L’Inde et la Nouvelle-Zélande viennent d’octroyer un statut « d’entités vivantes » à quelques uns de leurs fleuves et rivières sacrés, dont le Gange.

L’Euphrate, le Tigre, le Nil, le Mékong… Depuis des millénaires, les grands fleuves mondiaux sont sacrés. Certains, dans les cultures animistes, sont habités par des divinités, d’autres, sont considérés comme des êtres vivants à part entière. Désormais, ils le sont aussi, pour certains, aux yeux de la loi.

 L’Inde et la Nouvelle-Zélande viennent en effet d’accorder à trois cours d’eau un statut juridique à quelques jours, hasard du calendrier, de la journée mondiale de l’eau.
 Aux yeux de Wellington, c’est le Whanganui qui est désormais « une entité vivante » tandis qu’en Inde ce statut vient d’être accordé au sacro-saint Gange et à l’un de ses affluents, la rivière Yamuna.

L’Etat accède aux demandes des populations

Dans un décret publié lundi, la haute cour de l’Etat himalayen de l’Uttarakhand (au nord du pays) a annoncé que ces deux cours d’eaux, où les hindous vont pratiquer des ablutions, seraient désormais considérés comme des « entités vivantes ayant le statut de personne morale » et les droits afférents.

« La situation requiert des mesures extraordinaires pour préserver et conserver ces rivières », a indiqué la justice pour justifier sa décision. Un comité, destiné à porter la voix du fleuve et de son affluent, verra le jour d’ici trois mois.

En Nouvelle-Zélande, c’est le Parlement qui s’est saisi de l’affaire et a accédé à la demande de la tribu maorie Iwi, qui vit à proximité. Depuis 1870, ces derniers réclamaient un statut pour préserver ce fleuve de 290km, qui coule sur l’île nord du pays. Pour représenter légalement le fleuve devant les cours de justice – un peu comme des tuteurs, un membre du gouvernement et un autre issu de la tribu seront désignés prochainement, révèle le journal Le Monde.

Les membres de la communauté seront considérés comme des « gardiens du fleuve ». En dédommagement pour le préjudice subi, ils ont également perçu 52,2 millions d’euros en guise de réparation pour les activités menées jusqu’ici sur le Whanganui.

Renforcer les droits des fleuves pour mieux les protéger

Outre un important volet cultuel, c’est aussi, de la part de la Cour indienne et du Parlement Néo-Zéolandais, une prise de position écologique. Les Iwis ont en effet perçu près de 20 millions d’euros pour améliorer l’état du cours d’eau. Charge à eux d’en assurer une part de la dépollution.

En Inde, on espère que la reconnaissance du Gange et de la rivière Yamuna comme entité vivante permettra de responsabiliser la population vis-à-vis de l’environnement. Une pareille décision permettra également de saisir la justice et de punir les pollueurs, qu’ils soient des particuliers ou des entreprises.

En dépit des nombreuses tentatives du gouvernement indien pour l’assainir, le Gange demeure l’un des fleuves les plus pollués du monde. Eaux domestiques, métaux lourds, polluants chimiques, carcasses d’animaux et corps humains y sont chaque jour déversés.

@agathe_mercante