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16/08/16 | 17 h 12 min par Laëtitia Fromenteau

Larung Gar, la ville bouddhiste qui défie les autorités chinoises est toujours menacée de destruction

Larung-Gar1

CETTE VILLE, NICHÉE À FLANC DE COLLINE EST L’UN DES PLUS IMPRESSIONNANTS CENTRES BOUDDHISTES TIBÉTAINS DANS LE MONDE. UN ENDROIT À L’ARCHITECTURE ÉBLOUISSANTE QUE LE GOUVERNEMENT CHINOIS MENACE DE DÉTRUIRE, MALGRÉ L’ÉLAN DE SOUTIEN INTERNATIONAL… DES MILLIERS DE MOINES RISQUENT AUJOURD’HUI L’EXPULSION.

Caché au milieu des hauts plateaux tibétains, l’immense « campement » de Larung Gar fait grincer les dents du Gouvernement chinois. Plus de 40.000 moines, nonnes et étudiants bouddhistes y vivent malgré la pression du Gouvernement.

Les autorités chinoises ont commencé mercredi 20 juillet 2016 la démolition forcée de milliers d’habitations monastiques autour d’un des plus célèbres Instituts d’études du bouddhisme tibétain : l’Académie bouddhique de Larung Gar.

Centre névralgique du bouddhisme tibétain

A 4.000 mètres d’altitude, l’académie de Larung Gar, présentée comme le plus grand foyer bouddhiste en fonctionnement dans le monde, est située dans le comté de Serthar – Seda en chinois – au nord de la Préfecture tibétaine autonome de Garze, dans la Province du Sichuan.

Fondée en 1980 par le regretté professeur Khenpo Jigme Phuntsok, membre des « Bonnets rouges », l’Institut decette vallée autrefois inhabitée, est devenue, en quelques années seulement l’une, des plus grandes et influentes « Universités » bouddhistes du monde.

Aujourd’hui, il s’agit d’un immense « campement », regroupant un Institut et un Monastère, ainsi qu’un lacis de ruelles bordées de milliers de maisons en bois où peuvent cohabiter près de 40.000 personnes, dont 20.000 nonnes et moines.

Une destruction programmée : réduire la surface du site et sa population

En 2001, Larung Gar avait subi une campagne de « rééducation patriotique » au cours du démantèlement de l’ Institut. Les autorités chinoises avaient procédé à la destruction de 2 000 logements et à l’expulsion des membres de la communauté monastique et des pratiquants laïques, qui représentaient plus de 8.000 étudiants. La répression chinoise était en marche mais sans grand succès, puisqu’il semblerait que plus de 1.000 nouvelles cabanes en bois s’ y soient construites chaque année. En 2015, plus de 600 membres du Centre ont reçu l’ordre de partir, tandis que près de 400 membres âgés de plus de 60 ans avaient également été invités à quitter les lieux.

En 2016, soit 15 ans plus tard, les autorités chinoises s’attaquent encore à Larung Gar. Alors que la ville abrite 40.000 habitants, le Gouvernement veut cette fois réduire ce nombre à 5.000. L’objectif est déjà énoncé, et près de 10.000 habitations sont vouées à la destruction, avant le 30 septembre 2017.

Cette nouvelle opération devrait être suivie d’installation de caméras de surveillance. L’ordre vient des autorités supérieures, sous les directives du Président chinois Xi Jinping, selon les rapports de RFA.

Depuis les travaux de démolition qui ont débuté le 20 juillet dernier, au moins 600 habitations ont été rasées. En outre, « les téléphones et les médias sociaux ont été étroitement surveillés par les autorités », rapporte un résident de l’Académie, selon les sources des services tibétains de Radio Free Asia (RFA, le 3 août à Washington). Il ajoute : « Personne n’a le droit d’aller à proximité des zones détruites ou de prendre des photos ou des vidéos des activités de démolition en cours là-bas. »

Ces restrictions ont bloqué tous les rapports sur l’étendue de la destruction qui vient d’avoir lieu, et les autorités sont activement à la recherche de tous ceux qui peuvent avoir déjà envoyé des images de logements nivelés et d’autres structures vers des contacts extérieurs.

Les dirigeants monastiques ont exhorté les moines et les nonnes de l’ Institut à ne pas résister à la destruction de leurs maisons. « Ma propre maison, qui a été construite avec l’argent fourni par ma famille, a été démolie sans aucun souci  pour  tous les gens qui y vivaient », déclare cette même source dans le rapport de RFA. Cela signifie que certains logements regroupent maintenant jusqu’à 15 personnes.

Bien qu’il n’y ait eu aucune protestation, les autorités chinoises ne prennent aucun risque.  Les forces armées de sécurité  ont entre-temps été postées sur le site de travail et dans les,comtés voisins de Draggo – Luhuo – , Tawu -Daofu-  et Kardze – Ganzi- ; des avertissements d’arrestation et d’emprisonnement sont divulgués pour toute tentative de protestation ou de résistance.

Si le Parti Communiste  Chinois est contraint de tolérer l’ I nstitut pour ne pas réveiller la colère des hauts plateaux, il veille au grain et s’inquiète d’une forte concentration de moines tibétains en habits rouges.

Difficile d’estimer combien de religieux s’abritent aujourd’hui, ici ?

Autre décision gouvernementale : la séparation entre l’Institut de Larung Gar et son Monastère.

Parmi les 5.000 personnes autorisées à rester, il sera fait une distinction claire entre les étudiants du Monastère et ceux de l’Institut.  Le contenu des enseignements ne pourra être que strictement religieux dans le Monastère, et purement laïque à l’Institut. Ce dernier sera administré comme n’importe quelle autre école gouvernementale.

Laëtitia Fromenteau pour France Tibet