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04/11/18 | 22 h 37 min par Tenzin Saldon Traduction France Tibet

GENEVE / Forum des Droits de l’homme / « SUPPLICES CHINOIS »? : Témoignage de Golog Jigme, réalisateur relatant les tortures endurées pendant sa détention dans une prison chinoise. au Tibet.

Genève : Lors du récent Forum de Genève 2018, Golog Jigme, cinéaste tibétain, activiste et ancien prisonnier politique qui travaillait avec le cinéaste Dhondup Wangchen sur le film «Leaving Fear Behind»,  présentait son témoignage relatant les tortures  subies pendant sa détention dans une prison chinoise, au Tibet.

Dans une interview accordée à Reuters en marge du Forum, Golog Jigme a déclaré: «S’il vous plaît, examinez attentivement la situation des droits de l’homme en Chine. Si les Nations Unies ne rendent pas la Chine responsable de sa responsabilité cette fois-ci, ce sera un déni  d’ humanité.  »

Kalden Tsomo, responsable du plaidoyer auprès du Bureau du Tibet à Genève, en a assuré la traduction simultanée. Vous trouverez ci-dessous la transcription de son discours.

« Merci à tous d’être ici aujourd’hui. Je remercie l’organisateur de ce Forum de m’avoir invité ici.

Je m’appelle Golog Jigme. Je suis un défenseur des droits de l’homme, un militant et un documentariste, non par hasard, mais par choix pour défendre la résistance non violente du Peuple tibétain contre le régime répressif chinois. Je suis aussi une personne qui a souffert et vécu la torture dans une prison chinoise .

Mon ami Dhundup Wangchen et moi avons réalisé un documentaire intitulé «Leaving Fear Behind».

La raison pour laquelle nous avons réalisé ce documentaire était d’exposer les mensonges de la Chine sur le Tibet et de révéler la vérité. La Chine propage des mensonges sur l’épanouissement de la culture, de la langue et de l’identité tibétaines. La triste réalité est très différente. La politique chinoise au Tibet vise à assimiler le peuple tibétain, à anéantir la culture tibétaine et à détruire l’environnement du Tibet. En raison de mon rôle dans le film documentaire, loubliant la peur, j’ai été arrêté trois fois.

J’ai été arrêté pour la première fois le 23 mars 2008. J’ai été détenu pendant 51 jours. En détention, j’ai été soumis à la torture. J’ai été physiquement torturé. Les mots ne suffiront pas à décrire le genre de torture et de douleur que je subis.

À cause de la contrainte de temps, je partagerai avec vous seulement les moments les plus douloureux et les plus terrifiants de ma vie en prison.

C’est à ce moment que les autorités pénitentiaires m’ont enchaîné pour la première fois sur une chaise en fer. La montre-bracelet de l’un des geoliers indiquait qu’il était 21 heures. Je suis resté attaché jusqu’au lendemain matin. Mon corps était devenu paralysé, insensibilisé et ma température corporelle a complètement chuté. 

Pendant toute la nuit, une énorme torche lumineuse était placée sur la table placée exactement face à la chaise en fer. La chaleur et la lumière qui émanaient du toucher étaient si fortes et puissantes que je me suis sentie comme si tout mon corps était en train de fondre et que la lumière du toucher était forte, je ne pouvais pas ouvrir les yeux. En raison de cet éclairage puissant et  éblouissant, je conserve un problème de vue, même aujourd’hui. Tous les objets sont flous. Encore huit fois j’ai enduré cette  torture de la chaise en fer, de  différentes durées.

Lors de mon neuvième passage  sur la chaise en fer , la torture fut  différente. Placé  face au dos de la chaise, mains étaient menottés dans le dos je suis resté  suspendu au plafond, à l’ envers.  Cette position sur la chaise de fer a duré au moins 6 à 7 heures. Ainsi pendu la tête en bas, j’avais l’impression que tous mes organes sortaient de ma bouche. Ce type de torture est pour le moins terrifiant, impensable et insupportable, à la fois physiquement et psychologiquement.

Les agressions physiques sur tout mon corps étaient si insupportables que j’étais prêt à mourir en fait.  Pour cette raison, je décidai de rester silencieux et de ne répondre à aucune des questions des geôliers. Dans leur  grande frustration  ils m’ont brûlé la bouche, pas une mais trois fois.

