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12/07/16 | 20 h 14 min par Pierre Guerrini

« Il nous faut un système qui permette de garder le peuple tibétain uni » déclare le Karmapa.

Karmapa

 » Sa Sainteté le XVII Gyalwang Karmapa, Orgyen Trinlé Dordjé, a accordé une entrevue au Times of India (Delhi).
‘’Il nous faut un système qui permette de garder le peuple tibétain uni.’’

Orgyen Trinlé Dordjé, le XVIIe Karmapa, semble prêt, prêt et appelé, à jouer un plus grand rôle dans les affaires tibétaines. La chose fut évoquée à plusieurs reprises.

« Le Dalaï-lama a travaillé sans relâche pour la cause tibétaine… Il fut un temps où les Tibétains n’étaient pas aussi unis… Le dalaï-lama a uni tout le monde en des temps très difficiles » déclare Ogyen Trinley Dorje

On aura pu également parfois noter, ici et là, relever, à diverses reprises, et discerner, le temps à peine d’une hésitation, chez ce jeune grand-maître, moine de très haut rang qui avait fui  – et la chose, inimaginable pour les Chinois, avait fait, en Occident et un peu partout, grand-bruit –  filé à la barbe et au nez des forces d’occupation et de surveillance qui s’emploient à détruire consciencieusement, avec grande méthode et force d’application, le Tibet, ou exprimé en les termes d’une dialectique surannée des responsables du P.P.C., « qui œuvrent à sa généreuse mise en valeur, pour le bien-être et le bonheur nouveau de sa population », et ce depuis plus de 60 ans.

Orgyen Trinlé Dordjé, qui mesure l’immensité de la tâche qui est la sienne, la tâche de devoir assurer la direction et la pérennité de l’école prestigieuse, l’une des quatre principales du Bouddhisme Tantrique Tibétain qui, depuis et tout au long de ces dernières décennies, tragiques, abominablement destructrices pour le Tibet intérieur, l’intra-muros, le frei-tibetan Tibet, le Tibet carcéral sous la folle férule han, plus grande prison à ciel ouvert, et la plus haute aussi, de ce monde, qui en compte quand même pas mal des tôles en tout genre, et des « pas piquées des hannetons » question maltraitance  –  sans évoquer les mouroirs oubliés dans leurs espaces inter-sidéraux libres de toute présence du moindre organe de  presse, ou ces océans, immenses baignoires-cimetières pour des cargaisons majoritairement de populations de Noirs qui ne doivent pas savoir nager et qui s’ingénient à les vouloir franchir.

Bouddhisme tantrique tibétain qui a essaimé sur toute la surface de la planète et auprès des populations de tous les pays qui la peuplent toujours plus densément, auxquelles quatre-écoles principales, nous n’oublierons pas d’adjoindre à ce nombre celle des Bons, une tradition spirituelle proche du chamanisme ancien plutôt qu’une école à proprement parler, la plus ancienne tradition spirituelle du Tibet, tradition inouïe qui a fait école, source indigène de la culture tibétaine – sa flamme, née de la rencontre de la conscience et de l’espace, de la conscience des qualités de la terre et de l’eau qui nourrissent l’être intérieur qui sommeille en chacun de nous, cet autre rimbaldien en nous dont le poète avait sûrement flairé quelque chose de la présence –  et qui a façonné, avec le rôle primordial qu’elle a joué dans la formation d’une population qui, au cours des siècles, à l’abri du temps et de ses mauvais tours, protégés par ses remparts si longtemps, infranchissables, s’en est imprégnée, tradition qui a façonné, rien de moins et pour des temps sans fin, l’identité unique du Tibet, l’identité fondamentalement unique, de par le monde, du Tibet. Et de la population du Tibet occupé, les Tibétains.
De ses habitants, dont il a, en quelque sorte, comme tous les grands maîtres qui s’en préoccupent fort, la charge, comme celle de veiller à la diffusion du Dharma,  à la protection de la Sangha.  On avait donc pu, au regard de ce qui est évoqué précédemment, constaté les quelques très profondes et silencieuses inquiétudes que nourrissait le jeune successeur du grand XVI ème Karmapa, à l’idée de possiblement devoir assumer des responsabilités croissantes dans les affaires tibétaines.

