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19/05/15 | 10 h 18 min

Ingérence chinoise en mer de Chine méridionale : statu quo entre diplomates

La Chine s'irrite de ce qu'elle perçoit comme une ingérence américaine dans la région. PHOTO Saul Loeb, REUTERS

La Chine s’irrite de ce qu’elle perçoit comme une ingérence américaine dans la région.
PHOTO Saul Loeb, REUTERS

Commençons par les enjeux :

Derrière les tensions en mer de Chine, un double enjeu pétrolier

Le blog Pékin-Business 
Jean-François Dufour  |   –  839  mots
Les tensions entre Beijing et Washington, à propos d’îlots de la Mer de Chine du sud, sont liées à la présence de pétrole dans la région. Mais aussi au fait qu’ils contrôlent une route stratégique pour les importations pétrolières chinoises.

La montée de la tension entre Beijing et Washington à propos des îles Spratley, en Mer de Chine du Sud, intervient après que la Chine a dépassé les Etats-Unis comme premier importateur mondial de pétrole en avril. Par-delà le hasard de calendrier, les ressources en hydrocarbures de la zone et la sécurisation des importations pétrolières de la Chine, sont au cœur de la question.
Les échanges fermes entre le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, le week-end dernier à Beijing, sont venus souligner la tension à propos des îlots Spratley – ou Nansha (« [bancs de] sables du Sud ») en chinois.
Aux Etats-Unis, qui lui reprochent d’attiser les tensions régionales en construisant des infrastructures portuaires et aéroportuaires sur ces récifs disputés, la Chine a répondu qu’elle agissait dans son « périmètre de souveraineté ».

Revendications concurrentes

La définition de cette souveraineté, englobant des îlots situés à 1.100 kilomètres de Hainan, la grande île qui constitue la plus méridionale des provinces chinoises, pose bien sûr problème aux autres pays riverains de la Mer de Chine du Sud, dont les propres revendications sont en concurrence avec celles  de Beijing.
Ilots minuscules, les Spratley sont dangereusement surpeuplés sur un plan militaire : le Vietnam en occupe ou contrôle une vingtaine, la Chine et les Philippines chacun une dizaine, la Malaisie quatre, le sultanat de Brunei deux et Taiwan un. Et si les infrastructures chinoises construites aujourd’hui focalisent l’attention, elles ne sont pas seules : Taiwan, la Malaisie et le Vietnam y disposent d’aéroports accueillant des appareils de transport pour le ravitaillement ;  les Philippines ont décidé en 2014 d’y réhabiliter une ancienne piste.

Potentiel pétrolier

La principale motivation de ces revendications concurrentes concerne les ressources en hydrocarbures de la Mer de Chine méridionale. Paradoxalement, leur mesure est sujette à une énorme incertitude. Les estimations américaines évoquent ainsi quelque 1,5 milliard de tonnes de pétrole sous la Mer de Chine du Sud – une quantité non négligeable, mais qui ne correspond guère qu’à trois années de consommation pétrolière chinoise au rythme actuel.
Mais les estimations chinoises sont radicalement différentes : diverses sources (compagnies pétrolières et ministères) avancent des chiffres de dix à trente fois plus élevés, puisqu’ils vont de 17 à 50 milliards de tonnes de pétrole récupérables.

Investissement chinois

La Chine accorde en tout cas suffisamment d’importance au potentiel pétrolier de la Mer de Chine du Sud pour avoir investi dans sa première plate-forme de forage en eaux profondes, qui y est déployée depuis 2012.
CNOOC 981, opérée par le groupe pétrolier chinois spécialiste de l’offshore, dispose de capacités de forage, jusqu’à 3.000 mètres de fond, destinées à ces zones contestées de la Mer de Chine du Sud, au-delà des zones relativement proches des côtes nationales auxquelles les précédentes plates-formes chinoises étaient cantonnées.
Les premiers essais au large de Hongkong avaient suscité des incidents sérieux avec le Vietnam en 2014, à l’occasion de son déploiement au sud des Paracel (Xisha en chinois) – l’autre archipel disputé de la région, situé plus au nord (et 300 kilomètres au sud des côtes chinoises).