J’ai été forcé de dénoncer mon chef spirituelSa Sainteté le Dalaï Lama, et de dénoncer l’Administration Centrale Tibétaine. J’ai été obligé de condamner le Congrès de la Jeunesse Tibétaine. J’ai été obligé d’admettre et de déclarer que la manifestation de masse  de 2008 au Tibet était un acte violent. On a fait pression sur moi  afin que je pour divulgue les noms de tous les Tibétains qui avaient participé à nos entretiens secrets conduits pour le film documentaire et on m’a obligé à donner le nom de tous les Tibétains qui avaient participé à la manifestation de 2008 dans le monastère de Labrang Tashi Kyil auquel j’appartiens. J’étais menacé de conséquences sévères si je ne répondais pas à leurs demandes. Les autorités chinoises m’ affirmaient que personne ne viendrait  s’occuper de moi. On m’a dit que si les autorités me tuaient et jetaient mon cadavre, ni le Dalaï-Lama, ni le Président des États-Unis, ne me protégerait. J’ étais victime d’intimidation et d’ humiliation .

Je pensais qu’il valait mieux mourir que d’endurer cette humiliation et cette souffrance en prison.

Aujourd’hui, lorsque je regarde en arrière et que je me souviens de ce moment le plus douloureux de ma vie, je peux pousser un soupir de soulagement pour le fait que j’ai été torturé et beaucoup souffert à cause de mon implication pour la cause du Tibet. Malgré toutes ces expériences insupportables, je n’ai pas perdu ma détermination. J’ai refusé de révéler l’identité d’un seul des Tibétains qui s’ étaient courageusement exprimés contre l’oppression chinoise dans ce documentaire.

Je fus à nouveau arrêté, pour la deuxième fois, le 10 avril 2009. Je fus accusé de «divulgation du secret d’État» au monde entier.  

Arrêté pour la troisième fois, j’ étais accusé d‘ avoir organisé une manifestation d’auto-immolation au Tibet. Pendant tout ce temps, je devais les écouter donner des conférences sur ma déloyauté envers la Chine. J’étais prêt mentalement à passer le reste de ma vie en prison. Cependant, en prison, j’avais appris que les autorités chinoises envisageaient de me tuer en me prescrivant de faux médicaments.

Après avoir appris ce complot destiné à me tuer, je décidais de m’échapper. Heureusement, je réussis à m’échapper de la prison. J’ai pu me cacher durant 20 mois  dans une région montagneuse.  Ce fut vraiment un moment très difficile.

Pendant que je me cachais, je fus choqué d’apprendre que le Gouvernement chinois m’ accusait de meurtre. Ils ont même annoncé une récompense de 200 000 RMB pour quiconque divulguerait mes allées et venues. Ma vie était sérieusement menacée. Finalement, j’e décidais  de m’échapper du Tibet.

Avec beaucoup de difficultés, le 18 mai 2014, j’ai finalement réussi à atteindre Dharamsala, en Inde, où se trouve le Bureau de l’administration centrale du Tibet.

Jamais auparavant le Gouvernement chinois n’avait  porté de telles accusations alors que j’étais emprisonné et je n’ai jamais eu l’intention de tuer quiconque .

J’ai alors imaginé protester contre cette fausse allégation en m’immolant par le feu devant l’un des postes de police de Gansu ou du Sichuan. Cependant, après mûre réflexion, j’e décidais de ne pas passer à l’acte : peut-être était-ce parce qu’ils avaient honte de mon évasion qu’ils portaient de telles allégations ; si je m’immolais par le feu, ils continueront à me diffamer en  proférant de telles allégations inimaginables. À ce moment-là, je pris un engagement. Si je réussis à rester en vie, je consacrerai le reste de ma vie à la défense des droits du peuple tibétain. Et c’est ce qui m’ a permis de réussir mon évasion vers l’ exil ; aujourd’ hui, je suis heureux  de vivre dans le monde libre, de défendre les droits du peuple tibétain et d’être la voix de la conscience de tous ceux qui œuvrent pour la liberté et la justice dans le monde. ”

_fin_

Le Forum sur la situation des Droits de l’homme dans les régions relevant de la RPC, organisé le 2 novembre, quatre jours avant l’EPU de la Chine, a été organisé conjointement par le Département de l’information et des Relations Internationales (DIIR) et le Bureau du Tibet à Genève.

Photo © Niels Ackermann 

Forum des droits de l’homme de Genève 2018 -4 novembre 2018