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25/11/19 | 12 h 56 min par Sébastien Falletti et AFP

HONG KONG inflige une gifle électorale cinglante à Pékin par cette victoire écrasante du camp pro-démocratie

Une mobilisation record de 71% a permis un raz-de-marée électoral en faveur du camp démocrate, qui a raflé plus de 80% des sièges aux élections locales de dimanche. Après six mois de manifestations, cette victoire éclatante confirme le soutien populaire à la révolte anti-Pékin.

Par Sébastien Falletti
Hongkong: le mouvement pro-démocratie remporte largement les élections
Le militant pro-démocratie, Joshua Wong, a remercié «les électeurs et les manifestants» de s’être rendus en masse aux urnes le 25 novembre pour élire les conseillers de districts. Sa mouvance a largement remporté le scrutin, avec 72% des voix.

Envoyé spécial à Hongkong

Une vague «jaune» s’est abattue sur Hongkong cette nuit, offrant un bol d’air démocratique à la révolte anti-Pékin, après des mois d’escalade dans la rue. Le camp démocrate a remporté par KO l’élection locale de dimanche 24 novembre, infligeant une déroute spectaculaire aux «bleus» des partis pro-establishment favorable à Pékin. Lundi matin, les démocrates avaient pris le contrôle de 17 des 18 Conseils de districts en jeu, et raflé près de 90% des sièges, selon la télévision RTHK, alors que le dépouillement se poursuivait dans l’ancienne colonie britannique.

«C’est une gifle monumentale pour Pékin, qui va au-delà de nos espérances», se réjouit Claudia Mo, parlementaire démocrate. L’opposition a raflé au moins 390 des 452 sièges en jeu, infligeant une défaite historique au Democratic Alliance for the Betterment and progress (DAB), premier parti de l’île et ses affidés qui régnaient en maître sur dix-sept des Conseil dans la précédente législature. «C’est un tsunami démocratique», s’est réjoui Tommy Cheung, l’une des figures de la contestation dans la rue, qui a raflé un siège à Yuen Long, près de la frontière avec la Chine communiste, théâtre d’affrontements violents entre les «triades» et la jeunesse, cet été.

La mobilisation spectaculaire de près de 3 millions d’électeurs a changé la donne de cette élection locale traditionnellement chasse gardée des formations pro-Pékin. La participation a bondi à 71%, contre 47% lors du précédent vote en 2015, grâce à la mobilisation massive des jeunes, déterminés à envoyer dans les urnes un signal de détermination au pouvoir, après des mois d’affrontement dans les rues.

L’opposition a remporté haut la main son pari, transformant ce scrutin local en référendum contre le pouvoir, sanctionnant Lam et envoyant un message de défiance à la seconde puissance mondiale. Le verdict des urnes met à mal la ligne officielle de Pékin, qui dénonce depuis des mois des «émeutiers radicaux» minoritaires, imposant la violence à une «majorité silencieuse». Ce matin, sur le continent, la presse officielle faisait profil bas et le sujet des élections était censuré sur la plateforme Weibo, le Twitter chinois, signalant la nervosité du régime. «Où est la majorité silencieuse?», rétorque Mo. «Les jeunes ont voulu envoyer un message clair à Pékin: ils veulent la démocratie, et ils vont continuer à se mobiliser. C’est une situation compliquée pour la Chine», juge Jean-Pierre Cabestan, professeur à l’Université Baptiste d’Hongkong.

Un répit après des semaines d’escalade de la violence

Cette victoire galvanise la jeunesse contestataire à point nommé, alors que le mouvement était gagné par le doute et les divisions, après le siège de l’Université Polytechnique d’Hongkong (PolyU) qui a conduit à l’arrestation de 1100 sympathisants, la semaine dernière. Cette élection offrait un rare répit électoral après des semaines d’escalade de la violence. Sous la pression de Pékin, toujours plus menaçant, la police redoublait d’efforts ces dernières semaines pour mater la révolte, menant des arrestations de masses, et menaçant de suspendre les élections. À la veille du scrutin, le calme est revenu sur la cité de sept millions d’habitants, signalant la détermination des contestataires à tirer profit de cette fenêtre électorale.