Route stratégique

Quelles que soient les ressources réelles de la Mer de Chine du Sud, une autre motivation intervient dans la démarche de Beijing.  Cette mer est en effet le point de passage obligé pour ses importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique – soit 70% de ses importations pétrolières totales aujourd’hui.
Or la dépendance aux importations pétrolières – qui ont assuré 60% de sa consommation en 2014 — est la principale vulnérabilité stratégique de la Chine. Pour la réduire, le pays a lourdement investi dans des capacités de productions étrangères, en Irak notamment. Et il lui est essentiel de sécuriser la route d’approvisionnement correspondante.

Pax Sinica contre Pax Americana

Or, à la différence des Etats-Unis, qui disposent d’une flotte de dix porte-avions, la Chine, dont la première unité est entrée en service en 2012, ne dispose pas des moyens de contrôler cette route maritime vitale pour son approvisionnement pétrolier.
Les « porte-avions fixes » auxquels ont été comparées les infrastructures construites dans les Spratley, constituent un palliatif. Ce sont les derniers éléments du « collier de perles », un dispositif (ainsi nommé en 2005 par le département d’Etat américain) visant à assurer à la Chine des points d’appui aérien et naval sur la route qui court du Golfe persique aux côtes chinoises.
L’objectif de la Chine consiste notamment à échapper à la dépendance d’une Pax Americana seule garante de la liberté de circulation maritime dans le monde. Mais la Pax Sinica que la Chine  y substituerait inquiète grandement ses voisins méridionaux, qui se tournent vers Washington.
Jean-François Dufour, Directeur, DCA Chine-Analyse


 

Publié le 16 mai 2015 à 18h19

Mer de Chine: Pékin refuse de céder aux pressions de Washington

Matthew Lee
Associated Press
PÉKIN, Chine

La Chine et les États-Unis sont restés campés sur leurs positions, samedi, concernant les revendications territoriales de Pékin en mer de Chine méridionale, le ministre chinois des Affaires étrangères ayant rejeté poliment, mais clairement les pressions de Washington en faveur d’une solution diplomatique pour apaiser les tensions dans la région.

Lors d’une conférence de presse samedi à Pékin, le ministre Wang Ji et son homologue américain, le secrétaire d’État John Kerry, ont souligné l’importance du dialogue pour résoudre les conflits territoriaux dans la région.

Mais aucun des deux hommes n’a donné de signe laissant croire qu’il pourrait céder du terrain face aux projets de réhabilitation territoriale de Pékin, qui ont alarmé les États-Unis et les pays voisins de la Chine.

Les États-Unis et la plupart des pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) veulent freiner ces projets qui, soupçonnent-ils, visent à ériger des îles artificielles et d’autres étendues de terres sur lesquelles la Chine pourrait ensuite revendiquer sa souveraineté.

M. Kerry a déclaré que l’administration Obama s’inquiétait du rythme et de l’étendue des revendications territoriales de Pékin en mer de Chine méridionale.

Il a appelé le gouvernement chinois à accélérer les discussions avec les pays de l’ASEAN afin d’établir des règles pour la gestion des activités maritimes dans les zones contestées afin de «réduire les tensions et d’améliorer les chances de parvenir à une solution diplomatique».

M. Wang a indiqué que même si la Chine était prête à discuter, elle ne reculerait pas sur la construction d’îles qui, a-t-il dit, «s’inscrit entièrement dans le cadre de la souveraineté chinoise».

Il a affirmé que la détermination de la Chine à préserver sa souveraineté et son intégrité territoriale était «solide comme un roc» et «inébranlable».

Le ministre a ajouté que les divergences entre les États-Unis et la Chine pouvaient être gérées «tant que nous évitons l’incompréhension et, plus important encore, les erreurs de jugement».

Les revendications territoriales de la Chine et ses projets de réhabilitation de terres contestées ont ébranlé la région des îles et des récifs de la mer de Chine méridionale, revendiqués par cinq autres pays.

Les activités chinoises dans le secteur ont mené à des affrontements, des manifestations nationalistes et des crises diplomatiques parfois très tendues.

Les États-Unis affirment ne pas vouloir prendre position sur les revendications territoriales, mais insistent sur le fait que celles-ci doivent être négociées.

Washington estime également que la sécurité maritime et l’accès à certaines des routes de transport commercial les plus fréquentées du monde sont une question de sécurité nationale pour les États-Unis.

La Chine, pour sa part, s’irrite de ce qu’elle perçoit comme une ingérence américaine dans la région et veut négocier individuellement avec les pays de l’ASEAN.