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06/03/19 | 11 h 53 min par ICT

L’alignement des forces de sécurité du Xinjiang et du Tibet soulignent la politique de verrouillage de la Chine vis à vis des Tibétains et des Ouïghours

 

 

Rapport sur le Tibet intérieur

Il est de plus en plus évident que des officiels militaires et de sécurité du Xinjiang (connu des Ouïghours sous le nom de Turkestan Oriental) collaborent plus étroitement avec leurs homologues dans les zones frontalières du Tibet. Cela reflète ainsi l’alignement des dirigeants chinois sur le Tibet et le Xinjiang et l’importance des deux régions pour le gouvernement chinois dans la réalisation de ses objectifs stratégiques et économiques. Cette coopération dans l’imposition d’une hyper-sécurisation et d’un processus de militarisation est cohérente avec une approche plus sévère et plus coercitive à l’égard des minorités ethniques. Ceci a été particulièrement évident dans le Xinjiang avec l’emprisonnement d’environ un million d’ Ouïghours dans des camps d’internement.

Une opération conjointe des forces de sécurité publique du Xinjiang et de leurs homologues de la province du Qinghai et de la région autonome du Tibet (RAT) visant à bloquer l’accès à un vaste parc national a été rapportée récemment dans les médias d’Etat Chinois.

Un autre article rapportait que des troupes du Xinjiang et de la R.A.T. travaillaient même ensemble dans des gymnases équipés d’appareils de jeux interactifs dans les zones frontalières. Des exercices communs sont organisés par les forces de sécurité publique du Xinjiang et du Tibet. Des drones de grande portée ont récemment été testés sur le Mont Everest (en chinois: Zhumulangma) au Tibet dans le but de renforcer la sécurité dans les deux régions.

Le secrétaire actuel du parti communiste chinois du Xinjiang, Chen Quanguo, en poste auparavant dans la région autonome du Tibet de 2011 à 2016, a d’abord développé un système au Tibet avant de l’appliquer au Xinjiang. Il combine la sécurisation coercitive et la militarisation dans l’objectif d’accélérer la transformation culturelle et politique. Il a le but officiel de « briser le lignage, briser les racines, briser les liens, briser les origines » des Ouïghours et des Tibétains [1]. Ceci reflète la préoccupation idéologique de Pékin – n’ayant que peu ou pas de relations avec la situation réelle sur le terrain – telles que les deux principales régions de minorités ethniques de la République Populaire de Chine (R.P.C.) présenteraient un danger grave et actuel à la sécurité globale de la Chine.

L’accent mis sur le renforcement des liens entre les officiels militaires et de sécurité dans les régions Tibétaines, en particulier la R.A.T. et du Xinjiang, est lié au mandat de Chen et se déroule dans le contexte d’une campagne anti-terroriste dans les deux régions. La dimension est très politique et fait partie intégrale de la nouvelle direction de Pékin qui est imposée aux peuples tibétains et ouïghours.

Plus récemment, le média officiel chinois a rapporté une opération conjointe du Xinjiang et du personnel de sécurité de la R.A.T. pour contrer ce qui a été décrit comme des intrusions non autorisées dans les trois zones limitrophes du parc national, la réserve naturelle de Chang Tang (chinois: Qiangtang), la réserve naturelle de Altun Shan au nord-est du Xinjiang et à la frontière de Hoh Xil (tibétain: Achen Gangyap) dans le Qinghai, ce dernier reconnu comme une zone protégée par le patrimoine mondial de l’UNESCO [3]. Alors que l’opération conjointe se réfère à l’importance de protéger l’habitat de la vie de la faune sauvage, l’annonce dans les médias officiels de cette action, publiée le 24 Décembre 2018, [4] est une indication claire que les autorités vont coordonner leurs actions pour restreindre les mouvements et empêcher que les personnes voyagent librement dans ces vastes espaces du Xinjiang et du Tibet, incluant les tentatives de quitter la République Populaire de Chine (R.P.C.).

