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30/03/21 | 20 h 58 min par FIDH communiqué

Genève, Paris : La Chine à la manœuvre au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU

La Chine manœuvre pour son impunité, au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU

vendredi 26 mars 2021
Genève, Paris – Au Xinjiang, à Hong Kong comme au Tibet, la Chine est accusée, par une
communauté internationale de plus en plus mobilisée sur le sujet, de commettre de graves
violations des droits humains. Lors de la dernière session ( 22 février- 23 mars) du Conseil des
droits de l’homme (ONU) à Genève, la Chine a déployé une stratégie diplomatique inquiétante
visant à se dégager de sa redevabilité et responsabilité sur ces violations. La FIDH s’alarme de
ces manoeuvres de détournement des engagements internationaux sur les droits humains. Nous
soulignons les risques qu’implique cette stratégie d’influence chinoise pour les pays qui la
suivent, après deux nouvelles prises de positions étatiques favorables à Beijing.
Le Conseil des droits de l’homme est l’organe de l’Organisations des Nations Unies (ONU), basé à Genève,
chargé d’examiner les situations de violation des droits de l’homme dans le monde et de formuler des
recommandations aux États.
C’est l’endroit où la communauté internationale adopte des résolutions qui, par exemple, condamnent les
prises de pouvoir militaires comme celle du Myanmar le 1er février dernier, créent des mécanismes
indépendants qui enquêtent sur la commission de crimes contre l’humanité, comme la Commission
d’enquête sur la Syrie, et renouvellent les mandats d’experts indépendants comme celui sur la liberté
d’expression.
C’est dans cette enceinte symbolique de l’idéal de gouvernance mondiale multilatéraliste, guidé par la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, que la Chine a choisi de répondre à ses détracteurs, en
démontrant au passage sa capacité à convaincre des Etats sensibles à sa vision du monde ou trop
fragilisés économiquement et politiquement pour s’y opposer.
Les 5 et 12 mars dernier, le Bélarus et Cuba ont respectivement porté les positions conjointes de 71 et de
64 pays, visant à soutenir la politique répressive chinoise au nom du principe de souveraineté. Ces états
dénonçaient des “allégations infondées”, visant à “freiner la croissance des pays en développement”. Des
déclarations en réponse aux préoccupations formulées par plusieurs membres de l‘ONU, confirmée par
plusieurs experts indépendants et ONG. Ces derniers ont documenté des violations massives et
systématiques des droits humains, perpétrées par les autorités chinoises contre des minorités ethniques
et religieuses au Xinjiang et au Tibet ; et des violations de droits humains à HongKong, où Beijing entend
restaurer par la force son autorité.
« Le soutien que certains pays apportent à la posture autoritaire de la Chine vis à vis de Hong Kong est
inquiétant car il vient mettre en doute les travaux des experts des droits humains de l’ONU. Aucun État se
revendiquant de la démocratie et des droits humains ne peut tolérer ce genre d’attaques ».
Antoine Madelin, directeur du plaidoyer de la FIDH
Les experts indépendants de l’ONU contestés
C’est suite à la restitution annuelle des travaux de la rapporteure spéciale de l’ONU sur les défenseurs
des droits humains Mary Lawlor, le 5 mars dernier, que le Bélarus a choisi de soutenir la Chine. Trouvant
l‘appui de 71 autres pays, Minsk a félicité la Chine d’avoir su “écarter les troubles et restaurer
graduellement la stabilité” à Hong Kong, grâce à l’adoption de la très critiquée “Loi de sécurité nationale”
en juin 2020. Cette déclaration constitue une nouvelle attaque contre le travail des experts indépendants,
qui ont dénoncé à plusieurs reprises les violations des droits humains commises par les autorités
chinoises. En effet, Mary Lawlor et 29 autres experts indépendants ont critiqué la portée liberticide de
cette loi,“la répression collective de la population, spécialement des minorités ethniques et religieuses, au
Xinjiang et au Tibet”, et la grave dégradation de la situation des défenseurs des droits humains.
La manoeuvre est répétée par Cuba, le 12 mars suivant, qui félicite la Chine, au nom de 64 pays, “pour ses
progrès en matière de droits humains, en particulier au Xinjiang”, et appelle à ce qu’aucun pays
n’interfère dans les affaires internes de Pékin.
Un travail de sape à double tranchant
Ces prises de positions favorables à Pékin illustrent une stratégie plus large de la diplomatie chinoise, qui
vise à miner les normes internationales sur les droits humains. Résolution après résolution, le Parti
communiste chinois cherche à imposer son propre jargon. “Coopération à bénéfice mutuel” ; “approches
centrée sur les peuples” ; “communauté d’intérêt pour un futur partagé” : ces termes détournent
l’obligation des Etats à respecter les droits individuels, et introduisent l’idée que la souveraineté des Etats
prévaut sur les obligations prises en matière de droits humains..
Reste que cette fragilisation délibérée du rôle protecteur de l’ONU peut avoir de lourdes conséquences
pour les Etats moins influents, comme ceux qui ont exprimé leur soutien à la Chine par ces deux
déclarations. En sabotant les normes internationales censées justement protéger leur indépendance et
leur voix en cas de bras de fer avec des puissances majeures, elles se privent de recours à long terme. On
constate déjà par exemple que des plaintes locales pour violation des droits humains, déposées pour
dénoncer la prédation économiqueopérée par des compagnies d’Etat chinoises, ont déjà été balayées en
Afrique, en Asie et en Amérique Latine.
La FIDH appelle les États signataires des deux positions conjointes à utiliser une approche de principe
dans leurs décisions en matière de politique étrangère, en se basant sur des informations objectives et
documentées, comme celles produites par les experts indépendants des Nations Unies.