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25/03/19 | 17 h 36 min par François Lenglet

« La Chine est repartie dans les stupidités de la propagande maoïste », estime Lenglet

Avant, la Chine était considérée comme un partenaire de la France. Mais depuis peu, le pays semble avoir pris un visage beaucoup plus menaçant.

Xi Jinping, le président chinois est arrivé en France pour une visite officielle, mais le regard que nous portons sur la Chine a changé. Il s’est complètement transformé dans les derniers dix-huit mois.

Auparavant, les Chinois étaient perçus comme, globalement, du même camp que nous. Comme une nation raisonnable, pacifique et favorable à l’économie de marché. Un partenaire en somme. Avec, en plus, des opportunités économiques considérables, celles du plus grand marché du monde, sur lequel tous les Européens voulaient prendre des positions. Et voilà que depuis peu la Chine semble avoir pris un visage beaucoup plus menaçant. Désormais, la Chine fait peur.

Qu’est-ce qui explique ce retournement ? Avec Xi Jinping, le pays a changé. Il est reparti dans le culte de la personnalité et les stupidités de la propagande maoïste. Une application pour smartphone est par exemple diffusée par dizaines de millions d’exemplaires à la gloire de Xi Jinping, de son histoire et ce qu’on appelle de façon un peu outrancière ses pensées…

La Chine exprime son désir de dominer

Ensuite, la Chine est devenue arrogante, car elle est désormais consciente de son poids et de son succès économique. Et enfin, c’est un changement majeur, elle exprime le désir de dominer. Dominer au plan technologique, avec des avancées spectaculaires en matière d’intelligence artificielle, de télécoms, d’internet. Au besoin en rachetant des entreprises occidentales qui possèdent l’expertise, elle l’a fait en Allemagne, en mettant la main sur l’un des leaders mondiaux de la robotique, Kuka.

Dominer au plan militaire, avec une emprise croissante sur l’Asie orientale. Dominer avec de grands projets comme les nouvelles routes de la soie, un gigantesque plan d’infrastructures pour relier la Chine à la Méditerranée et à l’Atlantique, qui est une sorte de toile d’araignée tissée sur la moitié du globe. Il y a une véritable stratégie de puissance qui se développe sous nos yeux.

Donald Trump ne se laisse pas faire

L’Amérique a aussi changé d’attitude. Du temps d’Obama, c’était la passivité, la politique de l’autruche. Avec Trump, tout a changé. Il n’hésite pas à entrer dans une confrontation avec Pékin, sur le plan commercial et technologique, il veut contrer l’avance chinoise. C’est peut-être dangereux, mais c’était nécessaire. Les Chinois n’entendent que le rapport de force. Tout cela provoque la réapparition d’un monde bipolaire, comme du temps de la rivalité entre les américains et les russes, chacun ayant sa zone d’influence. Une sorte de guerre froide.

Est-ce qu’on a raison d’avoir peur de la Chine ? Il faut avoir conscience que les chinois ont cet objectif de domination. Et qu’ils sont déloyaux dans leurs pratiques commerciales. Nos marchés sont grand ouverts, en particulier les marchés publics, qui comptent pour 12% du PIB européen, alors que l’équivalent en Chine est réservé aux entreprises locales. Ils subventionnent sans mesure leurs exportateurs. L’Europe se prépare à reformuler sa politique commerciale en tenant compte de cela. Se protéger contre des investissements malvenus, et fermer ses marchés s’il n’y  a pas réciprocité.

Ça veut dire être plus dur avec Pékin, ce qui pose deux difficultés. D’abord parce que l’Europe a besoin de s’associer à la Chine sur certaines questions multilatérales, le climat par exemple, face à Trump, qui a retiré les États-Unis de tout cela. Ensuite parce qu’il faudra trouver une position commune entre européens, ce qui n’est jamais facile. Déjà, 13 pays européens, c’est-à-dire presqu’un sur deux, ont signé avec Pékin un accord pour participer aux nouvelles routes de la soie, souvent contre espèces sonnantes, trébuchantes et chinoises. Le dernier pays en date à l’avoir fait est l’Italie, la semaine dernière.