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23/02/20 | 22 h 15 min

« Face au coronavirus, la Chine s’en remet à sa puissance militaire »

Depuis le début du mois, près de 3 000 médecins militaires ont été envoyés dans la ville, foyer de l’épidémie de coronavirus.

Depuis le début du mois, près de 3 000 médecins militaires ont été envoyés dans la ville, foyer de l’épidémie de coronavirus.

Pour gérer l’épidémie de coronavirus, Pékin a mobilisé des bataillons entiers. Un signe supplémentaire de la montée en puissance des militaires dans l’empire du Milieu.

Débordé sur le terrain sanitaire, le régime communiste chinois sort ses troupes. Des bataillons entiers sont ainsi mobilisés sur l’ensemble du territoire depuis que Xi Jinping, fin janvier, a officiellement reconnu l’ampleur de l’épidémie de coronavirus et mis en quarantaine des dizaines de millions de personnes. Près de 3 000 médecins militaires – issus des rangs de l’armée de terre et de la marine – ont par ailleurs reçu l’ordre mi-février de gérer les nouveaux cas déclarés à Wuhan. « Le Parti commande au fusil », rappelait déjà Mao dans les années 1960. Ce slogan reste fondamentalement vrai aujourd’hui. « L’Armée populaire de libération de Chine (APL) constitue l’un des trois piliers du régime, au même titre que le parti et l’appareil d’Etat », relève le sinologue Jean-Pierre Cabestan dans son livre Le Système politique chinois (Presses de Sciences-Po).

Pilier du régime

L’inauguration récente d’un nouveau porte-avions 100 % made in China, tout droit sorti des chantiers navals de Dalian, révèle la place et la montée en puissance de l’APL. Et confirme l’hégémonie croissante de l’empire du Milieu en Asie face aux Etats-Unis. Pour nombre d’experts, cette mise à l’eau de ce géant des mers (70 000 tonnes tirées à pleine charge pour 300 mètres de long) est un tournant, un « grand bond en avant » technologique qui permet au régime d’affirmer un peu plus encore ses ambitions sur le plan militaire. L’objectif, maintes fois exposé par le président Xi, est clair : disposer le plus rapidement de capacités de défense modernes et puissantes. Pour cela, Zhongnanhai (l’Elysée chinois) ne lésine pas et consacre chaque année près de 180 milliards de dollars pour entretenir son Armée populaire de libération. Un budget à relativiser car toujours très inférieur à celui du Pentagone américain (plus de 730 milliards de dollars cette année). Il n’empêche, il a doublé en moins de dix ans (voir graphique). Une rapide montée en puissance qui a fait de l’APL la deuxième force militaire du globe. Et l’un des piliers les plus robustes du régime. C’est elle déjà qui, en 1989, « nettoyait » dans le sang – sur ordre du PCC – la place Tian’anmen, alors occupée par des milliers d’étudiants et de militants pro-démocratie. Aujourd’hui encore, ses plus hauts gradés se doivent de jurer fidélité au PCC et à son chef, Xi. Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, le président chinois n’a d’ailleurs eu de cesse de réformer l’APL et de renforcer son emprise sur les 3 millions d’hommes engagés dans les rangs de la Grande muette chinoise. « Totalement loyale » et très politique, elle doit, selon un dernier Livre blanc sur la défense nationale paru l’été dernier, suivre scrupuleusement les directives du parti, en toutes circonstances.

image : Depuis le début du mois, près de 3 000 médecins militaires ont été envoyés dans la ville, foyer de l’épidémie de coronavirus.

AFP/ARCHIVES – STR