Le premier site d'actualité sur le Tibet

www.tibet.fr

04/04/17 | 20 h 26 min par Henri Temple

« La France ne pourra plus considérer le commerce avec la Chine comme une activité économique normale »

Bernard Cazeneuve et Hao Ping (Vice-ministre chinois de l'Education) / © FRED DUFOUR / AFP / POOL/EPA/MaxPPP

 

Sujet :

TIBET et CHINE

M. Cazeneuve (qui ne sera plus Premier Ministre dans 3 mois) a profité des derniers jours de sa carrière pour se rendre en Chine. Afin d’y défendre les droits de l’Homme ? Non pas. Mais semble-t-il pour tenter une stratégie : essayer de rapprocher l’Europe de la Chine face à M. Trump et y critiquer ce qu’il croit être le  »protectionnisme  ».

I Mondialisation

A l’Université de Pékin (Beida), M. Cazeneuve a défendu les « bienfaits » de la mondialisation et le besoin de « rééquilibrage » et de « réciprocité » dans les relations commerciales avec la Chine : »Si nous voulons que le protectionnisme ne gagne pas sur le plan international, il faut que des grands pays comme les nôtres soient capables de construire des relations commerciales qui soient équilibrées ».

La Chine suit de près l’élection présidentielle française et l’hypothèse d’une victoire des souverainistes, mais M. Cazeneuve a  »garanti (sic) l’attachement français au libre-échange, et critiqué le « recroquevillement » du « protectionnisme » porté par « certains populistes ». La langue de bois habituelle, un propos dépourvu de contenu intellectuel.

Il a ajouté dans la même veine : « Nous cédons trop souvent à la tentation de critiquer la mondialisation. Nous devrions souligner davantage les bienfaits qu’elle nous apporte », a-t-il affirmé, en souhaitant, dans une confusion intellectuelle habituelle, la « bienvenue » aux investissements, aux étudiants et aux touristes chinois en France.

Dans un entretien au média économique chinois Caixin, publié dès son arrivée, M. Cazeneuve a estimé qu’un « rééquilibrage » des relations commerciales franco-chinoises passe par une « plus grande ouverture du marché chinois aux exportations françaises…/… pour que les produits français bénéficient des mêmes conditions que les produits chinois sur le marché européen, le plus ouvert du monde ». A-t-il envisagé des rétorsions, au cas le plus probable où la Chine conserverait sa position très protectionniste ?

L’Union européenne est le premier partenaire commercial de la Chine, suivie des États-Unis. Mais cette situation est fragile car les USA ont dénoncé les répercussions des exportations chinoises à bas prix sur leur tissu économiquee. Et, au lieu de profiter de l »’effet brise-glace » de M. Trump à l’encontre de l’OMC et de la Chine, M. Cazeneuve croit malin d’essayer de prendre le parti d’encore plus de Chine pour la France !

Or sur le plan économique l’échange commercial avec la Chine est un leurre. Des pans entiers de nos filières industrielles ont disparu et les  »succès » de nos entreprises du CAC 40 en Chine sont très cher payés par la ruine de nos PME. Le solde économique final est très négatif. Et il le sera encore plus lorsque, ayant imité les technologies que nos entreprises mettent imprudemment à sa disposition, la Chine substituera ses entreprises géantes aux nôtres, en situation dominante.

II Droits de l’homme

Or, encore, le régime chinois, sentant son communisme vaciller sous le poids des luttes démocratiques du peuple chinois, redevient depuis quelques mois, un régime totalitaire monstrueux, bafouant les droits les plus fondamentaux de l’homme et des peuples. La France peut-elle faire comme si de rien n’était et continuer à enrichir -business as usual- les oligarques chinois qui édifient des fortunes scandaleuses sur la misère sociale et la dictature brutale ? Sans même parler des droits bafoués des travailleurs et des syndicats, de la destruction de l’environnement ou de la militarisation menaçante, du dumping massif sur ses exportations, plusieurs atteintes graves et systématiques aux droits de l’homme retiennent l’attention : l’état de droit foulé aux pieds et les nations et les religions réprimées.

