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13/09/16 | 8 h 57 min par Etienne Jacob

La visite française du dalaï-lama sous l’oeil de Pékin

Le figaro.

En déplacement en France cette semaine, le chef spirituel des Tibétains ne rencontrera aucun responsable du gouvernement. La Chine exerce de fortes pressions pour limiter son influence en Occident.

Cinq ans que le dalaï-lama, 14e du nom, n’avait pas foulé les terres de l’Hexagone. Jusqu’au 18 septembre, Tenzin Gyatso, 81 ans, va effectuer des escales à Paris et Strasbourg. Au programme, le dialogue interreligieux, la tolérance, l’environnement. Le guide spirituel tibétain rencontrera également des parlementaires comme Noël Mamère (écologiste) et Jean-Patrick Gille (PS) et sera reçu au Sénat. Mais aucune visite officielle n’est prévue avec des responsables politiques français, que ce soit le président Hollande ou le chef de la diplomatie Jean-Marc Ayrault. De peur de froisser les relations avec la seconde puissance économique mondiale?

En 2008, le dalaï-lama avait été reçu par Nicolas Sarkozy, malgré les menaces de Pékin. «Nous sommes très mécontents de la position erronée de Paris», avait alors protesté le ministre des Affaires étrangères chinois. Depuis 2011, le dalaï-lama s’est totalement retiré de la vie politique. Mais la deuxième puissance économique mondiale voit toujours d’un mauvais œil les actions de celui que l’on surnomme «l’océan de sagesse».

Un conflit historique

Tenzin Gyatso, l’actuel dalaï-lama n’a que 15 ans lorsque les soldats chinois entrent sur son territoire, peu après la victoire des communistes de Mao Zedong. Malgré une relative autonomie promise, les Tibétains ne sont pas satisfaits et se révoltent. Menacé, Gyatso est contraint de fuir dans les contreforts de l’Himalaya, à Dharamsala (Inde), où il réside toujours. Prix Nobel de la paix en 1989, le dalaï-lama dénonce un «génocide culturel» à l’encontre de son peuple. La Chine, elle, l’accuse «d’organiser des révoltes» et de «profaner la religion bouddhiste», considérant le Tibet comme lui appartenant depuis le XIIIe siècle, malgré une déclaration d’indépendance en 1912.

Pressions chinoises

Enseignements, conférences, rencontres… Depuis l’arrêt de ses activités politiques, en 2011, le dignitaire bouddhiste multiplie les déplacements loin de sa résidence. Son influence, sa popularité et son aura à travers le monde gênent les autorités chinoises. D’autant que le Tibet est une zone stratégique, entre l’Inde et la Chine, concurrents historiques pour la suprématie asiatique. Le pays dispose également de fortes ressources naturelles (eau) et minérales (or, cuivre). Aujourd’hui très surveillé par le gouvernement de Xi Jinping, le dalaï-lama est de moins en moins reçu lors de rencontres officielles. «Il est possible aussi qu’il soit entouré de partisans de la ligne dure, qu’ils aient une influence négative», déplorait le dalaï-lama samedi dans un entretien au journal Le Monde.

Ne pas créer de malaise

«Où que j’aille, je ne souhaite pas créer de malaise pour les dirigeants. En fait, le but de mes visites n’est pas de rencontrer des responsables politiques mais le public, les gens. Je n’ai rien à dire aux officiels. Je préfère parler du bonheur», assure-t-il prudemment. Néanmoins, ce dernier possède un avis bien tranché sur ses voisins chinois. «Un pays de plus d’un milliard de personnes, rongé par la corruption et les écarts de richesses, sans État de droit, c’est très triste.» En juin, Barack Obama n’avait pas hésité à recevoir le chef spirituel à la Maison-Blanche. En France, une conférence de Sciences Po initialement prévue, a été subitement annulée.

 

Etienne Jacob – Le Figaro.fr