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27/10/19 | 22 h 02 min par Frédéric Lemaître

La Chine bloque le quart des médias étrangers présents sur son territoire

Le New York Times, la BBC, le Guardian, le Washington Post, Reuters, El Pais, The Hindu, le Spiegel, The Economist, Le Monde, Libération, Radio France internationale… Près d’un quart des médias étrangers présents en Chine ne peuvent pas y être diffusés. Leurs sites Internet y sont bloqués par les autorités, affirme une étude réalisée par le site GreatFire.com pour le compte du FCCC, le club des correspondants étrangers.

Selon le ministère des affaires étrangères chinois, 536 journalistes étrangers sont accrédités dans ce pays, dont 431 à Pékin. Ces journalistes travaillent pour 215 médias. Or, selon l’étude, 23 % de ceux-ci sont bloqués, un chiffre qui grimpe à 31 % pour les médias anglo-saxons.

Révélée le mardi 22 octobre, le jour même où s’achevait à Wuzhen (est du pays) la sixième conférence mondiale de l’Internet, l’étendue de cette censure peut paraître contradictoire avec l’attachement proclamé de Pékin à l’ouverture du cyberespace.

Les patrons américains absents

Prononçant le discours inaugural de ce rassemblement qui, selon les organisateurs, a réuni 15 000 personnes venues de 80 pays, Huang Kunming, responsable de la propagande au sein du comité central du Parti communiste, a déclaré que la Chine allait continuer de « promouvoir l’ouverture du cyberespace », mais pour ajouter aussitôt qu’elle allait également « défendre la sécurité du cyberespace et construire sa gouvernance internationale ».

Alors que les Chinois n’ont toujours pas accès aux géants de l’Internet américain, Facebook, Google, Wikipedia ou Twitter, les dirigeants de ces entreprises n’avaient pas fait le déplacement. Pékin qui entend « passer du statut de puissance du cyberespace à celui de grande puissance du cyberespace », selon le dirigeant, semble de ne pas s’en offusquer. « Cette conférence a montré la volonté de la Chine de créer un espace de discussion sur la gouvernance de l’Internet qui ne soit pas dominé par les Etats-Unis et donc d’espérer établir un leadership sur la question », note Séverine Arsène, chercheuse associée au Medialab de Sciences Po, basée à Hongkong.

Avec ses 854 millions d’utilisateurs d’Internet et ses géants du numérique (Tencent, Alibaba, Huawei, etc.), l’empire du Milieu estime ne plus avoir de leçon à recevoir en la matière mais être au contraire en mesure de faire prévaloir ses propres critères. Etablir, selon le président XI Jinping, « une communauté de destin du cyberespace ». Or, la Chine n’a pas davantage l’intention d’ouvrir ses frontières aux médias occidentaux qu’elle n’a eu l’intention de totalement libéraliser son économie en adhérant à l’Organisation mondiale du commerce en 2001. D’où la censure assumée des sites d’information étrangers au nom de la « souveraineté du cyberespace ».

« La liberté d’expression n’est jamais libre »

« La liberté d’expression n’est jamais libre », a théorisé, début octobre, l’influent quotidien nationaliste Global Times dans un éditorial orwellien. Mardi 22 octobre, le China Daily, quotidien en langue anglaise du Parti communiste, faisait état d’un rapport établi sur le sujet par trois think tanks chinois. Selon ces experts officiels, la souveraineté du cyberespace consiste à « faciliter un ordre international du cyberespace juste et équitable sur la base de la souveraineté nationale et construire une communauté avec un destin partagé dans le cyberespace ». En clair : être libre de refuser de l’Occident ce qui ne correspond pas aux « caractéristiques chinoises », mais profiter, notamment, du programme d’investissements lancé à travers les « nouvelles routes de la soie » pour promouvoir à l’étranger la conception chinoise du Web.

La position de Pékin n’est pas dénuée d’ambiguïtés. Ces derniers jours, la presse locale tire à boulets rouges sur Twitter, jugeant qu’il y a un « biais antichinois dans les algorithmes » du réseau social qui empêche ses utilisateurs d’« avoir une image complète de ce qui se passe à Hongkong », alors que les Chinois n’ont quasiment aucune information sur ce qui s’y joue. Une critique qui n’empêche pas les ambassadeurs chinois dans les pays occidentaux d’ouvrir depuis cet été leur propre compte Twitter.