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29/06/18 | 23 h 41 min par Colonel Vinayak Bhat (à la retraite) / Traduction FranceTibet

Inéxorablement, la Chine impérialiste avance en Arunachal Pradesh, construisant de nouvelles routes et des camps militaires

Nouvelle route en cours de construction dans l’étroite vallée de Tsari Chu. Vue sur un poste-avancé de l’armée de libération des peuples | Vinayak Bhat

Des images-satellite montrent les avancées de l’Armée chinoise de libération du peuple, au moins 5 Km dans le territoire national indien avec une base militaire dans la stratégique vallée de Tsari Chu.

New Delhi : la menace d’une escalade à la suite du face à face du Doklam s’était amenuisée après les rencontres de Wuhan et Qingdao entre le Premier Ministre Narendra Modi et le Président chinois Xi Jinping. Le problème, bien qu’irrésolu, semble avoir été mis en veille.

Mais le Doklam n’est pas la seule zone que la Chine a tenté de découper en tranche un territoire limitrophe (le Bouthan en étant un autre) afin de se donner un avantage tactique. Le Général en chef Bipin Rawat avait auparavant commenté cette approche chinoise de ralentissement de son expansion.

La vallée de Tsari Chu en Arunachal Pradesh est une autre de ces zones.

Les images satellite montrent avec évidence l’avancée chinoise de 5 Km dans ce qui devrait être le territoire indien. La Chine peut avoir profité de l’absence des forces militaires indiennes et du grand isolement de la vallée

La présence de la l’armée chinoise de libération des peuples est désormais bien établie. Une nouvelle route accessible en jeep est en cours de construction, la rive de la rivière est aménagée et une nouvelle construction post-Doklam, en partie souterraine, a été repérée.

ThePrint s’efforce de comprendre l’intérêt de zone par l’imagerie satellite.

Le Ministère des Affaires Etrangères indien s’est refusé à tout commentaire.

Image retraçant la route de pèlerinage tibétaine en Inde. Notez deux marques bleues représentants deux avant-postes de l’ALP construits avant et après 2000 | Vinayak Bhat

 

Modifier les frontières

Tsari Chu, ou Gelen Bung est un rivière sacrée tibétaine consistant en une route circum-ambulatoire vers le Mont Dakpa Sheri, ou montagne du pur Christal dans la Région Autonome du Tibet. Les bouddhistes considèrent comme un devoir pieux la visite du monastère de Yulmed et pratique des koras autour du Mt Sheri l’année du Singe, soit tous les 12 ans.

Cette route de pélerinage de 70 Km pour les Tibétains qui passe par le village de Longju, premier village indien lorsque fut dessiné la ligne MacMahon dans les années 1900, tandis que Taksing était quant à lui le dernier village indien sur la voie de pélerinage.

Aujourd’hui, la Chine clame Longju comme sienne, tandis que Taksing reste attacher en Arunachal Pradesh, côté indien de la frontière disputée. Jusqu’en 1959, Longju était sur le sol indien.

La vallée de Tsari Chu possède également une grande valeur stratégique puisque le village de Migyitün, désormais appelé Zharixiang, est une petite commune frontalière sur la ligne MacMahon Il est perçu comme sur la route d’entrée dans l’Arunachal Pradesh.

La rivière sépare deux cantons, ceux de Taksing et de Limeking, dans le district de l’Upper Subansiri. Depuis son indépendance, l’Inde n’a pas produit d’effort d’amélioration des infrastructures dans cette zone. Encore aujourd’hui, ce territoire indien reste reculé malgré son importance militaire.

Le 25 août 1959, lors de l’incident de Longju, un poste des Fusilleurs d’Assam s’était fait attaquer par l’armée chinoise qui l’avait rasé sans qu’il y ait eu de provocation adverse. Cela reste un événement important de l’histoire militaire où, étonnement, la Chine n’avait essuyé aucun revers.

En décembre 1960, à la retraite chinoise de Longju suite à une épidémie tuant 100 soldats, le Premier Ministre Jawaharlal Nehru voulait occupé de nouveau la zone mais fut dissuadé par l’Armée qui invoquait des problèmes logistiques .

Avantage à la Chine

Les chinois ont pris un complet avantage de situation de domination depuis les années 1900.

La confusion sur la frontière sino-indienne et la conséquence de l’attitude désinvolte de l’Inde a incité la Chine, et tout spécialement l’Armée de libération du peuple, d’accaparer doucement le territoire indien.