A Trafics d’organes humains et d’êtres humains

La Chine, championne du trafic d’organes sur prisonniers (dont prisonniers de conscience), a accueilli le congrès mondial…de la transplantation

(Marianne 19 Août 2016 )

Le 18 août 2016 s’est tenu à Hong Kong (et donc en Chine) le congrès annuel de la Société de Transplantation , alors que le pays est justement dénocé pour ses pratiques en matière de transplantation d’organes : pendant longtemps, la Chine a excellé dans le prélèvement abusif d’organes sur des détenus exécutés, particulièrement sur les pratiquants du Falung Gong.

La représentante républicaine IIeana Ros-Lehtinen qui a porté au congrès le projet de résolution contre les prélèvements d’organes en Chine.- Via Wikipédia commons. Et les députés français ?

L’American Journal of Transplantaion a publié (août 2016) une dénonciation par plusieurs docteurs et membres d’ONG médicales se sont élevés contre la tenue de ce congrès à Hong Kong . Malgré les démentis des autorités chinoises, les auteurs de l’article estiment en effet qu’il est impossible de s’assurer que les prélèvements d’organes sur les condamnés à mort exécutés ont pris fin. La Chine a en effet longtemps tiré profit de ces exécutions en récupérant les organes des condamnés pour répondre à la demande de greffe dans les hôpitaux. Accusées par la communauté internationale d’effectuer ces prélèvements sans l’accord des détenus, ce n’est qu’en 2015 que les autorités chinoises ont prétendu avoir interdit cette pratique sans toutefois laisser les enquêteurs internationaux effectuer une enquête. « Dans le contexte actuel, il n’est pas possible de vérifier la véracité des changements annoncés et il demeure prématuré d’inclure la Chine comme partenaire éthique dans la communauté internationale des transplantations. Jusqu’à ce que nous ayant des preuves indépendantes et objectives de la complète cessation du prélèvement non-éthique d’organes sur les prisonniers, la communauté médicale a la responsabilité professionnelle de maintenir un embargo académique sur les professionnels de la transplantation chinois ».

Il faut chercher derrière ce trafic l’importance de la tradition chinoise qui veut qu’un mort soit enterré sans mutilation, ce qui exclu le don d’organe.

Une étude menée en 2006 par un ancien député du parti Libéral au Canada et avocat, David Kilgour, démontre qu’entre 60.000 et 90.000 opérations clandestines ont dû avoir cours en Chine,

contre 10.000 greffes d’organes déclarées officiellement. Les organes sont souvent extraits sur des personnes vivantes.

Les auteurs de l’article de l’American journal of transplantation craignent également que derrière ce prélèvement illégal d’organes se cache un ethnocide des minorités religieuses, tels que les pratiquants du Falung Gong, un mouvement spirituel interdit en Chine, et qui remplissent les prisons chinoises. Des « dizaines de millions d’entre eux sont derrière les barreaux » même s’il est « très difficile de donner un chiffre précis » car « le système carcéral chinois est très opaque ». (Amnesty international). D’après David Kilgour, « la majorité des organes sont prélevés sur les prisonniers de conscience pratiquant du Falung Gong ». Selon ses observations, jusqu’à 1.5 millions de pratiquants auraient été tués pour leurs organes depuis 1999. En juin 2016, la chambre des représentants des Etats-Unis a adopté une résolution demandant au régime communiste chinois de cesser immédiatement les prélèvements forcés d’organes sur des pratiquants de Falun Gong et d’autres prisonniers d’opinion ouighours ou chrétiens.

v. aussi : www.lemonde.fr/a…/le-trafic-d-organes-se-developpe-en-chine_764748_3208.html