Tous les yeux se tournent désormais vers Carrie Lam et Pékin, sous pression et avares de réaction ce lundi matin. «Le gouvernement écoutera humblement les opinions des citoyens et y réfléchira de manière sérieuse», a promis la bureaucrate, plus affaiblie que jamais, dans un bref communiqué. Les manifestants attendent des concessions, notamment la nomination d’une commission d’enquête sur les violences policières, et l’élection du chef de l’exécutif au suffrage universel, un véritable chiffon rouge pour le Parti Communiste. «Quelle que soit la force de Carrie Lam, j’espère qu’elle pourra répondre aux souhaits du peuple, répondre aux cinq demandes et donner une chance aux jeunes», a déclaré à la presse le militant Jimmy Sham après avoir remporté un siège dans un conseil de district. Mais les espoirs d’une percée restent maigres aux yeux de nombreux électeurs, face à une dirigeante démonétisée. «Je doute que ce gouvernement écoute le message des élections», explique Joey, trentenaire.

L’ombre autoritaire de la Chine communiste plane sur les gratte-ciel d’Admiralty, et la marge de manœuvre de Lam semble épuisée. Lundi matin, Pékin temporisait, préparant sa réplique, après la déroute de ses affidés. Le retour au calme ces derniers jours accorde un répit au régime, après des semaines de violence, offrant la possibilité d’ouvrir une nouvelle séquence politique, pour enrayer l’escalade dans la rue. «Ce résultat offre une opportunité d’ouverture pour lancer des négociations. Dans n’importe quelle démocratie, le pouvoir aurait fait des gestes après six mois de crise. Mais ce gouvernement a montré sa capacité à encaisser les gifles sans broncher. C’est la nature du système communiste, qui réclame un contrôle total», s’inquiète Margaret Ng, juriste, ancienne parlementaire démocrate. Et la poussée démocrate confirme la détermination de la population hongkongaise à ne pas se laisser avaler par l’autoritaire seconde puissance mondiale. Alors que Pékin affiche sa détermination à contrôler plus étroitement le système judiciaire du territoire semi-autonome, les experts doutent que ce scrutin local puisse changer la donne. «Pékin va garder le cap, mais pourrait faire des ajustements tactiques», juge Cabestan.

https://www.lefigaro.fr/international/hongkong-inflige-une-gifle-electorale-cinglante-a-pekin-20191125

Elections à Hongkong : victoire écrasante du camp prodémocratie

La chef de l’exécutif, Carrie Lam, a déclaré qu’elle « écoutera[it] humblement » les citoyens après la révélation des premiers résultats partiels.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 05h37, mis à jour à 09h29

Le candidat Kelvin Lam (droite) et le militant prodémocratie Joshua Wong ont remercié les électeurs devant une station de métro de Hongkong, lundi 25 novembre.
Le candidat Kelvin Lam (droite) et le militant prodémocratie Joshua Wong ont remercié les électeurs devant une station de métro de Hongkong, lundi 25 novembre. VINCENT YU / AP

Hongkong « fait partie de la Chine » quel que soit le résultat des élections locales, a tenu à rappeler, lundi 25 novembre, le ministre des affaires étrangères chinois, Wang Yi. Ce rappel survient alors que le scrutin de dimanche, largement conçu comme un référendum sur la gestion du gouvernement prochinois, semble avoir donné une large victoire aux partisans de la démocratie.

Alors que Wang Yi a averti que « toute tentative visant à semer la pagaille à Hongkong ou à entamer sa prospérité et sa stabilité est vouée à l’échec », la chef de l’exécutif local, Carrie Lam, a, elle, déclaré qu’elle « écoutera[it] humblement les opinions des citoyens et y réfléchira[it] de manière sérieuse ».