Orgyen Trinlé Dordjé,  a parlé, s’est entretenu, avec Rajeev Deshpande, du futur du mouvement tibétain et de ses attentes envers l’Inde, un peu plus tôt cette semaine, à l’occasion du 81ème anniversaire de Sa Sainteté le Dalai-Lama.
Quelles sont vos pensées alors qu’on célèbre le 81 ème anniversaire du Dalaï-lama ? Que signifie cet événement pour vous et pour le peuple tibétain ?
– Durant la 2ème moitié du siècle dernier, le Dalaï-lama a travaillé sans relâche pour la cause tibétaine, afin de préserver et promouvoir la culture tibétaine. Il a aussi œuvré pour la Paix dans le monde. Pour ces raisons, son anniversaire n’est pas celui d’un simple individu, mais celui d’une personne ayant apporté une grande contribution à la Paix mondiale. De plus, dans le passé, les Tibétains n’étaient pas aussi unis que maintenant. Le Dalaï-lama a œuvré dans ce sens, a réuni tout le monde, et ce à une époque vraiment très difficile.
– Le Dalai-Lama a 81 ans. Il y aura une situation post-Dalai-Lama. Comment voyez-vous cela, en tenant compte de l’influence énorme qu’il a eue ?

– Ce sera difficile… Il n’y aura personne d’autre comme le Dalai-Lama. En même temps, le peuple tibétain doit partager son système ou organisation afin que celui-ci ne dépende pas d’une seule et même personne. Donc, Sa Sainteté a insisté pour que tous les Tibétains soient vraiment représentés. Nous avons besoin d’un système qui puisse les garder unis.
– Dans ce contexte, quel sera votre rôle ?  Comment pouvez-vous garder différentes traditions unies ?

– Je suis la réincarnation du Karmapa. Cette lignée est la plus haute et la plus ancienne au Tibet. Cependant, il n’est pas nécessaire que j’aie un rôle particulier. La seule tradition de la réincarnation du Karmapa peut m’aider à contribuer à préserver notre culture. Je dois être plus ouvert et innovateur. Je ne dois pas être régionaliste.

Ma façon de voir les choses sera importante en termes de nouvelle approche par rapport aux questions tibétaines. Il y a des allégations selon lesquelles l’école Karma Kagyu aurait essayé de conquérir des monastères appartenant à d’autres écoles. Des allégations sont apparues sur la conversion de monastères aux croyances Karma Kagyu, dans les médias sociaux.

J’ai tenté de vérifier ces accusations.

Cependant, étant donné que cela se passe au Tibet, il n’est pas très facile d’investiguer. Il s’avère que certains des monastères en question tombaient en désuétude. Les Karma Kagyu sont allés s’en occuper. Mais si les autres traditions veulent les prendre sous leur aile, les Karma Kagyu en seront ravis. Nous n’avons aucune intention de prendre ou de convertir des monastères.
– Quelles nouvelles recevez-vous sur ce qui se passe au Tibet ?
– Les nouvelles sont les suivantes : depuis 2008, l’année où s’est produit un soulèvement, il y a eu de nombreuses immolations. Ceci est dû à la frustration ressentie par la population. L’annexion de certaines parties du Tibet par des provinces chinoises, telles le Sichuan et le Yunan, ont rendu les gens malheureux.

Le refus des droits religieux et culturels, la discrimination envers les Tibétains est un enjeu brûlant. L’exploitation effrontée et incessante des ressources naturelles du Tibet a affecté la vie des gens.

– Pensez-vous que votre voyage religieux et spirituel a suffisamment progressé pour que vous puissiez jouer votre rôle de Karmapa ?

– La raison pour laquelle je suis venu en Inde est que c’est un pays libre et démocratique. J’y vis depuis 17 ans. Le Gouvernement indien nous a accordé l’asile. Cependant, ces 17 années ont été extrêmement difficiles.

Il y a eu des soupçons et des restrictions.

J’ai dit clairement que j’étais venu pour étudier…, mais que si ma présence s’avérait causer un problème, et bien qu’il ne soit pas dans mon intention de partir ailleurs, hé bien … je pourrais … néanmoins partir.
– Le gouvernement indien vous accorde-t-il le respect auquel vous vous attendez ?

– Certains services sont positifs, d’autres négatifs….. certaines négativités sont plus fortes. Toutefois, je commence à voir un changement positif. J’ai de grands espoirs. Parfois, j’ai senti mon espoir s’évanouir, mais je dirais que les choses semblent s’améliorer, qu’elles s’améliorent.
– Le monastère de Rumtek, au Sikkim, a une grande importance pour vous, mais vous ne pouvez vous y rendre à cause d’un conflit.