L’accent mis sur le maintien de la sécurité aux frontières et la restriction de l’accès dans les zones frontalières soulignent une approche renforcée et inflexible pour “enfermer” les Tibétains et les Ouïghours dans la R.P.C.. Ceci est associé à des efforts plus systématiques pour réduire au silence les Tibétains et les Ouïghours, en particulier quand ils rencontrent des visiteurs étrangers et pour leur interdire les voyages de pèlerinage religieux, que ce soit en R.P.C. ou hors R.P.C.. [5]

Faisant référence à l’arrestation par la police militaire d’un groupe de cinq personnes qui semblaient avoir organisé un voyage de groupe rémunéré à travers les trois principales régions protégées, [6] l’article indiquait: « Récemment, des personnes ont traversé la réserve illégalement, mais celles-ci ont finalement été interceptées par les polices du Xinjiang, du Qinghai et du Tibet. »

L’annonce de l’intervention des forces de sécurité indique également l’imposition vigoureuse d’une décision rendue en Novembre 2017, interdisant l’accès aux réserves naturelles à la population locale, alors que les personnels de sécurité et autres officiels autorisés ont le droit d’entrée. [7] Cet avis indiquait aussi que « toute unité ou individu » aurait l’interdiction d’entrer dans trois zones naturelles majeures incluant Hoh Xil (chinois: Kekexili), une région deux fois plus grande que la Belgique. Les rapports indiquent que les restrictions s’appliquent aussi à deux autres zones limitrophes, la vaste réserve naturelle de Chang Tang et celle de Altun Shan au nord-est du Xinjiang. La note a suscité des inquiétudes sur l’exclusion des bergers tibétains qui utilisent depuis des siècles et avec talent ce paysage isolé et sauvage, coexistant avec la faune et protégeant la terre.[8]

Sous les réformes du Président Chinois Xi Jinping au sein de l’Armée Populaire de Libération (A.P.L.), la région militaire reconstituée « Zone Occidentale » fusionne les régions militaires de Lanzhou et de Chengdu, représentant une formation militaire renforcée pour s’attaquer aux préoccupations principales du Parti concernant la stabilité du Tibet et du Xinjiang. Le « Western Theatre Command » de l’A.P.L. supervise les régions du Xinjiang et du Tibet et gère les problèmes frontaliers avec l’Inde.[9]. En 2016, le rang du Commandement Militaire Tibétain a été élevé au rang supérieur de son homologue des commandements militaires provinciaux lorsqu’il a été placé sous la juridiction de l’A.P.L.[10].

carte chinoise ! délimitant le Chang Tang

Vol d’essai de drone pour renforcer la capacité des troupes frontalières

Dans un souci d’améliorer la sécurité aux frontières du Tibet et du Xinjiang, l’A.P.L. a annoncé un vol d’essai d’un nouveau drone de reconnaissance près du Mont Everest (tibétain: Chomolungma) au Tibet. L’A.P.L. a indiqué que le nouveau drone GJ-2 pourrait renforcer ou même remplacer les troupes dans les terrains difficiles et montagneux des zones frontalières du Tibet et du Xinjiang. [11]

Les médias officiels chinois ont mis l’accent sur l’importance des forces de sécurité du Xinjiang et de la Région Autonome du Tibet (R.A.T.) pour coordonner leurs actions, avec l’organisation de formations communes. Dans un cas, une formation sur le maintien de l’ordre et sur le combat a été tenue pour les troupes du R.A.T. et du Xinjiang à l’Institut de Formation de la Police Populaire de la Ville de Wuhan en Janvier 2018. Un article dans un journal universitaire chinois, obtenu par I.C.T., a déclaré: « un plan de formation a été élaboré avec l’objectif de la construction d’un corps d’instructeurs d’officiers de combat de qualité axé sur des formations théoriques et techniques de base, sur les mouvements tactiques, sur l’utilisation des armes à feu, en tenant compte de la gravité de la situation en matière de lutte anti-terrorisme et de la nécessité de prévenir la violence dans le Xinjiang et au Tibet. Ainsi des formations à thèmes bien définis ont permis de créer un excellent corps d’instructeurs adhérant étroitement aux situations de combat réel lors des entraînements. Grȃce à de telles formations, le niveau de maintien de l’ordre et la capacité de combat parmi les instructeurs participants ont considérablement augmenté. Ceci jette des bases solides pour la promotion du maintien de l’ordre et des activités d’entraînement au combat dans le Xinjiang et au Tibet. »[12]

Nouveaux gymnases pour l’entraînement interactif des troupes du Tibet et du Xinjiang

