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07/10/19 | 19 h 16 min par Sylvain Tesson et Bernard Lehut

« La panthère des Neiges » : Sylvain Tesson se confie sur RTL : « Nous avons renoncé à la patience »

"La Panthère des neiges" de Sylvain Tesson

En librairie ce 10 octobre 2019

 » Elle circule dans la neige, vit dans la neige, c’est un animal de la difficulté, de la difficulté d’être « . L’écrivain-voyageur Sylvain Tesson s’est rendu aux confins du Tibet en compagnie d’un ami photographe, Vincent Munier, pour une traque palpitante, pacifiste, d’un félin rare : la panthère des neiges.

Au cours de son expédition, l’écrivain l’aura vue quatre fois. Une apparition presque divine d’un grand carnassier dont on ne compte plus que quatre ou cinq mille spécimens dans le monde. Pour l’écrivain, le souvenir le plus marquant reste bien évidemment la première rencontre. « Quand tout à coup, par la grâce du hasard, par la récompense de votre patience, soudain surgit la bête… C’est quasiment sacré et cela vous rend modeste« , confie-t-il.

La panthère des neiges est à la fois un récit d’aventure et une quête spirituelle. « La panthère m’a évidemment appris que le monde était beau, que le monde était en sursis et que le monde était menacé », nous raconte Sylvain Tesson. « Mais l’attente de la panthère, qui a constitué quand même la plus grande proportion de ce séjour, m’a appris les vertus de l’attente, de l’affût, et de cette chose magnifique qui consiste à espérer quelque chose dont on n’est pas sûr de la venue. »

Un bébé panthère des neiges et sa maman le 30 juin 2006 au Parc Zoologique de Doué-la-Fontaine
Un bébé panthère des neiges et sa maman le 30 juin 2006 au Parc Zoologique de Doué-la-Fontaine Crédit : FRANK PERRY / AFP

Pourtant, l’écrivain nous confie ne pas avoir une nature patiente. Celui qui a passé sa « vie à courir autour du monde » dresse un triste constat sur notre rapport avec la nature : « Il y a quelque chose de très anti-moderne dans l’affût. Parce que nous vivons dans une époque où nous voulons, par un claquement de doigt, posséder tout, tout de suite […] nous avons renoncé à la patience, nous vivons dans l’ère de l’accélération absolue, tout doit être rapide »

Plus qu’un plaidoyer écologique, Sylvain Tesson a « essayé de dire que le monde était d’une complexité biologique extraordinaire ». »Le monde est un miracle et nous sommes incroyablement inconséquents à son égard », poursuit-il, « on se persuade qu’il faut augmenter la réalité, qu’il faut prolonger la vie de l’Homme, qu’il faut aller découvrir Mars, qu’il faut s’entourer d’écran (…) nous sommes fous« . « Nous avons un comportement d’enfants gâtés devant un trésor », conclut-il. 
Image : Le passionnant voyage de Sylvain Tesson au Tibet est à découvrir dans La panthère des neiges, publié ce jeudi 10 octobre chez Gallimard..

@Gallimard

édité par Maria Aït Ouariane

Dans les Echos  :

Sylvain Tesson et la panthère des neiges

Thierry Gandillot / Chef de service |
Au cours de ce voyage, Sylvain Tesson a appris à regarder autrement, à voir l\'invisible…
Au cours de ce voyage, Sylvain Tesson a appris à regarder autrement, à voir l’invisible… © AFP

Il ne reste que cinq mille panthères des neiges, une espèce menacée de disparition. La bête, presque impossible à approcher, vit à cinq mille mètres d’altitude entre la Mongolie et le Tibet, par des températures de -30 à -40 degrés. Sylvain Tesson est allé à sa rencontre. Sans savoir si elle daignerait lui apparaître.

Si Sylvain Tesson s’est retrouvé au Tibet à 5.000 mètres d’altitude par -35°, c’est la faute au blaireau des Vosges. Photographe animalier de renom, Vincent Munier propose un jour à l’écrivain voyageur un billet pour l’immobilité. « Tapi dans les orties, j’obéissais à Munier : pas un geste, pas un bruit. Je pouvais respirer, seule vulgarité autorisée. […] Etais-je devenu un coeur paisible ? Je ne me reconnaissais pas ! Jusqu’alors, j’avais couru de la Yakoutie à la Seine-et-Oise, obéissant à trois principes : l’imprévu ne venant jamais à soi, il faut le traquer partout ; le mouvement féconde l’inspiration ; l’ennui court moins vite qu’un homme pressé. »

L’initiation à l’affût avec blaireau fut suffisamment probante pour que Munier propose à Tesson de passer à l’étape supérieure : « Il y a une bête au Tibet que je poursuis depuis six ans. Elle vit sur les plateaux. Il faut de longues approches pour l’apercevoir. J’y retourne cet hiver, je t’emmène. – Qui est-ce ? – La panthère des neiges. – Je croyais qu’elle avait disparu. – C’est ce qu’elle fait croire. » Sur la foi de ce dialogue elliptique, l’escaladeur de cathédrales boucle son sac pour le haut plateau du Chang Tang.

