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12/06/18 | 12 h 20 min par Kevin Carrico / traduction FranceTibet

Les ingérences chinoises ne s’arrêteront pas à Qantas ! Comment les sociétés libres devraient-elles répondre ?

Si le Guardian relaie les inquiétudes d’un universitaire australien, suite à la décision de la compagnie aérienne Qantas de céder aux pressions chinoises de réécriture géo-politique, c’est que la British Airways y a cédé aussi. Nous relayons à notre tour ces inquiétudes, et adjonctions aux gouvernements démocratiques, car Air France a également cédé. C’est aussi parce que l’Australie est touchée de plein fouet par l’ingérence chinoise.

Il est évident que des entreprises ne veulent pas perdre leur marché chinois, que les chartes de ces entreprises sont plus écritures qu’actions. Au contraire, un pays se construit sur des engagements et l’application de ses lois sur un plan multilatéral : civil, santé, travail, économie, écologie (agriculture, littoral, alimentation), sécurité. Quand un pays décide de l’équilibre de ces champs, il est de son devoir de ne pas en favoriser un. Plus encore, cet état devrait rappeler ses règles à « ses » entreprises, surtout quand elles le représentent dans le monde. La question est donc de savoir si le gouvernement français reconnaît les présents statuts de Taïwan et de faire appliquer sa vision aux entreprises.

De plus, il ne s’agit pas que de Taïwan. En effet, la Chine cherche à élargir ses frontières par la réécriture, la terraformation, la sinisation et la militarisation : le Cachemire, l’Arunachal Pradesh, le Doklam et les territoires maritimes ; la suite logique d’un impérialisme nationaliste qui s’était approprié en une autre époque une partie de la Mongolie, du Xinjiang et tout le Tibet (sauf les parties aujourd’hui en Inde).

Commentaire du Bureau

Bonne lecture

Ainsi, la rapide croissance économique de la Chine modifie le contenu des discours dans le monde entier que ce soit dans le commerce, le milieu universitaire ou la politique.

 

‘On Monday, the 29th anniversary of China’s violent suppression of protests in its capital, news broke that Qantas would also be editing its website to re-label “Taiwan” as “Taiwan, China.”’

« Lundi, lors du 29ème anniversaire de la violente répression de la manifestation dans sa capitale, on apprenait que Qantas remplacera « Taïwan » par « Taïwan, Chine » dans son site internet. » Photographe : Saeed Khan/AFP/Getty Images

En avril 2018, la régulation chinoise des vols a posé un ultimatum à plus de 40 compagnies aériennes dans le monde pour qu’elles modifient le contenu de leur site internet. L’erreur supposée de ces compagnies : ne pas décrire l’île auto-gérée et démocratique de Taïwan comme faisant « partie de la Chine ». Qu’importe que Pékin n’ait jamais exercé sa souveraineté sur Taïwan : beaucoup d’entreprises se sont immédiatement soumises au caprice chinois.

D’autres, comme Qantas, n’ont pas immédiatement répondu. Mais le lundi 4 juin, 29ème anniversaire du massacre de Tiananmen, on apprenait que Qantas allait renommer sur son site internet « Taïwan » en tant que « Taïwan, Chine. »

Qantas plie l’échine face au souhait de la Chine de faire référence à Taïwan comme un territoire sous sa dépendance.

Une certaine ironie réside dans ce rapide changement d’étiquetage de Taïwan par les compagnies aériennes du monde entier. En fait, durant les dernières décennies, la politique chinoise vis à vis de Taïwan n’aurait pas pu échouer à ce point, à tel point qu’à ce jour Taïwan et la Chine ne peuvent pas être plus éloignées.

Quand Taïwan élit des présidents pro-indépendants, tel l’actuelle présidente Tsai Ing-Wen, Pékin répète sans arrêt ses menaces et cherche à isoler Taïwan, même en bloquant sa participation à l’organisation mondiale de la santé. Et quand Taïwan élit des présidents plus conciliants envers la Chine, comme l’ancien président Ma Ying-jeou, Pékin et ses alliés promeuvent une politique qui effacerait les statuts d’indépendance de l’île. Tel fut le cas  en 2014, lorsqu’ une coalition de groupes d’étudiants et de civils a occupé le Parlement pour protester contre un traité commercial bilatéral qui aurait rendu Taïwan économiquement dépendant de la Chine.

Sans surprise, au milieu des changements politiques entre  bâtons et autres bâtons déguisés en carottes, l’opinion publique taïwanaise est de plus en plus opposée à Pékin et en particulier à sa vision de la « sinitude ». Un sondage d’avril 2017 où 80 % de Taïwanais ont répondu pour 13 % de Chinois, seuls 12 % des Taïwanais étaient pour l’unification avec la Chine, un but que Pékin voit comme sa « mission sacrée » et urgente.

Ayant tout à fait échoué à conquérir les esprits et les cœurs de Taïwan, et incapable d’une annexion militaire, Pékin s’est concentré ces derniers mois à développer les intrigues auprès des quelques alliés diplomatiques de Taïwan et à faire pression sur les entreprises travaillant avec l’ île pour qu’elles la mentionnent comme partie  de la Chine. Cette approche s’est largement révélée une réussite. Peu de compagnies aériennes desservant la Chine ont émis des oppositions. En conséquence, Pékin a principalement produit son palimpseste géo-politique hors de ses frontières, nous rendant tous ses complices.

Plutôt que de changer son système politique, comme beaucoup le croient, la rapide croissance économique de la Chine modifie plutôt les discours internationaux dans les champs du commerce, des universités et de la politique.

Le site internet Flight Centre website déclare « La pression chinoise ne nous met pas au tapis »

C’est en effet un non-sens orwellien, comme le déclara dans un communiqué de presse la Maison Blanche, mais un non-sens orwellien sans précédent : où un système politique opaque déploie sa puissance économique dans le Marché libre pour soumettre les pays démocratiques à renoncer à leurs idéaux de libre expression et de soutiens aux autres démocraties.

De tels défis ne s’arrêteront pas avec Qantas. Alors que le système politique chinois devient de plus en plus répressif et ses ingérences à l’étranger de plus en plus agressives, les sociétés libres ont besoin de développer une réponse efficace à ces défis. Le consentement  à l’effacement d’un allié démocratique, soyons clair, ne peut-être qualifié de réponse efficace.

• Kevin Carrico est conférencier en études chinoises à l’Université Macquarie de Sydney, Australie.