B – S’agissant de l’état de droit

Et -et notamment le respect de la justice- toutes les ONG, l’ONU et l’Observatoire international des avocats (dont le Conseil français des Barreaux) dénoncent le sort de leurs confrères : arrêtés arbitrairement (des centaines), détenus, torturés…pour des motifs tenant à l’exercice de leur fonction de défense des droits de l’homme. Ainsi ce n’est qu’en 2017 que l’avocat Xie Yang, arrêté près de 19 mois auparavant, a finalement pu rencontrer ses défenseurs… Il a souhaité que son récit soit publié sur Internet :un témoignage glaçant, qui éclaire d’une lumière crue les sévices subis par les hommes de loi en Chine lorsqu’ils font leur métier de juristes. Xie Yang fait partie des centaines d’avocats et militants d’associations arrêtés ou interrogés lors du coup de filet qui a commencé le 9 juillet 2015. Après avoir été détenu au secret pendant six mois par des policiers politiques de la ville de Changsha, dans le centre du pays, il est toujours incarcéré et doit être jugé prochainement pour «incitation à la subversion», comme l’ont été plusieurs de ses confrères avant lui. L’Observatoire international des avocats en danger (OIAD) dénonce également avec la plus grande fermeté la détention de l’avocat chinois Jiang Tianyong, célèbre avocat des droits de l’Homme, disparu le 21 novembre 2016 et officiellement détenu par les autorités chinoises depuis le 1er décembre 2016. Le 23 décembre 2016, après plus d’un mois de silence, les autorités ont finalement confirmé, par la voie d’une notification officielle à sa famille, que leur père et époux était retenu en « résidence surveillée dans une zone désignée » depuis le 1er décembre 2016. Cette notification établie par le Bureau de la sûreté publique de Changsha (province du Hunan), indique que Jiang est suspecté du crime « d’incitation à la subversion du pouvoir d’État ». C’est à dire en fait la simple revendication de droits humains.Le 29 janvier 2017 Le tribunal intermédiaire de Guangzhou (Guangdong) a condamné l’avocat Tang Jingling à cinq ans d’emprisonnement. Il avait été arrêté en mai 2014 pour «instigation de querelles et provocation de troubles» puis accusé «d’incitation à la subversion du pouvoir d’État». Arrêtés au même moment et pour les mêmes motifs, les deux démocrates Wang Qingying et Yuan Chaoyang subiront des peines de deux ans et demi et de trois ans et demi

d’incarcération. Les trois hommes avaient signé la Charte 08, manifeste en faveur des droits démocratiques, aux côtés du Prix Nobel emprisonné Liu Xiaobo et de l’avocat Pu Zhiqiang.

L’épouse de l’avocat estime inutile de faire appel, compte tenu de la nature de l’appareil judiciaire. Elle affirme que son mari a été maltraité, privé de soleil et de contacts familiaux et qu’il est sous-alimenté. Sa cellule de vingt mètres carrés était occupée par vingt détenus.

(South China Morning Post, 29 janvier)

Le 18 janvier vingt juristes, avocats et juges européens, britanniques, nord-américains, pakistanais et australiens ont réclamé dans une lettre adressée au chef du parti Xi Jinping la mise en liberté des juristes et avocats appréhendés en juillet 2015 et le respect des engagements internationaux de la Chine au regard des droits de l’Homme.

La lettre demande en particulier que soient assurés le libre contact avec un avocat, un traitement médical adéquat et la divulgation du lieu d’internement des disparus.

(SCMP, 18 janvier)

Le 8 janvier après six mois de détention, l’avocate militante des droits civiques Wang Yu et son époux Bao Longjun ont été officiellement inculpés respectivement pour «subversion du pouvoir d’État» et «incitation à la subversion du pouvoir d’État». Ils n’ont pas pu rencontrer leurs avocats, ont été privés de tout contact extérieur et d’informations sur les raisons de leur détention. Les médias avaient après leur arrestation qualifié le cabinet juridique Fengrui, où travaillait Wang Yu, de « gang criminel » qui «attirait l’attention sur les cas sensibles » et «troublait sérieusement l’ordre social ».

Des poursuites sont engagées simultanément pour «subversion du pouvoir d’État» contre six avocats arrêtés dans la même vague de répression de juillet 2015 dirigée contre les défenseurs des droits civiques. Leurs condamnations devraient s’accompagner d’une interdiction professionnelle. Ce qui est la façon la plus sûre de les détruire à jamais…

(SCMP, 18 janvier)

Au total, vingt-deux personnes, dont 11 avocats sur les quelque trois cents appréhendées le 9 juillet 2015, ont été détenues sans contacts extérieurs ou ont disparu pour une période de six mois.

Il en reste dix-neuf en détention, dont huit sur lesquels on ne sait presque rien. Des onze pour lesquels on dispose d’informations, les avocats Wang Yu, Wang Quanzhang, Zhou Shifeng, Li Shuyun et les militants Liu Sixin, Hu Shigen et Zhao Wei sont formellement inculpés en janvier 2016 de «subversion du pouvoir d’État».

