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02/02/19 | 22 h 46 min par Par François Clemenceau

« En Chine, en 2019, le cochon n’est plus si gras » …par François Clemenceau

LE GRAND ANGLE DIPLO – Les Chinois fêtent mardi le Nouvel an. Selon l’astrologie chinoise, 2019 est l’année du cochon, un signe de prospérité et de chance. Mais ce n’est pas si sûr. Au micro d’Europe 1, comme chaque samedi matin à 7h15, la chronique du rédacteur en chef international du JDD, François Clemenceau.

L’économie chinoise a affiché des signaux inquiétants ces derniers mois. Le taux de croissance en 2018 a été le plus faible depuis 2009. Bien entendu, tout le monde rêverait en Europe ou aux Etats-Unis d’une croissance de 6,4% mais en Chine, c’est faible. C’est même officiellement le dernier seuil plancher avant de rentrer dans le dur des difficultés. Car la croissance a un effet immédiat sur la consommation, notamment sur les produits accessibles aujourd’hui par une classe moyenne de plus en plus importante, comme les téléphones portables et la voiture, mais aussi et par conséquent sur l’endettement croissant de la population notamment dans le secteur immobilier.

Rajoutons à cela les grandes incertitudes liées à la guerre commerciale avec les Etats-Unis, et c’est peu de dire que la Chine de Xi Jinping se retrouve devant des choix difficiles qui auront des répercussions politiques ou stratégiques.

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L’horizon pour Xi Jinping, c’est 2049

Prospérité moyenne donc, mais en ce qui concerne la chance de quoi parle-t-on? La chance en Chine ne vient pas du hasard. C’est plutôt comme une grâce qui est donnée à celui qui sait profiter des opportunités. Le problème pour Xi Jinping, c’est qu’il s’est engagé à très long terme. Difficile de se lancer dans des paris hasardeux de pure conjoncture. Il l’a dit à maintes reprises, l’horizon pour lui, c’est 2049, pour le centenaire de la Chine communiste et l’aboutissement des Nouvelles routes de la soie, sensées multiplier les occasions de commercer avec le reste du monde par les voies maritimes et terrestres.

C’est un projet qui reste perçu aujourd’hui, chez certains de ses voisins asiatiques comme en Europe ou aux Etats-Unis, comme une démarche hégémonique afin d’assurer à la première puissance économique de demain les moyens de sa croissance justement. Pour y parvenir, il faut de la stabilité politique mais aussi de la puissance et de l’influence régionale, notamment sur le plan technologique et militaire.

Aucun président depuis Mao n’a été aussi puissant

La stabilité politique, ce devrait être le plus facile car Xi Jinping a les pleins pouvoirs maintenant. De fait, aucun président chinois depuis Mao n’a été aussi puissant. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de contestation ni de critiques en interne. Un certain nombre d’intellectuels et d’universitaires chinois ne veulent pas remettre en cause la toute-puissance du Parti, mais estiment que la Chine ne pourra pas continuer à prospérer et croître sans libéraliser davantage son économie, ce qui passe par un Parti moins verrouilleur et répressif.

D’autant plus que les défis sociologiques sont là : voilà un pays qui doit créer 10 millions d’emplois par an et qui comptera 350 millions de retraités en 2030. Cela nécessite de l’ordre certes, mais aussi de la souplesse.

image : © Reuters