– Le Sikkim fait partie de l’Inde. Il en fait partie intégrante. Rumtek est le siège de mon prédécesseur. Malheureusement, je n’ai pu m’y rendre. Cependant, je comprends qu’il y a un litige juridique. La raison pour laquelle je ne peux pas aller au Sikkim en dépit de nombreuses demandes : « Je ne veux pas entrer dans des histoires de politique partisane. « 

9 Juillet 2016, The Times of India (Delhi)

Nadine Wangmo Enquebecq pour la traduction de l’entretien.

DLK
Petit retour sur une communauté : Sa Sainteté le 14e Dalaï-Lama salue Sa Sainteté LungtokTenpai Nyima, chef spirituel Bon, à l’occasion de la dédicace de 2007 de la nouvelle bibliothèque au monastère de Menri en Dolanji, en Inde.

 » La tradition Bon est la plus ancienne tradition spirituelle du Tibet et, comme source indigène de la culture tibétaine, a joué un rôle important dans la formation de l’identité unique du Tibet. Par conséquent, je l’ai souvent souligné l’importance de préserver cette tradition. »

Avant-propos et préface de Sa Sainteté le 14e Dalaï Lama à Wonders of the Mind Natural -Les prodiges de l’esprit naturel. éd. Seuil –  par Guéshé Tenzin Wangyal Rinpoché, 2000.

Tenzin Wangyal Rinpoché, bstan ‘dzin dbang rgyal rin po che, lama de la tradition Bön, titulaire du grade de Géshé, et auteur d’ouvrages remarquables sur l’enseignement du dzogchen, sur le yoga tibétain du rêve et sur le rêve lucide.

Gueshe  Geshe Tenzin Wangyal Rinpoche
Il est le fondateur et le directeur de l’institut Ligmincha et de plusieurs centres nommés Chamma Ling, organisations dédiées à l’étude et à la pratique des enseignements de la tradition Bön. Les instituts Ligmincha proposent des archives multiples en libre accès et traduites en de nombreuses langues, dont le français.
« La tradition Bon est souvent associée avec le royaume de Zhang Zhung, qui existait autour du mont Kailash et la région à l’ouest du Tibet jusqu’au  septième siècle, du temps du roi tibétain, Songtsen Gampo. Nous Tibétains, nous considérons la tradition  Bon comme l’ancienne tradition, indigène religieuse et culturelle de nos ancêtres, qui est la source et l’incarnation de nombreux aspects du mode de vie tibétain. Avec l’avènement du bouddhisme dans le Pays des Neiges, la plupart des Tibétains sont devenus bouddhistes. Néanmoins, le Bon est resté, et a connu des périodes de croissance et de renouveau depuis le XIe siècle, de sorte que jusqu’à l’occupation chinoise, il a été pratiqué dans de nombreuses régions du pays.

 » La tradition Bon a légué à la génération actuelle un solide héritage quant à l’éducation et la formation en philosophie, en discipline monastique, rituel et  méditation. Il encourage une combinaison d’études littéraires, de débat dynamique, animé et passionnés et de réflexion personnelle.

« Dans les  monastères Bon, leurs moines et lamas n’en souffraient pas moins que leurs homologues bouddhistes de la tourmente qui a suivi la prise de contrôle du Tibet par les chinois. Une poignée d’enseignants absolument dévoués furent les responsables de la préservation et la transmission de la transmission spirituelle et culturelle Bonpo.

« Ici, en exil en Inde, la communauté Bonpo a établi un règlement à Dolanji,  dans les collines autour de Solan, dans l’Himachal Pradesh, où ils ont fait des efforts pour préserver le chemin Bonpo de la vie. Comme pour les quatre traditions du bouddhisme tibétain, la communauté Bonpo élit des représentants à l’Assemblée des députés du peuple tibétain.

 » L’objectif du règlement est celui de Tashi Menri Monastery  (bKra-shis sMan-ri dGon-pa) où les jeunes moines reçoivent une formation traditionnelle complète. En plus des classes où sont enseignés grammaire,  médecine, astrologie et poésie, leur est également dispensée  une éducation moderne. Je l’ai vu par moi-même, que les étudiants bénéficient d’excellentes conditions pour étudier et que les moines sont disciplinés. Je me réjouis donc toute aide qui puisse être régulièrement allouée au monastère « .

KfinSa Sainteté le 14e Dalaï-Lama

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