Cette accusation permet de lourdes peines, jusqu’à l’emprisonnement à vie. Trois autres personnes doivent répondre «d’incitation à la subversion du pouvoir d’État», autrement dit pour avoir critiqué le gouvernement, ce qui entraîne des peines un peu moindres (cinq ans minimum si l’on est un meneur et cinq ans au plus au cas contraire); un quatrième enfin est accusé de «destruction de preuves». Tous sont placés «en résidence surveillée dans un lieu désigné par la police», et sont donc détenus sans jugement.

Le 10 janvier, le pouvoir a décidé d’arrêter aussi l’avocat Wang Qiushi, qui défendait l’avocat Wang Quanzhang (précité). Il avait été l’avocat des cinq féministes détenues au printemps 2015.

De juillet 2015 jusqu’aux inculpations formelles de début 2017, les familles n’ont rien su, pas plus que leurs avocats . Au nom de la « mise en danger de la sécurité de l’État », plusieurs de ces avocats n’ont pu rencontrer leur client. Ainsi donc, les droits constitutionnels (liberté d’expression et d’association) sont violés, les motifs d’arrestation sont mensongers, quelques avocats ont été récusés et on leur a substitué des avocats désignés par le pouvoir, les modes de détentions violent les normes internationales et les droits de la défense et la Chine fait fi de ces engagements internationaux qui pourtant lui avaient permis d’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

Le 26 janvier 2017 Li Fangping, avocat de Shu Xiangxin (voir ci-dessous), constate que les entretiens avec ce dernier se déroulent dans une pièce équipée de caméra, ce qui enfreint la liberté de relations avocat-client. En revanche, et malgré les engagements pris d’installer des caméras pour empêcher les violences et les tortures contre les détenus, la police s’entretenait avec son client dans un local dépourvu de caméra, ce qui permettait de lui infliger des sévices.

(Weiquanwang, 5 janvier)

Le 2 janvier 2017 l’avocat et défenseur des droits civiques Shu Xiangxin est arrêté à nouveau à Jinan, (Shandong) pour «extorsion de fonds et chantage». Ses deux avocats, Li Fangping et Cai Ying, n’ont pu lui rendre visite au centre de détention que deux jours plus tard. Selon Cai Ying, Shu avait été menotté, torturé et frappé entre temps par ses gardiens, privé d’eau et de nourriture. Rappelons la participation à Genève en novembre dernier de la Chine au Comité des Nations unies contre la torture. Le Comité avait fortement recommandé à la Chine de mettre fin à ces pratiques.

L’avocat avait été détenu en novembre 2012, après une recherche de plusieurs mois sur les liens de fonctionnaires locaux avec le crime organisé de Jinan. Il avait fait état de tentative de corruption pour qu’il abandonne la plainte déposée par des villageois contre les autorités locales au sujet d’acquisitions de terrains. Sa licence professionnelle lui avait été retirée. Il avait été remis en liberté en raison de la faiblesse du dossier d’accusation.

(Weiquanwang, 4 janvier

C Questions nationales

1 ) Question tibétaine

Annexé militairement par la Chine en 1954, le Tibet endure une politique coloniale d’exploitation de ses richesses, de génocide culturel et religieux, d’atteinte aux droits de l’homme et à l’état de droit, de submersion démographique (comme pour la Mandchourie et le Turkestan oriental).

La destruction de la ville monastique universitaire de Larung Gar habitée par des milliers de nones a été programmée en plein hiver tibétain (2017). Il s’agit d’une pure et simple humiliation du peuple tibétain qui s’est réfugié dans sa culture et sa spiritualité pour garder espoir dans une éventuelle libération de la sinistre occupation et exploitation coloniales chinoise. (Radio Free Asia.). Mais des enlèvements, des suicides et même semble-t-il des viols ont terrifié les étudiant(e)s.

Le Parlement européen de Strasbourg a voté une résolution engageant le gouvernement chinois a engager un dialogue avec les autorités religieuses. En vain semble-t-il. Le haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme a aussi été saisi de ce dossier.

Le 16 janvier, le gouvernement chinois a publié une liste de 870 Bouddha vivants et déclaré que ceux qui n’y figurent pas doivent être considérés comme des faussaires. Le Dalaï-Lama n’est pas sur la liste !