Des gymnases spéciaux ont été construits dans la zone frontalière de Ngari (Chinois: Ali) pour permettre aux troupes du Xinjiang et du T.A.R. de s‘entraîner dans les conditions extrêmes en haute altitude, que la presse officielle nomme île de neige. A une altitude moyenne de 4500 mètres, ces gymnases ont les derniers équipements tels que des « jeux interactifs somato-sensoriels » devant activer tout le corps et tous les sens de façon à stimuler les principaux groupes musculaires. Un article sur les centres de fitness en Ngari a déclaré : «  Ali (Ngari) est le toit sur le toit du monde et est connu comme la zone interdite de vie. La division de l‘armée d’Ali est stationnée au nord du Tibet à une altitude moyenne de 4500 mètres. La frontière est longue de plus de 900 Km. La majeure partie est située dans les montagnes enneigées. La période de fermeture de neuf mois a fait de la défense frontalière une île des neiges. Les officiers et les hommes de la division de l’armée d’Ali doivent surmonter les durs effets des facteurs défavorables tels que le froid et la manque d’oxygène. Pour cette raison, il faut protéger les officiers et les hommes dans un bon environnement, prendre soin du corps est devenu l’aspiration commune du pays, des entreprises et des personnes de tous les groupes ethniques. » [13]

La présence des troupes du Xinjiang dans la région de Ngari du TAR, à la frontière de l’Inde, s’est reflétée lors de la visite en Novembre 2016 de Wu Yingjie, l’actuel Secrétaire du Parti de la R.A.T., qui a dit que les autorités du Xinjiang avaient activement assisté « le travail social de stabilité » au Tibet pendant longtemps et que maintenant cela serait renforcé, avec un accent particulier sur « la sauvegarde de la sécurité frontalière » et « la lutte contre les passages illégaux des frontières ». Le même rapport officiel de la visite indiquait: « Dans la division de l’armée d’Ali, Wu Yingjie a visité les commandants de l’Armée de Libération du Peuple, les forces armées de police, les officiers et les hommes des forces de la sécurité publique et a exprimé une sincère gratitude au forces du Xinjiang, stationnées dans la zone d’entraînement d’Ali. Il souligna que pendant de nombreuses années, un grand nombre d’officiers et d’hommes ont vécu sur le plateau d’Ali et ont grandement contribué au développement stable d’Ali. C’est une zone frontalière importante dans notre région et sa position stratégique est cruciale. »[14]

Trois jours plus tÔt, le 22 Octobre 2016, Deng Xiaogang, le secrétaire adjoint du parti de la R.A.T., avait rencontré les troupes de la police militaire et les cadres du parti dans une autre zone frontalière sensible, Nyingtri (aussi connu sous le nom de Kongpo, chinois: Linzhi), proche de l’Arunachal Pradesh, état indien que la Chine revendique comme faisant partie de son territoire. La construction d’une nouvelle ligne ferroviaire, commencée en Décembre 2014, à l’est de Lhassa vers Nyingtri, proche de la frontière indienne. La capitale préfectorale de Nyingtri, Bayi est connue comme étant une base de l’A.P.L.

Notes:

[1] Ce propos tiré d’un document officiel du gouvernement a été cité par l’Agence France-Presse, qui a revu plus de 1 500 documents accessibles au public décrivant des achats inquiétants effectués par des organismes gouvernementaux disant surveiller des centres d’éducation: 2 768 matraques de police, 550 aiguillons électriques pour bétail, 1 367 paires de menottes et 27 92 canettes de gaz poivré. Dans un des documents du gouvernement, des officiels ont argumenté que pour construire de nouveaux et meilleurs citoyens chinois, les centres de rééducation doivent d’abord « briser le lignage, briser les racines, briser les liens, briser les origines » Ben Dooley pour l’AFP, 24 Octobre 2018,

https://news.abs-cbn.com/overseas/10/24/18/inside-chinas-internment-camps-tear-gas-tasers-and-textbooks

[2] Pour plus de détails sur l’application politisées de la lutte contre le terrorisme et la législation au Tibet et Xinjiang, voir Campagne International pour le Tibet, « Dangers de la loi chinoise contre le terrorisme pour les Tibétains et les Ouïghours », 15 novembre 2016,

https://www.savetibet.org/dangers-of-chinas-counter-terrorism-law-for-tibetans-and-uyghurs/

[3] Rapport de la Campagne Internationale pour le Tibet, Les nomades dans le no man’s land: La candidature de la Chine au patrimoine mondial de l’UNESCO risque de menacer les Tibétains et la faune », 30 juin 2017,

https://www.savetibet.org/nomads-in-no-mans-land-chinas-nomination-for-unesco-world-heritage-risks-imperilling-tibetans-and-wildlife/

