Le premier site d'actualité sur le Tibet

www.tibet.fr

09/06/16 | 14 h 11 min

HONG KONG et Lancôme : la grogne continue de monter à Hong Kong

denise_ho_0

  • Lancôme, célèbre maison française de produits cosmétiques, est prise dans une tourmente en Chine et à Hong Kong. La marque avait choisi une chanteuse célèbre pour un concert publicitaire, mais cette artiste est aussi l’une des figures du mouvement pro-démocratie à Hong Kong. Annulation, puis menace de boycott : Lancôme a finalement cédé à la censure chinoise.

    La pop star qui a déclenché un tollé s’appelle Denise Ho. Plus que pour ses chansons la jeune femme est connue pour son engagement dans le mouvement Occupy Central de l’automne 2014. Un mouvement qui avait appelé à des élections libres. Mais Denise Ho est aussi connue pour être une admiratrice du Dalaï Lama, accusé par la Chine d’être un dangereux séparatiste.

    Organiser un concert avec cette vedette hongkongaise, bête noire de Pékin, a donc fait deLancôme une cible de choix. Le quotidien Global Times, porte-voix du Parti communiste, a accusé la marque française de mettre en scène « un poison hongkongais » tout comme un «poison tibétain ». Les internautes et potentiels clients de Lancôme ont lancé des mises en gardes du genre : « Je ne veux pas que mon argent donnés à Lancôme soit utilisé pour diviser mon pays ou pour produire les balles avec lesquelles des terroristes tibétains tueront nos soldats. » C’en était trop pour Lancôme.

    « Nous regrettons la confusion créée » : Lancôme

    La célèbre marque du géant de la cosmétique L’Oréal a donc cru bon d’annuler le concert pour des raisons de sécurité… plutôt obscures. Cela s’apparentait à un curieux rétropédalage avec un communiqué posté sur Facebook : « Madame Denise Ho n’est pas une porte-parole de Lancôme. Nous regrettons la confusion créée. »
    Mais au lieu d’éteindre l’incendie, ce communiqué de Lancôme a relancé la polémique. Cette fois à Hong Kong où la chanteuse a accusé la marque parisienne de se mettre à genoux devant la Chine. De nombreux internautes ont d’ailleurs appelé à un boycott des produits de beauté Lancôme. Un vrai dilemme donc pour la maison française : il fallait choisir entre le profit et des principes de liberté.

    Par AFP , publié le 08/06/2016 à 08:42 , mis à jour à 11:25

    Des manifestants brandissent un portrait de la chanteuse Denise Ho à Hong Kong le 8 juin 2016-
    afp.com/ANTHONY WALLACE
    Hong Kong – La grogne continuait de monter mercredi contre Lancôme à Hong Kong, où
    s’est tenue une manifestation pour protester contre l’annulation par la maison de
    cosmétiques d’un concert d’une artiste hongkongaise critique à l’égard de Pékin.
    De nombreux habitants de l’ancienne colonie britannique pensent que la déprogrammation de la chanteuse
    Denise Ho, qui devait se produire lors d’un événement promotionnel le 19 juin, a été décidée sous la
    pression des critiques portées par les médias officiels chinois contre la célèbre marque du groupe français
    L’Oréal.
    Denise Ho est une figure du mouvement prodémocratie de l’automne 2014, qui avait vu des dizaines de
    milliers de personnes descendre dans la rue pour demander un véritable suffrage universel dans le territoire
    retourné en 1997 dans le giron chinois.
    Des dizaines de manifestants se sont rassemblés à Times Square, important centre commercial de l’île de
    Hong Kong, en criant des slogans tels que « Boycottez Lancôme« , « Honte à l’auto-censure« .
  • Le stand de Lancôme de Times Square était fermé mercredi, de même que son centre de soins de beauté et
    les locaux de l’Oréal dans le même immeuble.
    Les organisateurs de la manifestation ont prévenu qu’ils n’en resteraient pas là si Lancôme et L’Oréal ne
    réagissaient pas.
    « Le but principal de cette manifestation c’est de montrer au monde que nous devons nous unir, et, à travers
    le boycottage (de leurs produits), montrer à Lancôme et L’Oréal qu’on ne peut pas seulement se focaliser
    sur le marché chinois« , a déclaré Avery Ng, président de la Ligue des sociaux-démocrates, qui figure parmi
    la dizaine d’organisations ayant appelé à manifester.
    L’Oréal Hong Kong était injoignable dans l’immédiat. La presse hongkongaise a rapporté que la société
    avait demandé à ses employés de prendre un jour de congé.
    Une pétition lancée sur le site change.org appelant au boycottage des produits Lancôme a recueilli plus de
    4.000 signatures.
    « Le monde civilisé doit cesser de s’agenouiller devant la Chine. Il faut faire un exemple de Lancôme pour
    son manque de respect envers le peuple de Hong Kong et la liberté« , écrit Lawrence Lau sur le site de la
    pétition.
    – « Droits de l’Homme essentiels » –
    L’affaire fait également réagir le monde politique.
    La conseillère de district Christine Fong a jeté ses produits Lancôme dans les toilettes avant de tirer la
    chasse dans une vidéo postée sur Facebook, vue mercredi plus de 128.000 fois. « Je vais vider le tube de
    cette marque et je ne l’utiliserai plus jamais. Lancôme, va au diable!« , a-t-elle lancé.
    La controverse a commencé samedi lorsque le quotidien étatique chinois en langue anglaise Global Times a
    accusé Lancôme de coopérer avec « un poison hongkongais » et « un poison tibétain« , référence au soutien
    affiché par la chanteuse au dalaï lama.
    Le projet de concert avait aussi été critiqué sur les réseaux sociaux chinois, des internautes accusant la
    marque française d’utiliser les bénéfices engrangés en Chine continentale pour promouvoir les causes de
    l’indépendance hongkongaise et du Tibet.
    Dimanche, la célèbre marque a publié deux communiqués, le premier pour affirmer que l’artiste n’était pas
    une de ses porte-parole, le second pour annoncer l’annulation du concert, « pour des raisons de sécurité« ,
    sans autre précision.
    Selon l’accord sino-britannique qui a organisé la rétrocession de 1997, Hong Kong jouit de libertés
    inconnues ailleurs en Chine continentale, en vertu du principe « Un pays, deux systèmes« .
    Mais divers incidents, et notamment la « disparition » en Chine de libraires hongkongais, ont renforcé dans
    l’ex-colonie le sentiment que ces libertés sont en train de s’éroder, et que Pékin y renforce sa mainmise.
    Denise Ho a elle-même fustigé la décision de Lancôme.
    « Il n’est pas juste d’être puni pour avoir pris la parole, pour avoir tenu tête, pour s’être mis en quête de ces
    droits que nous considérons comme des droits de l’Homme essentiels« , a-t-elle dit sur Facebook.
    http://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/lagrognecontinuedemontercontrelancomeahongkong_1800036.html