 60 milliards de $,  dans le cadre de l’accord dit du Corridor Economique Chine-Pakistan des nouvelles routes de la soie ( Belt and Road Initiative ), ces travaux géants d’infrastructure seront principalement ferroviaires, traverseront l’Himalaya (4)  depuis le Xinjiang jusqu’au port pakistanais de Gwadar dans l’Océan Indien complétant ainsi le lien avec Djibouti.

(1) Defense News East Africa : https://urlz.fr/66bS Image satellite Colonel Bhat

(2)   La Chine promeut son modèle Parti-armée en Afrique 10/08/2020 : https://africacenter.org/fr/spotlight/la-chine-promeut-son-modele-parti-armee-en-afrique/

(3) Base militaire chinoise à Djibouti : symbole d’un changement de posture stratégique ( géostratégia ) : 08/01/2018 :

https://www.geostrategia.fr/base-militaire-chinoise-a-djibouti-symbole-dun-changement-de-posture-strategique/

( 4) https://missionsetrangeres.com/eglises-asie/corridor-economique-chine-pakistan-recul-des-investissements-chinois-et-impasse-des-nouvelles-routes-de-la-soie/

(5) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/04/06/la-chine-met-le-cap-sur-la-corne-de-l-afrique_4610187_3212.html

(6) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/02/05/a-djibouti-la-chine-commence-a-dechanter_5252153_3212.html

( 7) https://www.lepoint.fr/afrique/namibie-le-nouveau-terminal-portuaire-de-walvis-bay-porte-d-entree-de-la-chine-05-08-2019-2328318_3826.php

 

DJIBOUTI / PEKIN : Construction accélérée de la première base de l’Armée Populaire de Libération à l’ étranger…

Des images satellites récentes indiquent qu’au cours des six derniers mois, la Chine a accéléré les travaux dans cette base stratégiquement importante en Afrique, et ce malgré la pandémie de Covid-19.

La Chine se développe rapidement et largement en Afrique. Son incursion à Djibouti, petit mais stratégiquement situé en Afrique, reflète clairement la position de la nation communiste sur le continent. La base de soutien de l’Armée Populaire de libération de la Chine (APL) à Djibouti est devenue un avant-poste de plus en plus important dans la Corne de l’Afrique.

En mars 2016, la Chine avait déjà commencé la construction d’une première base à l’étranger dans le port  Doraleh à Djibouti. Djibouti est un port stratégique à l’embouchure de la mer Rouge avec un accès facile à la mer d’Oman, au golfe Persique et à l’océan Indien.

Des images satellites récentes indiquent que l’A.P.L. a accéléré les travaux dans cette base à l’étranger au cours des six derniers mois pour probablement accroître l’influence chinoise sur le continent africain où la Chine est un acteur majeur dans tous les domaines, y compris la politique.

Les travaux de cette base et des activités portuaires se sont poursuivis pendant toute la pandémie et la construction est maintenant à son paroxysme, comme le montrent les dernières images satellites à haute résolution.

L’équipe OSINT de India Today analyse l’avancement des travaux dans la plus grande base à l’étranger de l’APL chinoise.

Nouvelle construction possible de jetée

La base a été ouverte en 2017 mais les jetées sont toujours en construction. La Chine a prévu d’avoir neuf jetées dans cette base, dont quatre sont dédiées à la marine de l’APL, bien que les détails exacts ne soient pas disponibles à ce jour.

La jetée dont la construction a commencé en 2018 est maintenant complétée par des rails des deux côtés pour des grues à grandes capacités .

Une nouvelle jetée est en cours de construction à l’est de la jetée achevée, en commençant près de la station de pompage de l’usine de dessalement, la longueur totale est de près de 200 m et la largeur d’environ 10 m.

Dans la dernière image satellite du 27 octobre, une jetée précédemment construite à des fins de stockage pour soutenir la construction de la jetée n’est pas vue.

Ce port polyvalent de Doraleh, le plus grand et le plus profond d’Afrique, a été établi par l’APL chinoise comme seule base logistique pour l’aide humanitaire et les secours en cas de catastrophe.

Cependant, on s’est vite rendu compte que la Chine, située au bord de Doraleh, était capable de surveiller les lignes de communication maritimes du monde entier qui doivent passer par la voie navigable Bab el-Mandeb qui relie la mer Rouge et le golfe d’Aden.

Usine de dessalement

Des images satellites récentes montrent un rythme de construction très rapide, en particulier pendant la période pandémique, dans cette usine de dessalement d’eau de mer.

De nouveaux réservoirs RO ont été réparés et un bâtiment d’évaporateur a été construit. Une possible petite usine d’embouteillage a également été ajoutée ainsi qu’un poste de pompage d’admission.

Le réservoir de stockage a été connecté et deux petites cabanes pour la distribution d’eau ont été construites à proximité.

Rénovation du hangar

Une nouvelle activité de construction a été remarquée des hangars ouverts avec des matériaux de construction éparpillés autour de l’endroit.

                                                            De grands piliers de forme carrée ont été construits le long des nervures des hangars. Des barres                                                                                                                                d’armature sont maintenues entre les piliers, ce qui suggère que les hangars sont en train de s’étendre.

Ces extensions sont éventuellement destinées à fermer les hangars pour assurer la protection et le conditionnement de l’environnement.

Cette rénovation des sept hangars ouverts indique une introduction précoce de la flotte d’hélicoptères dans cette base qui sera probablement armée.

Agrandissement de la base

L’emprise de la Chine s’est accrue sur les petits pays d’Afrique depuis l’établissement de cette base à Djibouti. La Chine a été en mesure de fournir à de nombreux petits pays du matériel militaire et ainsi contrôler même la hiérarchie politique de ces pays.

L’installation chinoise se trouve à peine à 7 km de la seule base militaire des États-Unis en Afrique – Camp Lemonnier – établie en 2001. En 2018, le ministère américain de la Défense s’est plaint au gouvernement chinois de la direction des lasers sur les avions depuis la base.

Selon la Jamestown Foundation, un groupe de réflexion basé à Washington, « cela présente un risque pour les opérations militaires et de renseignement américaines dans la région, et nécessite une plus grande vigilance de la part de la communauté du renseignement et de la sécurité nationale américains. »

La base avec un mur d’enceinte de plus de 9 m de large et une sécurité à quatre niveaux juste pour une base logistique a créé d’immenses doutes parmi les principales parties prenantes dont l’ensemble du trafic maritime passait par le détroit de Bab el-Mandeb.

L’héliport capable de contenir au moins 24 gros hélicoptères ainsi que toutes sortes de ravitaillements dont l’APL aurait besoin pour toute éventualité indique que la Chine a l’intention d’avoir une base stratégique à l’étranger à Djibouti.

 

(Col Vinayak Bhat (Retd) est consultant pour India Today.

Analyste en imagerie satellite, il a servi dans l’armée indienne pendant plus de 33 ans)