Lire notre analyse : A Hongkong, les électeurs infligent un brutal désaveu au gouvernement local et à Pékin

Le dépouillement était en cours lundi matin après une participation record (71 %, selon la Commission électorale), mais des décomptes partiels laissaient penser que les candidats appelant à une ouverture démocratique devaient rafler bien plus de sièges que prévu. Selon le journal South China Morning Post, les candidats prodémocratie ont remporté 17 des 18 conseils de district, soit plus de 278 sièges sur les 452 en jeu. Lors des élections en 2015, un peu plus de 100 candidats seulement du camp prodémocratie avaient été élus.

Le plus grand parti politique pro-Pékin a subi un sérieux revers, avec au moins 155 de ses 182 candidats battus, selon les médias. Parmi eux, le député Junius Ho, particulièrement détesté par les militants prodémocratie, avait été blessé au début de novembre par une attaque au couteau alors qu’il menait sa campagne électorale.

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Un résultat aux airs de révolution

Kin Cheung / AP

L’élection des conseillers de district, qui gèrent des questions comme les ordures ménagères ou les trajets des lignes de bus, suscite d’ordinaire peu d’intérêt, mais a fortement mobilisé les Hongkongais cette fois. Ce résultat sonne comme un camouflet pour Pékin et anéantit tout espoir pour Carrie Lam de rallier l’opinion derrière elle.

Les partisans d’un changement politique entendent mettre à profit cette victoire pour montrer que, désormais, la population hongkongaise souhaite que le gouvernement local tienne compte de son point de vue dans la gestion du territoire semi-autonome.

« Quelle que soit la force de Carrie Lam, j’espère qu’elle pourra répondre aux souhaits du peuple, répondre aux cinq demandes [et] donner une chance aux jeunes », a déclaré à la presse le militant Jimmy Sham après avoir remporté un siège dans un conseil de district. Parmi les cinq revendications du mouvement de contestation figurent notamment l’avènement du suffrage universel dans la mégapole de 7,5 millions d’habitants et une enquête sur ce qu’il présente comme des violences policières. Mme Lam les a jusqu’à présent rejetées, les qualifiant notamment de « vœux pieux ».

Notre sélection d’articles sur les manifestations à Hongkong

Depuis le début de l’été, la mégapole de 7,5 millions d’habitants traverse sa pire crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.

Sur la stratégie des manifestants :

Sur le terrain, ils s’inspirent de Bruce Lee – leur mode d’action est « soyez comme l’eau » – et prônent une stratégie baptisée « Eclore partout », en multipliant les actions. Mais en s’installant dans la durée, le mouvement s’est radicalisé, notamment autour des universités, devenues des places fortifiées.

Sur la réaction de la Chine :

Au cœur de la crise, la conception que la Chine se fait du concept d’« un pays, deux systèmes », en vigueur jusqu’ici. Pour le politiste Brian Fong, l’option choisie par Pékin « est de renforcer l’Etat policier, c’est-à-dire la répression, en brutalisant et  de manière indiscriminée les manifestants ». Et pendant ce temps, en Chine continentale, les réactions sont à sens unique, entre censure et patriotisme exacerbé ?

image : Le candidat Kelvin Lam (droite) et le militant pro-démocratie Joshua Wong ont remercié les électeurs devant une station de métro de Hongkong, lundi 25 novembre. VINCENT YU / AP

Election winner candidate Kelvin Lam, right, and pro-democracy activist Joshua Wong, second right, wave to people and thank for their support, outside South Horizons Station in Hong Kong, Monday, Nov. 25, 2019. Pro-democracy candidates won nearly half of the seats in Hong Kong’s local elections, according to partial returns Monday, as voters sent a clear signal of support for the anti-government protests that rocked the Chinese territory for more than five months. (AP Photo/Vincent Yu)

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/11/25/elections-locales-a-hongkong-victoire-ecrasante-des-prodemocratie-dans-les-urnes_6020391_3210.html