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27/12/18 | 20 h 26 min

« La Chine, puissance impérieuse »

Chinese President Xi Jinping, bottom row center, speaks during a conference to commemorate the 40th anniversary of China’s Reform and Opening Up policy at the Great Hall of the People in Beijing, Tuesday, Dec. 18, 2018. China will never seek hegemony, President Xi Jinping said Tuesday as global concerns persist over the country’s growing economic influence. (AP Photo/Mark Schiefelbein)

Editorial. Quarante ans après son ouverture à l’économie de marché, le pays dirigé par Xi Jinping est devenu une grande puissance face à laquelle l’Occident peine à se positionner.

Editorial du « Monde ». En décembre 1978, les dirigeants chinois, sous la conduite de Deng Xiaoping, décidaient d’ouvrir leur pays sur le monde et d’adopter la plupart des règles de l’économie de marché. Quarante ans plus tard, le succès de cette véritable révolution culturelle est tel qu’il inquiète jusqu’au président des Etats-Unis.Il y a quarante ans, les Chinois vivaient très majoritairement dans les campagnes et sous le seuil de pauvreté. Aujourd’hui, la majorité d’entre eux résident en ville et plusieurs centaines de millions de Chinois disposent d’un niveau de vie qui n’a plus rien à envier à celui des Occidentaux. Grande gagnante de la mondialisation, la Chine, membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis 2001, est devenue, avec la bénédiction de l’Occident, l’usine du monde, puis le principal marché du monde pour nombre de produits.

Les dirigeants chinois peuvent donc être fiers du chemin parcouru et l’on comprend que le président Xi Jinping en ait, le 18 décembre, dressé un bilan flatteur. Alors que l’autre grande puissance communiste, l’Union soviétique, s’effondrait et que certains prédisaient la victoire de l’Occident par KO idéologique, la Chine prenait son envol.

La leçon du maoïsme

Or, contrairement à ce qu’ont cru les Occidentaux, celle-ci ne s’est pas démocratisée. En 2012, le pouvoir, corrompu et divisé, a semblé débordé par une société civile en plein bouillonnement, grâce notamment aux réseaux sociaux. A ce moment-là, il vacille et paraît à beaucoup sur le point de s’effondrer. Mais c’est l’inverse qui se produit, sous la férule de son nouveau « timonier », Xi Jinping. Celui-ci a retenu la double leçon du maoïsme et du risque mortel qu’il y aurait à s’en émanciper : à tous les niveaux, la Chine doit être contrôlée par un Parti communiste dirigé d’une main de fer. « Le grand drapeau du socialisme flotte toujours sur la terre chinoise », a-t-il rappelé le 18 décembre.

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L’Occident ne doit pas s’y tromper. Ce drapeau, Xi Jinping espère bien le hisser au-delà des frontières. La priorité accordée au développement a pour but d’« accroître la puissance globale de la Chine », car « un grand pays comme le [leur] mérite de grandes ambitions », a-t-il rappelé. En 2017, Xi Jinping a promis une « nouvelle ère », nous y sommes.

Le défi pour l’Occident est immense. Croire que la démocratie constitue le stade ultime et en quelque sorte naturel du développement a été une erreur. Au contraire, XI Jinping tente de convaincre ses concitoyens de la logique inverse : c’est parce que la Chine n’est pas une démocratie qu’elle a pu se développer si rapidement et les faire sortir de la pauvreté. Et il utilise, non sans succès, le même argument auprès des pays d’Asie, du Proche-Orient, d’Afrique, voire d’Europe, qu’il attire sur ses « nouvelles routes de la soie ».

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L’histoire est loin d’être écrite. La Chine reste un pays corrompu, ses élites envoient, dès qu’elles le peuvent, argent et famille à l’étranger, et la situation économique est sans doute moins brillante que les statistiques officielles ne l’indiquent. Par ailleurs, avec son régime autoritaire et la surveillance orwellienne de sa population, la Chine inquiète autant qu’elle séduit et, dans un certain nombre de pays, les électeurs sanctionnent les dirigeants qu’ils jugent trop proches de Pékin. Reste que l’Occident est pour le moment incapable de tirer les conséquences de la montée en puissance accélérée de ce nouveau rival. Il y a pourtant urgence.

Le Monde

image : Le président Xi Jinping, (en bas au centre) lors de son discours pour le quarantième anniversaire de l’ouverture de la Chine à l’économie de marché, à Pékin, le 18 décembre. Mark Schiefelbein / AP

Par Le Monde Publié le 21 décembre 2018 à 10h23 – Mis à jour le 21 décembre 2018 à 10h23