(SCMP, 19 janvier)

5 janvier : sortie de prison, après sept ans de détention, de Kelsang Khedrup. Il avait été arrêté le 5 mars 2009 pour «incitation à la division ethnique» et «trouble à la paix» dans la RPC.

Le professeur de l’Institut des minorités avait été arrêté le 15 janvier 2014 et condamné le 23 septembre 2014 à la prison à vie pour «séparatisme ».

(Amnesty international, 15 janvier)

2 ) Question ouïghoure

Les Ouïghours sont une nation non chinoise qui fut indépendante (Turkestan oriental) avant d’être annexée par Pékin sous le nom de Xinjiang. Comme au Tibet RPC encourage une immigration massive de Hans.

Genève 2016– Ilham Tohti un univesitaire ouïghour pacifique et reconnu a été sélectionné par un jury composé des dix plus grandes organisations pour la défense des droits humains (voir liste ci-

dessous). Le Prix Martin Ennals est attribué à des défenseurs des droit humains qui se sont illustrés par leur profond engagement dans leur combat contre la violation des droits humains et ce malgré les risques personnels encourus. L’objectif de cette distinction est de mettre en valeur leur travail et de leur offrir une protection à travers une visibilité accrue et une reconnaissance internationale. Activement soutenue par la Ville de Genève, la cérémonie s’est tenue le 11 octobre 2016.

L’universitaire ouïghour chinois Ilham Tohti, défenseur des droits de la minorité ouïghoure, il a été condamné en janvier 2014 à la prison à perpétuité par les autorités chinoises. Ilham Tohti avait travaillé deux décennies durant pour favoriser le dialogue et la compréhension entre les Ouïghours et les Hans chinois. Il avait rejeté le séparatisme et la violence, et cherché une réconciliation fondée sur le respect de la culture ouïghoure, qui a été soumise à la répression religieuse, culturelle et politique dans la Région autonome ouïghoure du Xinjiang (Turkestan).

En 1994, il commença à écrire sur les problèmes et les abus dans le Xinjiang, ce qui a eu pour conséquence d’être placé sous surveillance de l’Etat. De 1999 à 2003, il a été interdit d’enseignement. Depuis, les autorités ont également rendu impossible toute publication de sa part. En réponse, il se tourna vers Internet afin d’accroître la sensibilisation du public aux différents enjeux économiques, sociaux et aux développements auxquels sont confrontés les Ouïghours. En 2006, il créa Uyghurbiz.net, un site en langue chinoise favorisant le dialogue et la compréhension entre les Ouïghours et les Hans chinois. Au cours de son existence, le site fut fermé à plusieurs reprises et ses différents auteurs harcelés.

En 2009, il a été arrêté pendant plusieurs semaines après avoir publié des informations à propos d’Ouïghours qui ont été arrêtés, tués ou qui avaient « disparu » pendant et après des manifestations. Dans les années suivantes, il a été régulièrement assigné à résidence, et en 2013, alors qu’il avait l’obligation de prendre un poste en tant que chercheur invité à l’Université d’Indiana aux États-Unis, il a été détenu à l’aéroport et empêché de quitter la Chine.

Le 15 janvier 2014, Ilham Tohti a été reconnu coupable de séparatisme et condamné le 23 septembre 2014 à l’emprisonnement à vie, après un procès de deux jours. De nombreuses déclarations ont été émises par les gouvernements occidentaux et l’Union européenne condamnant son procès et sa peine. Début 2016, 15 janvier dans une lettre ouverte adressée au chef de l’État chinois, quatre cents universitaires demandent la libération immédiate de leur confrère Ilham Tohti.

(Amnesty International, 15 janvier 2014)

Dès sa nomination comme finaliste pour le Prix Martin Ennals plus tôt cette année, sa fille a déclaré : « Mon père Ilham Tohti a utilisé une seule arme dans sa lutte pour les droits fondamentaux des Ouïghours du Xinjiang : les mots ; parlés, écrits, distribués et affichés. C’est tout ce qu’il avait à sa disposition, et c’est tout ce dont il avait besoin. Voilà ce que la Chine a trouvé de si menaçant. Une personne comme lui ne mérite pas d’être en prison, ne serait-ce même pour un jour. »

