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01/05/15 | 8 h 41 min

La rivalité géopolitique Inde – Chine jusque dans les gravats du Népal

Nepal_village_Earthquake

Dans le district de Gurkha au Népal, près de l’épicentre du terrible tremblement de terre du 30 Avril 2015, les gens s’affairent dans leur village détruit

Analyse :

 Yves Tiberghien, qui dirige l’Institut de Recherches sur l’Asie de l’université de Colombie Britannique au Canada, pense que la reconstruction du Népal dans les années à venir sera marquée par la tension et la concurrence entre les deux puissances régionales (Wally Santana/AP) « A l’issue de la reconstruction, l’un ou l’autre aura gagné un avantage relatif par rapport à l’autre, que ce soit la Chine ou l’Inde; l’Inde va-t-elle montrer qu’elle a la capacité d’aider à la reconstruction de son voisin, et elle aussi s’occuper des infrastructures ? Ou bien assisterons-nous à la démonstration de la suprématie chinoise en matière d’infrastructure ? »

Le Népal se trouve sur la ligne de fracture entre l’Inde et la Chine. La petite nation himalayenne est à cheval sur l’endroit où la plaque tectonique du sous-continent indien passe sous celle de l’Eurasie, et ce sont les forces accumulées par ce processus qui ont été libérées lors du tremblement de terre qui a ravagé le Népal la semaine dernière et tué près de 5 800 personnes dans la capitale ou les villages éloignés.

Mais le Népal se trouve également embrouillé entre l’Inde et la Chine au sens géopolitique. Comme la chaine himalayenne elle-même, le Népal est coincé entre les deux géants qui, déjà depuis les temps de Mao et de Nerhu professent des idéologies concurrentes sur la façon de mener les parties les plus pauvres du continent asiatique vers le développement économique et politique. Personne n’a été surpris que les équipes de secours indiennes et chinoises soient les premières à atterrir à Kathmandu, signes d’un nouvel épisode de la lutte historique pour la domination de ce petit pays himalayen qui les sépare, comme pour la frontière encore disputée entre la l’Inde et la Chine au Tibet, frontière qui fut l’objet de vifs affrontements en 1962 entre les armées indiennes et chinoises.

« C’est un exemple parfait de la rivalité qui oppose les deux nations sur une frontière de 2000 Km de long » explique Joseph Caron, qui a été ambassadeur du Canada en Chine et Haut-Commissaire en Inde, une fonction qui comprend celle de représentant du Canada au Népal et au Bhutan. « C’est un match intéressant que celui entre l’Inde et la Chine ; et dans la situation actuelle, je suis certain que les autorités népalaises profitent bien des deux »

La Chine et l’Inde, qui ont débarqué des tonnes de secours d’urgence ces derniers jours, sont au premier plan des pensées de l’élite dirigeante népalaise, élite qui a un intérêt évident à jouer les deux voisins l’un contre l’autre.

Cette élite, après tout, a été déstabilisée par le massacre de la famille royale en 2001, et se retrouve dans une situation d’après-conflit depuis la fin de l’insurrection Maoiste en 2006.

Ces dirigeants, qui n’ont pas pu se mettre d’accord sur une nouvelle constitution depuis que la monarchie a été renversée en 2008, régissent un état faible, d’une faible capacité de réponse aux catastrophes, d’après Michael Hunt, de l’Ecole des Etudes Orientales et Africaines de Londres.

Le Népal a refusé l’offre de Taiwan d’envoyer une équipe de recherche et sauvetage peu de temps après le tremblement de terre, probablement par peur d’irriter la Chine ; les forces de sécurité népalaises répriment fréquemment les manifestations des quelques 20 000 réfugiés tibétains ; ces derniers redoutent l’influence grandissante de la Chine au Népal, une influence qui d’après M. Caron n’est pas des plus subtiles. Une grande partie des réfugiés qui traversent la frontière entre le Tibet et le Népal sont maintenant re-dirigés vers l’Inde, qui abrite le Dalaï Lama et le gouvernement tibétain en exil, à la consternation des autorités chinoises.

L’Inde ne voit pas le Népal comme une autre nation à majorité hindouiste comme elle, mais bien comme une partie intégrante de sa sphère d’influence en Asie du Sud – un élément important de la politique étrangère du premier ministre indien Narendra Modi étant de relancer les liens culturels et économiques avec les voisins de l’Inde réunis au sein du SAARC (Association des pays de l’Asie du Sud pour la Coopération Régionale)

Immédiatement après le tremblement de terre, M. Modi a exprimé le soutien de l’Inde au Népal sur Twitter, -on dit que c’est lui qui a appris la nouvelle au premier ministre Népalais qui était alors en voyage.

« L’Inde a longtemps fait preuve d’une attitude paternaliste envers le Népal, c’est l’Inde qui a aidé les parties à se mettre d’accord sur le traité de paix de Delhi qui a mis fin à l’insurrection maoïste. » remarque le Pr. Hutt. “Jusqu’à présent, Modi a très bien joué; la perception de l’opinion, c’est qu’il est un ami du Népal, ce qui a été apprécié, mais il est clair qu’il y a des arrière-pensées stratégiques»

Il y a aussi un raisonnement de politique intérieure pour l’Inde, pas seulement parce que les Indiens se sentent des affinités avec les Népalais, mais parce que les fervents nationalistes Hindous qui soutiennent le parti de M. Modi, le Bharatiya Janata, sont enthousiastes pour des raisons religieuses. Plusieurs jusqu’au-boutistes Hindous ont applaudi sur Twitter l’assistance indienne aux Hindous du Népal, car cette aide pourrait contrebalancer celle des groupes chrétiens ou des missionnaires qu’on suspecte fréquemment de vouloir convertir les Hindous les plus pauvres ou de basse caste.