Avec le fol espoir de voir l’invisible.

ENERGIE VAGABONDE

Mais en attendant, Tesson et ses amis – ils sont trois à l’accompagner – font un « petit » détour par l’ouest tibétain. « On rejoindra l’axe routier Golmud-Lhassa, on gagnera le bourg de Budong Qan, le long de la voie ferrée et ensuite, on foncera vers l’ouest au pied des Kunlun jusqu’à la ‘vallée des yacks’ ». Le type t’explique ça comme d’autres comment changer à Réaumur-Sébastopol. Tesson a le droit de prendre des notes mais pas de nommer les lieux afin de ne pas fournir d’indications aux braconniers qui traquent ce sublime animal, difficilement approchable, dont il ne reste que cinq mille individus environ disséminés entre la Mongolie et le Tibet.

Malgré sa chute et ses séquelles au dos qui l’obligent à alléger son sac, Tesson n’a rien perdu de son énergie vagabonde. Mais avec Munier, il a appris à regarder autrement. C’est un régal de passer des heures, immobile, à observer tout un monde dont on ne soupçonnait même pas l’existence. Sous les yeux de celui qui sait voir, la faune se révèle dans toute sa splendeur, son indolence ou sa brutalité. Quant à Sa Majesté, la panthère des neiges, elle apparaîtra quand elle voudra. Si elle le veut.

Sylvain Tesson à l’affût de la Panthère des Neiges au Tibet

Ecrivain voyageur, grimpeur aventurier, philosophe des terres hostiles… Difficile de mettre Sylvain Tesson dans une case tant son profil ne s’y prête pas. Cet automne, il est de retour en librairie avec La Panthère des Neiges aux Editions Gallimard. L’histoire d’un voyage atypique en quête d’une « ombre magique ». L’auteur a suivi le photographe animalier Vincent Munier sur les hauts plateaux tibétains. A 4.000, parfois 5.000 mètres d’altitude, ils ont cherché à la retrouver. La Panthère des Neiges. Cet animal de légende se fait discret. Peu de naturalistes ont eu la chance de croiser sa route.

En partant pour le Tibet, Tesson et son acolyte auraient tout aussi bien pu rentrer bredouille. Mais l’animal en a décidé autrement. Il n’a pas été surpris, il a accepté de se montrer. Des heures, des jours entiers à l’affût, dans le froid et le silence, à attendre que l’animal choisisse de passer par là. On ne dénombre que quelques milliers de spécimens de cette bête mythique, répartis sur des milliers de kilomètres dans les montagnes d’Asie centrale, certains coins de Sibérie et au cœur de l’Altaï. La chance entre donc aussi un peu en jeu…

Sylvain Tesson affût panthère
© Vincent Munier

La quête de la panthère des neiges

Sylvain Tesson raconte donc son voyage, plusieurs semaines d’exploration sur les hostiles plateaux du Tibet. Sans se départir de son humour, il décrit l’attente et les quelques apparitions animales, venues récompenser la patience. Les pentes désertiques qui se révèlent finalement bien vivantes dès lors qu’on prend le temps de les observer. Et ce visage félin, qui rappelle à Tesson un être cher récemment disparu…

« Panthère, le nom tintait comme une parure. Rien ne garantissait d’en rencontrer une. L’affût est un pari : on part vers les bêtes, on risque l’échec. Certaines personnes ne s’en formalisent pas et trouvent plaisir dans l’attente. Pour cela, il faut posséder un esprit philosophique porté à l’espérance. Hélas, je n’étais pas de ce genre. Moi, je voulais voir la bête même si, par correction, je n’avouais pas mes impatiences à Munier ». Un grand prédateur que le pelage gris tacheté parvient à rendre presque invisible dans les rocailles des montagnes.

Avec un guide de choix…

Sans son guide, Tesson n’aurait eu aucune chance dans cet univers si âpre. Vincent Munier est l’un des rares photographes à sillonner le monde en quête de la nature la plus sauvage, bien souvent en territoires très hostiles. Ce n’était pas sa première incursion dans ces régions du Tibet. La panthère des neiges, il savait comment la chercher, quand et où elle était susceptible de se montrer. Il savait comment être au bon endroit, au bon moment. Le reste, c’est l’animal qui le décidait. A plusieurs reprises, la panthère accepta de se montrer à Munier et Tesson. Comme les loups arctiques que le photographe pistait quelques années plus tôt au Canada ou les Pétrels des neiges en Antarctique.

Au-delà des mots de Sylvain Tesson, on peut retrouver les photos de Vincent Munier dans Tibet, minéral animal aux Editions Kobalann. Dans ses carnets d’affût, intitulés Tibet, Promesse de l’invisible, Munier partage également les coulisses de ses pérégrinations tibétaines.

Illustrations © Vincent Munier – Editions Kobalann

À NE PAS MANQUER :
Les Echos

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Emission interview sur France Inter

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-10-octobre-2019