Le Président de la Fondation Martin Ennals, M. Dick Oosting, a dit : « La vraie honte de cette situation est que, en éliminant la voix modérée d’Ilham Tohti, le gouvernement chinois jette en fait les bases de l’extrémisme même qu’il dit vouloir empêcher. »

3 ) Hongkong et Macao

Lee Bo, propriétaire de la librairie Causeway spécialisé dans les publications critiques du particommuniste, a disparu. Il pourrait avoir été enlevé par des agents du continent. On a perdu la trace de quatre de ses associés dans le dernier trimestre 2015. L’un d’entre eux, de nationalité suédoise, Gui Minhai disparu le 17 octobre 2015 à Pattaya (Thailande) où il se trouvait en vacances, est réapparu le 17 janvier 2016 sur les écrans de la télévision centrale chinoise. Il a affirmé – au cours d’un interview supposée unique mais où il changea de vêtement à deux reprises et avec des cheveux d’une longueur inégale, ce qui suppose un montage d’entretiens différents – qu’il s’était rendu de lui-même aux autorités chinoises et a demandé de ne pas intervenir en sa faveur aux autorités suédoises qui avaient exprimé leur inquiétude deux semaines plus tôt et lancé une enquête à son sujet en Thaïlande et en Chine.

Le président du Pen Club indépendant chinois estime qu’il s’agit bien d’un enlèvement et que deux policiers chinois étaient entrés chez Gui à Pattaya deux semaines avant sa disparition et avaient voulu s’emparer de son ordinateur.

(SCMP, 9-18 janvier ; SEAE, 7 janvier)

Une autre affaire manifeste la volonté du régime de Beijing d’étendre peu à peu son contrôle hors de son territoire propre. D’octobre à décembre, cinq libraires-éditeurs de publications critiques du régime chinois (Mighty Current Publishing Ltdet Causeway Bay

Un communiqué de l’Union européenne du 7 janvier qualifie ces disparitions d’«extrêmement préoccupantes» car ce serait une violation de la loi fondamentale si la loi qui prévaut en Chine populaire s’appliquait désormais sur le territoire de Hongkong. Une manifestation de rue devait le 10 janvier à Hongkong presser Beijing de s’expliquer sur le sort des libraires.

Le 3 janvier enfin, un employé d’une ONG suédoise Peter Dahlin, était arrêté pour «mise en danger de la sécurité de l’État», notamment en aidant l’enfant de l’avocate Wang Yu à se réfugier à l’étranger (octobre 2015). Ces «activités criminelles» étaient «financées à long terme de l’étranger». Peter Dahlin était lié à l’avocat défenseur des droits civiques Wang Quanzhang – du cabinet juridique Fengrui -, arrêté en juillet dernier. Le Groupe d’action urgente qu’il avait formé est accusé «de recueillir des informations négatives sur notre pays, de les distordre, de les exagérer et même d’en fabriquer pour approvisionner des rapports sur les droits de l’Homme en Chine rédigés à l’étranger».

La télévision chinoise l’a montré exprimant des regrets pour avoir «violé la loi chinoise». L’Union

européenne estime que son arrestation met en cause le respect de la loi par le régime chinoise et ses obligations internationales au regard des droits de l’Homme (déclaration du 22 janvier). Le 26 janvier, l’ambassade de Suède à Beijing dit sans plus de détails qu’il a été expulsé de Chine.

D ) Peine de mort

En Chine chaque année au moins 4000 peines capitales (administrativement recensées) sont exécutées, dont une grande partie pour des raisons politiques. Seules, parmi ceux qui luttent pour les droits de l’Homme, les personnalités identifiées parles ONG, les Organisations internationales et les médias ont l’espoir d’y échapper. Les organes des exécutés sont très souvent prélevés et vendus dans le cadre un business florissant (v. ci-dessus); tel celui que pratique l’État islamique.

E ) Les Chrétiens en Chine

27 janvier 2017

Suite à la terrible épreuve endurée par un avocat chrétien, Release International exhorte la Chine à stopper la torture et à accorder la liberté religieuse.