Les années passées, la Chine a tenté de rivaliser avec cette influence ; elle a plus de ressources financières que l’Inde et a elle multiplié les dépenses d’aide bilatérale et les projets d’infrastructure au Népal, qui est la voie d’accès au Tibet la plus accessible. La Chine s’est pressée d’envoyer du matériel et des équipes de secours au Népal après le tremblement de terre.

India and China’s geopolitics at play amidst Nepal’s ruins

VANCOUVER — The Globe and Mail

Villagers move about their destroyed village, near the epicenter of Saturday’s massive earthquake, in the Gorkha District of Nepal, Thursday, April 30, 2015. Yves Tiberghien, who heads the University of British Columbia’s Institute of Asian Research, said there will be tension and competition between the two regional powers over the next few years of reconstruction in Nepal. (Wally Santana/AP)

Nepal lies quite literally on the fault line between India and China.

The tiny Himalayan nation straddles the tectonic plate beneath the Indian subcontinent and the Eurasian plate that lies below China – and it was a buildup of stress between the two that caused the devastating earthquake in Nepal last week, which has killed at least 5,800 people in the capital and remote villages.

But Nepal also finds itself jammed between India and China in the geopolitical sense. Like the Himalayas themselves, Nepal lies between the two hulking giants of Asia that, from the days of Mao and Nehru, have historically had competing ideological visions for how to lead the poorer parts of the continent toward economic and political development. It was no surprise to anyone that Indian and Chinese rescue teams were some of the first to land in Kathmandu, a continuation of a historic play for influence in a mountain kingdom that separates the two powers along a still-contested border, which, in 1962, saw fierce fighting between the Indian and Chinese armies.

“This is a perfect example of the kind of rivalry that the two are conducting along a 2,000-kilometre-long border up there,” says Joseph Caron, who served as Canada’s ambassador to China as well as its high commissioner to India, a position that also entails being the top envoy in Nepal and Bhutan. “It’s an interesting match between the two. And in the current circumstances, I trust that the Nepalese authorities are taking advantage of both of these players.”

China and India, both of which have piled tonnes of aid into Nepal in recent days, loom large in the minds of Nepal’s ruling elite, who have an obvious stake in playing its two powerful neighbours off each other. That elite, after all, was destabilized by a massacre of the royal family in 2001, and has existed in a post-conflict situation since the end of hostilities with Maoist insurgents that ended in 2006. Its rulers – who have failed to agree on a new constitution since the monarchy toppled in 2008 – preside over a weak state with little capacity to respond to disasters, according to Michael Hutt, a professor at the University of London’s School of Oriental and African Studies.

Nepal reportedly declined Taiwan’s offer of a search-and-rescue team shortly after the disaster, likely for fear of angering China. And Nepal’s security forces frequently crack down on protests by the country’s 20,000-odd Tibetan refugees, who fear China’s growing influence in the country – influence Mr. Caron says is often “not terribly subtle.” Many refugees who come across the Tibetan border with Nepal are now thought to be shunted down into India, which shelters the Dalai Lama and Tibet’s government-in-exile in Dharamsala, much to China’s dismay.

India sees Nepal not just as a similar, Hindu-majority nation, but as an integral part of its regional sphere of influence in South Asia – a key component of Indian Prime Minister Narendra Modi’s foreign policy of boosting cultural and economic ties with India’s neighbours in SAARC, the South Asian Association for Regional Cooperation.

Mr. Modi immediately tweeted India’s support for Nepal after the earthquake, reportedly giving Nepal’s prime minister, who was travelling abroad, his first knowledge of the disaster. India has long exerted itself in Nepalese politics as a paternalistic force, and helped broker a peace deal in New Delhi that ended Nepal’s Maoist insurgency, Prof. Hutt says. “Modi has, up until now, played his cards really well. The popular perception is that he’s a friend of Nepal,” Prof. Hutt says. “It was very appreciated, but obviously there’s a strategic agenda at play there, too.”

There is also a clear domestic political rationale for India – not just because many Indians feel an affinity with Nepal, but because the ardent Hindu nationalists who support Mr. Modi’s Bharatiya Janata Party are also keen for religious reasons. Several Hindu hardliners tweeted approvingly of Indian assistance to Nepal’s Hindus, since it might displace assistance from Christian groups or missionaries who are frequently suspected of attempting to convert poor, lower-caste Hindus.

In recent years, China has tried to assert a rival influence. It has far more financial resources than India and has ramped up development assistance and infrastructure spending in Nepal, which is the most accessible route into China’s sensitive autonomous region of Tibet. China rushed rescue teams and aid to Nepal in the wake of the earthquake.

Yves Tiberghien, who heads the University of British Columbia’s Institute of Asian Research, said there will be tension and competition between the two regional powers over the next few years of reconstruction in Nepal.

“When reconstruction has happened, one or the other will have gained an advantage relative to the other, either China or India,” he says. “Will India show that it has capacity in helping rebuild its neighbour, and building infrastructure? Or will this reassert Chinese supremacy in infrastructure development?”