Sur 60 ans, doucement mais sûrement, la Chine a occupé illégalement une partie de la vallée de Tsari Chu, clamé légalement par l’Inde comme son territoire.

Occupation illégale d’un poste militaire

Fin des années 1 990 et au début des années 2 000, l’Armée de libération du peuple a débuté une campagne d’amélioration des routes frontalières, tout particulièrement dans le Tibet oriental, à proximité de la vallée de Chumbi, du Bhoutan et de l’Arunachal Pradesh.

Dans le même temps, dans la zone de Tsari Chu, l’Armée de libération du peuple a établi un poste avancé à 3 Km de la frontière côté indien. A cette époque, ce poste était tout au plus un baraquement administratif sur une piste pour jeep.

Situé sur la rive orientale de la rivière, à une altitude de 2 700 m, l’avant-poste possédait trois bâtiments placés en forme de C, avec un poste d’écoute légèrement à l’écart.

Avec le temps et la continuelle indifférence indienne, l’armée de libération du peuple a été encouragée à prolonger la piste avec un pont et une autre « hutte » à 2 600 m d’altitude sur la rive occidentale.

Un Bataillon

Due à une pauvre résolution des images satellites que j’ai étudié attentivement, les activités s’intensifient dans le temps. Toutefois, il devient très clair qu’avant décembre 2013, un bataillon a été secrètement installé par l’armée de libération du peuple, 500 m au-dessus, dans un frêle coude de la vallée Tsari Chu.

Avant-poste chinois à 3 100m d’altitude. De chaque côté l’important dénivelé est visible | Vinayak Bhat

Il est évident, d’après les images satellite, que cette situation, à l’est de la rivière, est extrêmement avantageuse pour la ligne défensive dans cette vallée étroite, avec des falaises de chaque côté, face à l’Inde, avec un dénivelé non loin des 500 m.

La construction a possiblement pu être tenue secrète du fait de couverture forestière. La Chine a été attentive à ne pas éclaircir la zone de façon à ne pas révéler l’avant-poste aux satellites. Malgré tout, elle échoua a camouflé deux « huttes » qui démontrent un déploiement de plus de 600 m sur les rives.

2 images montrent des « huttes » le long de la rivière Tsari Chu. Notez deux ponts dans l’image du bas | Vinayak Bhat

Un nouveau pont a été également construit non loin de l’ancien pont et la route améliorée pour tous les temps et pour supporter une lourde densité de circulation.

De Récentes incursions

En 2017, particulièrement après le conflit du Doklam, la Chine a amélioré ses infrastructures dans la zone.

Le principalement poste militaire comporte au moins 10 baraquements en plus des anciens bâtiments en forme de C. Un petit générateur hydro-électrique a été installé pour fournir l’électricité à l’ensemble du complexe. Une nouvelle surface d’entraînement a été créée.

L’image satellite du 27 février 2018 montre une amélioration de la route et beaucoup de nouveaux bâtiments pour des véhicules ont été observés.

Les rives ont été alignées avec du béton et un revêtement en pierre pour éviter l’érosion et renforcer la route pour qu’elle supporte des poids plus grands.

poste du bataillon. Remarquez la petite jetée sur la rivière – peut-être un revêtement pour évite l’érosion du sol | Vinayak Bhat

Une nouvelle route d’environ 1,5 Km est en cours de construction entre la rivière et l’avant-poste 500 m au-dessus. Au 27 février 2018, est une route pour jeep qui sera sans doute prochainement recouverte d’asphalte.

 

Cette image du 27 Février 2018 montre une route en construction dans le coude de l’étroite vallée. En bleu, un avant-poste de l’armée de libération du peuple | Vinayak Bhat

De nouvelles constructions, débutées en juillet 2017, ont été observée vers le poste du bataillon. Certaines de celles-ci semblent être en partie souterraine.

L’Armée de libération du peuple semble s’être ancrée profondément dans le territoire indien.

ajouts au camp du bataillon en 8 mois. Pas d’activité en mars 2017, déforestation en avril 2017, début probable de la construction en octobre 2017 et fin en février 2018 | Vinayak Bhat

Conclusion

La vieille politique chinoise de grignotement, qui est très efficace en mer méridionale de Chine, est aussi employée dans la région himalayenne par l’Armée de libération du peuple.

L’Inde ne peut simplement pas se permettre d’être complaisante. Elle doit intensément développer cette région frontalière avec de meilleures infrastructures et des facilités logistiques.

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