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30/12/18 | 18 h 46 min par Nick Hawkins, traduction France Tibet

Inondations et glissements de terrain au Tibet : pourquoi ?

 

Village de Bolo, périphérie de l’agglomération de Chamdo, à l’est du Tibet dans le comté de Jomda, le flanc montagneux s’est écroulé dans la rivière Drichu, formant un barrage ayant donné naissance à un lac long de 5 Km pour une largeur de 200m et une profondeur de 70 m. Deux villages ont été engloutis et leurs 13 600 habitants évacués, un « moindre mal » considérant les dommages si le barrage improvisé de pierre se serait affaissé. 11 000 personnes du Sichuan voisin ont été également déplacés. 

Le 13 octobre, le ministère chinois de gestion des catastrophes ont annoncé qu’un autre glissement de terrain pourrait être imminent, devant la découverte d’une faille de 300m de long sur la même montagne. L’eau a été dégagée, inondant le village et le monastère de Po ainsi que des hameaux en aval, ce qui permit de sauver des vies et d’éviter des blessés. Le 14 octobre le niveau des eaux était revenu à la normale.Un second glissement de terrain se produisit le 3 novembre dans les environs de Bolo, faisant de nouveau barrage avec formation d’un lac qui inonda deux villages et une centrale hydro-électrique. Les média chinois ont reporté alors l’évacuation en 24h de 6 000 personnes. Les deux glissements de terrain et leurs inondations ont détruit 100 maisons et endommagé 1 000 autres, de plus, 8 300 personnes ont été déplacées – et bien d’autres à suivre.

Toutefois, selon les média chinois, les eaux du deuxième lac continuèrent à monter, atteignant le 11 novembre une profondeur de 55 m pour un volume de 470 millions de m³.

L’agence Xinhua a rapporté le 13 novembre l’évacuation de 67 500 personnes à l’occasion de la construction d’un tunnel de dérivation des eaux de barrage. L’article dit qu’il n’y a eu aucune conséquence négative, toutefois, de par la dérivation des eaux, le pont de la rivière Zhubalong Jinsha a été emporté au niveau de Kardze, 8 000 maisons ont été endommagées et 1 800 hectares de terres agricoles ont été inondées. Une semaine après le premier glissement de terrain sur la rivière Drichu, le même incident s’est produit sur le Yarlung Tsangpo (Brahmapoutre) non loin du comté de Menling. Les eaux se sont élevées de 40 mètres avec la formation d’un lac et 6 000 personnes ont été évacuées par prévention. Les autorités chinoises ont prévenu des risques d’inondation soudain les régions en aval, y compris l’état indien de l’Arunachal Pradesh.

Ces glissements de terrain ont un impact désastreux sur l’environnement toutefois, dans la mesure des informations fournies, il n’y a eu aucun décès. Le bien-être des habitants de ces régions et, dans la mesure du possible, la protection des propriétés sont la priorité.

Tempa Gyaltsen Zamlha, un chercheur de l’Institut de Politique Tibétaine de l’Administration Centrale du Tibet, est une référence des problèmes environnementaux du Tibet. Il a été très critique vis à vis des réponses des autorités chinoises apportées face aux catastrophes naturelles. Il considère qu’une réaction plus rapide et mieux informée aurait fourni une plus grande compréhension du problème et une aide plus rapide aux dizaines de millier de victimes. Ces évènements soulèvent nombre de questions sans réponse :

– Avons-nous des informations précises et réalistes

– Quelles sont les causes ?

– Quelles actions de prévention ?

– Quels autres menaces environnementales pèsent sur le fragile et précieux écosystème du plateau tibétain ?

Les Informations sur les glissements de terrain et sur les inondations et les évacuations qui s’en suivent proviennent des réseaux sociaux, des informations officielles chinoises et des déclarations des divers ministères chinois. Toutefois, les reportages chinois en anglais, en tibétain et en chinois peuvent varier. Les articles extérieur tel que ceux de Tibet Review, Tibet Express, Radio Free Asia et Phayul.com forment des sources secondaires. Par voie de conséquence, les détails précis, intensité et horaires de ces incidents, ne sont pas tout à fait clair.Pourquoi ces glissements de terrain se produisent et pourquoi maintenant ? Beaucoup d’habitants pensent qu’ils sont déclenchés par les activités minières et les constructions de centrales hydro-électriques. Toutefois Tempa Gyaltsen Zamlha pense que ces événements sont causés par différents facteurs : principalement un excès de constructions, de routes et de tunnels. L’organisation Free Tibet basée au Royaume-Uni rapportait le 15 octobre : « Dans le sud-ouest du plateau tibétain, la rivière Drichu est devenue un cours d’eau essentiel pour une série de projets de barrages hydro-électriques à grande échelle. Construits dans le but de faire face à la demande croissante en électricité des lointaines villes chinoises, les barrages ne bénéficient pas à la population locale de Tibétains. »

En plus de la dégradation de l’environnement et d’un exceptionnel écosystème en danger, Free Tibet cite différentes sources reportant des déplacements forcés de population pour la construction de ces barrages, ce qui représente 17 000 Tibétains expropriés ou expulsés.

D’autres facteurs à long terme et plus vastes pourraient-ils s’ajouter à ces conséquences immédiates ? Le réchauffement climatique se produit par la fonte des glaciers tibétains (la troisième source de glace sur la planète après les deux pôles) et du permafrost. Ces facteurs, avec des modèles climatiques changeants, pourraient-ils aggraver l’impact des projets de construction et d’exploitation ?terrain ne se produisent pas au moment de l’année où elles sont attendus. Ils n’arrivent pas pendant ou immédiatement après les fortes pluies de la mousson qui peuvent déstabiliser un sol gorgés d’eau, ceux-ci se produisent bien plus tard dans l’année.

Les raisons de ces incidents semblent fortement complexes et il serait pertinent que les autorités chinoises déploie des experts et des ressources pour rechercher et comprendre les causes et établir des moyens de prévention.

Le changement climatique est inévitable, il élève la température et baisse la couverture neigeuse du plateau tibétain, ce qui pourrait mener vers encore d’autres catastrophes naturelles tels des feux de forêts et les problèmes qui leur seraient liés : endommagement de la vie et de la propriété, pollution, déforestation, érosion, dégradation des cours d’eau, menace des espèces animales et végétales… M. Gyaltsen argumente donc pour l’adaptation à ces changements et l’atténuation des effets négatifs à travers une compréhension scientifique, une politique d’éducation publique, une modification des techniques de construction dans le contexte d’un développement soutenable et sensible, ce qui doit être adopté dans un programme politique majeur et prioritaire du gouvernement chinois.

Sans ses actions, les dramatiques glissement de terrain des dernières semaines pourraient être simplement un avant-goût des catastrophes naturelles à venir sur le plateau Tibétain, inestimable par son unicité.

 

Pas de mort sur les inondations sus-citées, mais pas cet été où 11 morts ont été dénombrés :

Catastrophes naturelles au Tibet : la nouvelle norme ?