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16/09/20 | 17 h 31 min par Benjmin Daubeuf

« La Chine est-elle en train de devenir une dictature ? ».. thème 1 du programme de première en histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP)

En quoi cet article s’inscrit-il dans le programme ?

Le thème 1 du programme de première en histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP) s’intitule “Comprendre un régime politique : la démocratie”. Il s’agit de saisir les origines historiques de la démocratie, ses facettes, mais aussi de comprendre que c’est un système politique fragile qui peut être remis en cause. Ainsi, l’axe 2 du thème s’intitule “Avancées et reculs des démocraties”.

L’article que nous allons étudier a été publié par le politologue chinois Deng Yuwen sur le site chinese.future.org. Sa réflexion constitue une introduction intéressante pour comprendre les dérives actuelles que connaît la Chine. Le numéro 1558 de Courrier international est d’ailleurs consacré à cette question, et la directrice de la rédaction, Claire Carrard, constate dans son édito que la Chine de Xi Jinping connaît actuellement “un virage politique majeur”.

Une dérive autoritaire

En République Populaire de Chine, le gouvernement est totalement contrôlé par le Parti Communiste Chinois (PCC). Il n’existe pas de réelle opposition, ni de séparation des pouvoirs. De même, les libertés sont strictement surveillées, il n’y a par exemple aucune liberté de la presse.

Nous sommes donc loin de la définition de la démocratie même si, depuis la mort de Mao Zedong en 1976, le régime s’est lentement libéralisé. Il s’est, par exemple, ouvert au commerce international, donnant naissance au concept d’“économie socialiste de marché” voulu par Deng Xiaoping.

Le “rêve chinois”

Cependant, depuis l’arrivée du nouveau président, en 2013, les espoirs de voir la Chine se démocratiser semblent s’envoler : depuis son élection, Xi Jinping exerce le pouvoir de façon personnelle et extrêmement autoritaire. Pour beaucoup, il est certainement le dirigeant chinois le plus puissant depuis Mao.

Comme le rappelle Deng Yuwen dans son article, dès son arrivée au pouvoir, Xi Jinping a axé sa politique sur l’idée du “rêve chinois”. Il s’agit pour lui d’enclencher “la grande renaissance de la nation chinoise”. Cette ambition se fonde sur un nationalisme assumé et incarné par le président. “Comme, selon lui, ce rêve concentrait les aspirations de plusieurs générations de Chinois, il était lui-même l’incarnation des intérêts de la nation chinoise, et constituait l’espoir commun aux fils et filles de la Chine”, explique le politologue.

Du nationalisme à l’étatisme

Pour Deng Yuwen, le nationalisme du “rêve chinois” promu par Xi Jinping s’est cependant transformé en un étatisme autoritaire, réduisant encore les libertés et les aspirations à la démocratie : “Ce que l’on entend par ‘étatisme’ du Parti communiste chinois, c’est le fait de se servir d’un discours nationaliste pour faire passer la domination du PCC sur la société chinoise pour l’intérêt de l’État-nation”.

En d’autres termes, les dérives vers l’autoritarisme et la répression contre les opposants au régime se justifieraient car elles serviraient l’intérêt national avant tout. Ainsi, depuis la réforme constitutionnelle de 2018, le président Xi Jinping peut désormais conserver le pouvoir à vie, et plus aucun membre du parti ne peut s’opposer à lui.

Grâce à sa politique expansionniste, en mer de Chine, par exemple, ou à son duel avec l’Amérique de Donald Trump, Xi Jinping “a réussi à faire se ranger à ses côtés la majeure partie de la population chinoise”. En effet, cette politique volontariste et nationaliste laisse penser à l’opinion publique que la Chine connaît enfin une renaissance internationale.

Le président n’hésite plus à mettre en place de violentes politiques répressives à l’égard de minorités qui pourraient contester le pouvoir central : des camps d’internement contre les minorités musulmanes ouïgoures dans le Xinjiang, la répression policière à Hong Kong, ou encore les menaces contre Taïwan, que Pékin refuse toujours de reconnaître comme État souverain.

Comme le montre très bien l’article de Deng Yuwen, l’idéologie étatiste qui se met en place au nom du nationalisme est ainsi en train de modifier la nature profonde du régime chinois. La renaissance du “rêve chinois” passe par un autoritarisme renforcé qui se traduit par de graves menaces sur les droits de l’homme et les libertés en Chine.

Chaque semaine, Benjamin Daubeuf, enseignant en histoire-géographie au lycée Val-de-Seine du Grand-Quevilly, commente un article (ou plusieurs) de Courrier international en rapport avec les programmes de sa discipline. Cette semaine : la dérive autoritaire du président chinois Xi Jinping.