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17/06/16 | 18 h 21 min par (afp/nxp)

HONG KONG : Un intellectuel enlevé et détenu 8 mois en Chine témoigne …

HK

Les révélations d’un des libraires détenu en Chine ont poussé dans la rue des dizaines de manifestants.

Des manifestants en colère se sont rassemblés vendredi à Hong Kong après les révélations d’un des libraires «disparus» de la ville qui a raconté comment il avait été arrêté et interrogé pendant huit mois en Chine pour avoir vendu des ouvrages critiques envers Pékin.

Lam Wing-kee est l’un des cinq libraires de Hong Kong qui s’étaient volatilisés fin 2015, une affaire qui a semé l’effroi alors que de nombreux habitants ont le sentiment que Pékin est en train de durcir son emprise sur le territoire.

Libéré sous caution, M. Lam a défié les autorités chinoises et raconté jeudi à Hong Kong comment il avait été arrêté lors d’une visite sur le continent et interrogé pendant des mois sans accès à un avocat ou à sa famille.

Ouvrages interdits en Chine

Les cinq «disparus» travaillaient pour «Mighty Current», une maison d’édition spécialisée dans les titres salaces sur la vie privée des dirigeants chinois et les intrigues politiques au sommet du pouvoir.

Leurs disparitions avaient été vivement condamnées par la communauté internationale. Ils avaient refait surface en Chine continentale, où au moins quatre d’entre eux, dont M. Lam, font l’objet d’enquêtes pour avoir introduit en Chine des ouvrages interdits.

M. Lam devait repartir en Chine jeudi mais a décidé de rester là pour raconter son histoire lors d’une conférence de presse surprise.

Une quarantaine de manifestants du parti prodémocratie Demosisto se sont rassemblés devant le bureau de liaison chinois de l’ancienne colonie britannique repassée en 1997 sous la tutelle de Pékin.

Régime communiste

«Défendez les libertés des Hongkongais», scandaient les manifestants. «Nous espérons que le monde fera pression sur le gouvernement pour obtenir la libération de tous» les libraires, a déclaré Nathan Law, l’un des organisateurs de la manifestation au côté de Joshua Wong, visage de l’immense mouvement prodémocratie de l’automne 2014.

Pour le leader étudiant, M. Lam est un héros. «Lam Wing-kee est un modèle pour le peuple de Hong Kong, il affronte l’oppression du régime communiste», a-t-il dit.

Demosisto est un nouveau parti qui prône l’autodétermination de Hong Kong, à l’instar d’un nombre croissant de jeunes militants qui veulent prendre leurs distances d’avoir Pékin, craignant pour leurs libertés.

Régime spécial

Hong Kong jouit de libertés inconnues ailleurs en Chine continentale, en vertu du principe «Un pays, deux systèmes», en théorie jusqu’en 2047. D’autres manifestations sont prévues dans la journée.

Amnesty International a également dénoncé le traitement réservé au libraire. «Il semble clair qu’il a fait l’objet d’une détention arbitraire, comme probablement les autres, qu’il a été maltraité et forcé de passer aux aveux», a déclaré Mabel Au, d’Amnesty Hong Kong.

M. Lam a expliqué comment ses aveux télévisés diffusés par les médias officiels chinois en février lui avaient été dictés.

(afp/nxp)

(Créé: 17.06.2016, 07h16)

Image: Keystone : Une quarantaine de manifestants du parti prodémocratie Demosisto se sont rassemblés.
lire aussi :
Les révélations du libraire Lam Wing-kee sont fracassantes. Copie d’écran du South China Morning Post, le 17 juin 2016.Asie du Nord-Est

Chine : révélations d’un libraire hongkongais disparu sur les « groupes spéciaux d’enquête » du Parti

South China Morning Post – Révélations fracassantes dans l’affaire des libraires hongkongais. Lam Wing-kee, l’un des cinq libraires de l’ex-colonie britannique mystérieusement disparus à la fin de l’année dernière – puis tout aussi mystérieusement réapparus en Chine continentale – est rentré ce mardi 14 juin à Hong Kong sans esclandre… Jusqu’à ce qu’il prenne la parole hier jeudi 16 juin pour faire la lumière sur ces événements.

Lam Wing-kee affirme avoir été victime d’un « enlèvement » près de la frontière avec Shenzhen en octobre dernier – enlèvement au cours duquel on l’aurait « menotté » et « bandé les yeux ». S’en sont suivis huit mois de « torture mentale » ainsi que la signature d’un formulaire lui interdisant de tenir sa famille au courant des événements et d’engager un avocat. Objectif : obtenir des informations sur les clients continentaux à qui Lam Wing-kee aurait fourni des livres critiques contre Xi Jinping et le Parti communiste chinois, explique le South China Morning Post dans un autre article.

Mais les révélations les plus étonnantes concernent les agents qui ont opéré l’enlèvement et l’ont gardé en détention. Les services secrets ? La police ? L’armée ? Rien de tout cela, d’après Lam Wing-kee, qui croit bien avoir eu affaire avec un « groupe spécial d’enquête ». Une« équipe d’enquêteurs ad hoc qui dépend directement du plus haut niveau du PC chinois », commente le South China Morning Post. Le quotidien hongkongais précise que ces groupes, composés de « cadres du département anti-corruption, d’officiers de police de haut rang voire de généraux militaires », seraient derrière l’arrestation en 2012 de l’ancien chef du PC à Chongqing, Bo Xilai, et celle en 2013 de l’ancien ministre de la Sécurité publique, Zhou Yongkang. Ils étaient aussi fréquemment utilisés pendant la Révolution culturelle il y a 50 ans.

Ces révélations, les premières du genre par l’un des libraires disparus, ont secoué la société civile hongkongaise. Quarante membre du parti pro-démocratique Demosisto ont ainsi manifesté devant le Bureau de liaison du gouvernement central à Hong Kong pour réclamer la« défense des libertés hongkongaises », rapporte le Straits Times. Joshua Wong, figure de proue du mouvement des « Parapluies », a d’ailleurs qualifié Lam Wing