Le 26 janvier 2017, Release International a appelé la Chine à célébrer le Nouvel An chinois le 28 janvier, en libérant les avocats chrétiens emprisonnés, et en accordant une pleine liberté religieuse. Depuis juillet 2015, la Chine a arrêté et placé en détention plus de 230 avocats et

militants des droits de l’homme, dont beaucoup sont chrétiens. Le dernier avocat à avoir été libéré sous caution est Li Chunfu. À l’issue de cette terrible épreuve, et en raison de la torture électrique subie, il montre des signes de traumatisme et une grave atteinte psychologique. Paul Robinson, le directeur exécutif de R I qui soutient les chrétiens persécutés à travers le monde, déclare :

« La torture est devenue courante dans le traitement des avocats qui sont raflés par les autorités chinoises… La Chine doit cesser la torture. Elle doit mettre fin à la persécution des avocats et des dirigeants chrétiens qui défendent la justice… »

Li Chunfu était l’avocat de 200 mineurs du Hebei, qui réclamaient de meilleures normes de sécurité au travail. Il a été accusé « d’incitation à la subversion du pouvoir étatique » et a finalement été libéré sous caution le 12 janvier, suite à une longue et douloureuse détention de plus de 500 jours. Son épouse le décrit comme « terrifié, vieilli, émacié, paniqué et craintif ». Elle déclare :

« Ses yeux étaient sans vie… Il serrait les poings tout le temps… Il ressentait comme des insectes qui mordaient son corps à l’intérieur, dévoraient son cœur, au point qu’il ne restait plus rien. »

Les médecins ont finalement diagnostiqué une schizophrénie. Sa femme assure qu’il n’en avait déclaré aucun signe avant arrestation en août 2015.

Son frère, l’avocat Li Heping, a également été détenu et torturé par chocs électriques au point de perdre connaissance. Chrétien et père de deux enfants, il défendait des leaders d’ »églises de maison » et des militants pour la protection de l’environnement.

Les accusations qui pèsent sur plus de 200 avocats et militants concernent notamment « l’atteinte à la sécurité de l’État » et vont jusqu’à la « trahison ». Les médias, contrôlés par l’État, ont lancé une campagne de grande envergure contre les avocats, les qualifiant de corrompus et criminels.

Des experts juridiques de plusieurs pays ont signé cette semaine (janvier 2017) une lettre à la presse mondiale demandant à la Chine de libérer ces avocats. Le groupe de juges et de juristes affirme qu’en plus des matraques électriques, « les méthodes de torture incluent les passages à tabac, des positions de contrainte… les privations de nourriture, boissons et sommeil, le déni de soins médicaux, d’hygiène personnelle de base, ou encore les menaces de mort ».

Release International exhorte la Chine à libérer les avocats injustement détenus.

« Ce sont des avocats et des chrétiens, qui défendent la justice dans leur pays en utilisant les lois de leur pays… Nous exhortons la Chine à entrer dans cette nouvelle année en décidant de faire confiance aux citoyens chrétiens, en leur accordant leurs droits légaux et en permettant aux compatriotes de vivre dans la pleine liberté religieuse. »

CONCLUSION

Est-il encore acceptable que le MEDEF, nos entreprises ou nos gouvernements successifs continuent à faire comme si de rien n’était en Chine, alors que la répression y devient de plus en plus massive et perverse ?

Nous n’avons qu’un seul moyen pour aider les victimes de ce monstre, un régime communo-capitalo-fasciste. Et, pour l’inciter à respecter les droits démocratiques des personnes et des peuples, mettons des quotas sur les importations, appliquons sur les produits importés des taxes pour les mettre au niveau des prix des biens produits par les travailleurs français. En déclarant la compétence universelle de la loi morale française pour le cas où certains de nos voisins seraient tentés de continuer à commercer avec la Chine.

Les fondements de cette taxe seraient tout ensemble : l’impact carbone, le dumping, les droits syndicaux, le respect de l’environnement, l’état de droit et les droits de l’homme.

Quant à l’emploi des fonds, il est tout trouvé : aider les ONG qui défendent les droits de l’homme et aider les entreprises françaises à supporter le poids de la déferlante chinoise ou celui des rétorsions qui ne manqueraient pas.  La France peut vivre bien et même mieux sans la Chine : ne l’a-t-elle pas fait jusqu’ en 2000 ?

 

Par Henri Temple in Le réveil français, en ligne, le 24 février 2017

Image : http://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/manche/nord-cotentin/cherbourg-en-cotentin/bernard-cazeneuve-visite-chine-mardi-1199545.html