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12/08/15 | 15 h 12 min par France Tibet

La police chinoise recourt à des passages à tabac sanglants et à un décret répressif pour obliger les Tibétains à célébrer la « Journée de l’Armée »

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Les autorités chinoises de deux comtés tibétains ont fait usage de la force et de la violence de façon disproportionnée pour punir les Tibétains qui n’auraient pas organisé les festivités pour la « Journée de l’Armée Rouge à l’intention des travailleurs et des fermiers chinois ».  La ‘Journée de l’Armée’, qui correspond à l’anniversaire de la fondation de l’Armée Populaire de Libération (APL)  tombe le 1er août. Elle est célébrée tous les ans en Chine. Et 2015 marque le 88ème anniversaire de la fondation de l’APL.

Les Tibétains de Kashung dans le comté de Nangchen, ont été violemment passés à tabac par la police chinoise pour n’avoir pas organisé les célébrations selon le décret publié par les autorités gouvernementales.

Les Tibétains du secteur ont été tabassés si violemment qu’un nombre indéterminé d’entre eux souffrant de blessures pouvant s’avérer fatales a dû être hospitalisés dans différents hôpitaux du comté de  Nangchen (en chinois Nangqen) dans la Préfecture tibétaine autonome de Yushu, Province de Qinghai.

Les informations reçues par le TCHRD (Tibetan Centre for Human Rights and Democracy) révèlent que dans la nuit du 5 août 2015, des responsables locaux accompagnés d’ officiers de la Police Populaire Armée, ont attaqué les Tibétains endormis chez eux à coup de marteaux, de bâtons, de couteaux et de pierres. Il est également fait état de tirs de bombes lacrymogènes.

Les Tibétains blessés, identifiés comme Tadul, Shopel et Budar -tous du camp nomade de Sengmey, sont en cours de traitement à l’hôpital gouvernemental du comté. D’autres, souffrant de blessures  graves n’ont pu être pris en charge par l’hôpital de Préfecture et ont été transférés à Xining. Parmi eux, Adhor qui souffre de blessures graves et qui pourrait ne pas survivre au traitement.

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« Si les autorités peuvent nous tabasser à mort injustement, nous civils innocents, sans que nous leur ayons causé aucun tort, il n’y a aucune raison pour que nous ne puissions sacrifier notre vie pour nous défendre ; peu importe le nombre de passages à tabac injustes que nous devons subir, nous respecterons les principes de la loi et de la justice ; nous continuerons à protester contre l’injustice. Nous exhortons les Nations Unies et la communauté internationale à nous soutenir dans cette juste cause, » aurait proclamé un habitant de Nangchen passé à tabac,  selon une source ayant des contacts dans la région.

Dans les jours précédant les célébrations de la ‘Journée de l’Armée’, les autorités chinoises du comté de Diru (en chinois, Biru), Préfecture de Nagchu (Naqu), dans la Région Autonome du Tibet (TAR), ont publié un décret avertissant les Tibétains que le droit de récolter le précieux Yartsa Gunbu (champignon chenille) leur serait retiré pendant cinq ans s’ils ne portaient pas de vêtements ou robes bordés de fourrure animale, et ordonnant aux artistes de le faire.

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Le décret du gouvernement, connu sous le nom de « Quatre choses à faire absolument », publié le 25 juillet 2015 à Diru inclut les points suivants:

  • Obligation d’organiser des spectacles artistiques et culturels.
  • Interprétation de chants et danses sur scène.
  • Obligation pour les interprètes de porter des vêtements bordés de fourrure animale.
  • Obligation pour le public à Diru et dans les environs, de venir assister aux spectacles artistiques et culturels.

Le Yartsa Gumbu est le gagne-pain principal des Tibétains de Diru ; la décision de leur interdire le droit de le ramasser menace directement leur existence.

Pendant la cérémonie du Kalachakra en Inde du sud en 2006, le Dalaï Lama avait instamment demandé aux Tibétains de ne pas porter de vêtements bordés de fourrure animale. Les Tibétains du Tibet avaient répondu massivement à l’appel lancé par leur chef spirituel. En 2006, les Tibétains de Diru étaient sortis dans la rue pour brûler ces vêtements par défi envers le gouvernement chinois.

Au fil des ans Diru a été le siège d’importantes manifestations contre le gouvernement chinois. Le 28 septembre 2013, par exemple, pour protester contre la décision du gouvernement de hisser le drapeau rouge de la RPC sur le toit des maisons et des monastères tibétains, les Tibétains de Diru avaient enlevé les drapeaux et les avaient jetés dans la rivière. Les autorités chinoises avaient répondu à cette rébellion délibérée en envoyant la police et les militaires, et en mettant une quarantaine de Tibétains en garde à vue. Les enfants de ceux ayant un quelconque lien avec le mouvement de protestation avaient été interdits d’école, les malades s’étaient vu refuser des soins médicaux à l’hôpital, et des décrets officiels interdisant le ramassage du Yartsa Gunbu avaient été passés.

En réponse à ces mesures sévères, et pour protester contre les opérations minières de la Chine, y compris l’excavation des montagnes sacrées de Diru, plus d’un millier de Tibétains de sept à quatre-vingts ans avaient organisé une grève de la faim de 24 heures devant les bureaux du gouvernement du comté de Diru le 28 septembre 2013 aux environs de 19h.

En 2013, les autorités chinoises avaient déclaré Diru région ‘manquant de stabilité’. En conséquence, une série de mesures répressives y avait été mise en place, comme le renforcement des campagnes ‘d’éducation patriotique’ qui imposaient aux Tibétains d’assister à d’innombrables réunions. Les moyens de communications avec le monde extérieur avaient été coupés, transformant Diru en une prison virtuelle.