[4] Portail Web xznqnews.com, 24 décembre 2018, en chinois,

http://www.xznqnews.com/news/nqyw/201812/t20181224_2483325.html

[5] Rapport de la Campagne Internationale pour le Tibet, « Accès refusé: Isolement du Tibet par la Chine et arguments en faveur de la réciprocité »,

https://www.savetibet.org/access-denied-chinas-enforced-isolation-of-tibet-and-the-case-for-reciprocity/

[6]Ibid

[7] Rapport de la Campagne Internationale pour le Tibet, « L’interdiction d’accès aux réserves naturelles au Tibet suscite des inquiétudes au sujet des nomades tibétains sur le site de l’UNESCO», 11 décembre 2017

https://www.savetibet.org/ban-on-access-to-nature-reserves-in-tibet-raises-concern-about-tibetan-nomads-at-unesco-site/

[8] La décision semblait également contredire les assurances données par les Chinois à l’UNESCO de «respecter pleinement» les éleveurs locaux et «leur culture traditionnelle, leurs croyances religieuses et leur mode de vie. Déclaration faite au Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO à Cracovie (Pologne), juillet 2017; voir le rapport de la Campagne Internationale pour le Tibet, « L’UNESCO approuve une candidature controversée au patrimoine mondial du Tibet malgré les inquiétudes », 7 Juillet 2017,

https://www.savetibet.org/unesco-approves-controversial-world-heritage-tibet-nomination-despite-concerns/

[9] Rapport de la Campagne internationale pour le Tibet, « À l’intérieur du Tibet: des exercices de tir à balles réelles menés sur de nouveaux tanks au Tibet soulignent les impératifs politiques et la capacité militaire sur le plateau », 21 Juillet 2017

https://www.savetibet.org/ict-inside-tibet-major-live-fire-drill-testing-new-tanks-in-tibet-highlights-political-imperatives-military-capacity-on-plateau/

[10] Selon le journal gouvernemental chinois The Global Times, 13 mai 2016,
http://www.globaltimes.cn/content/982843.shtml « La Chine continue de renforcer sa présence militaire dans la région autonome et vise à permettre au commandement militaire d’assumer davantage de missions de combat, ont indiqué des analystes ».

[11] Asia Times a rapporté le 5 décembre 2018 que: « Le conglomérat militaro-industriel appartenant à l’Etat, Aviation Industry Corporation of China, a dévoilé une nouvelle série de drones de reconnaissance le mois dernier au salon aéronautique de Zhuhai. Mais AVIC a donné peu de détails sur les spécifications et les performances des drones GJ-2 » http://www.atimes.com/article/long-endurance-drones-set-to-patrol-borders-in-tibet-xinjiang/ Selon le Global Times, cité par Asia Times, le GJ-2 peut naviguer à une vitesse maximale de 370 km / h à une altitude de 9 000 mètres et peut rester en l’air jusqu’à 20 heures grâce à son moteur longue endurance turbopropulseur. Un prototype de GJ-2 aurait survolé le Mont Everest à 8 848 mètres au cours d’un vol d’essai

[12] L’article, publié en 2018, sans préciser la date exacte, est intitulé « Formation pour le renforcement des capacités des instructeurs de combat des agences de sécurité publique du Xinjiang et du Tibet », dispensés à l’Institut de formation de la police populaire de la ville de Wuhan. Selon une traduction du chinois à l’anglais par I.C.T., le texte indique: « Conformément au plan de formation du ministère de la Sécurité publique et aux déploiements de travaux pertinents dans le cadre de Aid Xinjiang et de Aid Tibet, du 29 Janvier au 3 Février, les agences de sécurité publique du Xinjiang et du Tibet et des cours de formation et de renforcement des capacités des instructeurs de combat ont eu lieu à l’Institut de formation de la police populaire de la ville de Wuhan. (Base de formation pratique de la police du ministère de la Sécurité publique à Wuhan). »
Cet article a été obtenu à partir d’une base de données en ligne accessible en République Populaire de Chine. Les détails exacts de la publication n’ont pas pu être obtenus.

[13] Site Web des médias d’État chinois, «Un équipement de conditionnement physique de pointe est entré dans la division de l’armée Ali de l’Armée de libération du peuple: aider les officiers et les hommes à « protéger un corps sain », 18 juin 2015

http://www.chinanews.com/mil/2015/06-18/7353880.shtml

[14] Tibet Daily, «Wu Yingjie: Se concentrer sur la consolidation de la fondation à la base, faire du bon travail et du travail stable», 5 octobre 2016