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19/11/16 | 0 h 03 min par Laëtitia Fromenteau

LARUNG GAR / TREK MAGAZINE RELAIE L’APPEL URGENT POUR LE MONASTERE

Larung Trek

 APPEL AUX VOYAGEURS , TOURISTES et  HIMALYISTES, même amoureux du Tibet ou de la Chine, ne pourrions pas envisager de ne plus rejoindre ces destinations, tant que cette barbarie n’aura pas cessé – note de la rédaction de France Tibet-.

 

Agissons ! La Chine veut détruire le monastère tibétain de Larung Gar

Perché à plus de 4000 mètres d’altitude, à flanc de colline, Larung Gar est un véritable trésor architectural et humain que le gouvernement chinois a entrepris de détruire, malgré l’élan de soutien de la communauté internationale. Des milliers de moines, nonnes et étudiants risquent aujourd’hui l’expulsion.

Le site de Larung Gar, comté de Serthar, province du Sichuan. © Franck Charton
Le site de Larung Gar, comté de Serthar, province du Sichuan. © Franck Charton

Une ordonnance de démolition lancée le 20 juillet 2016 vise en effet à réduire les effectifs de Larung Gar de 50% et à expulser au moins la moitié de ses 10 000 résidents, avant la fin de septembre 2017. Environ 3000 moines et nonnes ont déjà été expulsés et plus de 1000 habitations monastiques détruitespar les bulldozers.

Une destruction programmée

Depuis 2001, c’est la troisième démolition de cet Institut, la plus grande institution bouddhiste tibétaine au monde. Selon les organisations non gouvernementales impliquées dans la défense de Droits de l’Homme, ces premières séries de démolitions et d’expulsions avaient causé une détresse généralisée parmi les Tibétains. Le choc était tel que certains se sont suicidés, tandis que d’autres sont devenus psychologiquement fragiles. Quinze ans plus tard, les faits se reproduisent.

Une ordonnance de démolition et d’expulsion

Une ordonnance de démolition a été publiée par les autorités chinoises. Elle définit une à une les différentes étapes de la démolition des résidences monastiques et l’expulsion de milliers de moines, moniales et pratiquants laïques. Dans le cadre des plans émanant de l’administration locale, une série de déménagements forcés et de vastes travaux de démolition sont mis en œuvre, afin de réduire le nombre de résidents du complexe moastique de 10 0000 à 5 000 personnes, d’ici septembre 2017. Environ 3000 moines et nonnes ont déjà été expulsés de Larung Gar, et environ 1000 habitations détruites.

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Larung Gar, avant le début des destructions © Franck Charton.

« Les téléphones et les médias sociaux sont étroitement surveillés par les autorités » relate Radio Free Asia. « Personne n’est autorisé à s’approcher des zones détruites ou à prendre des photos ou des vidéos des activités de démolition qui s’y déroulent« . 

Les dirigeants monastiques ont exhorté les moines et les nonnes de l’institut à ne pas résister à la destruction de leurs maisons. Bien qu’il n’y ait eu aucune réelle protestation jusqu’à ce jour, les autorités chinoises ne prennent aucun risque. Les forces armées ont entre-temps été postées sur le site et dans les comtés voisins. Si ce vaste plan n’est pas respecté par les résidents de Larung Gar, les autorités chinoises ont affirmé que des punitions sévères seront imposées. Il s’agit notamment d’expulser des personnes supplémentaires, voire même de détruire Larung Gar dans son intégralité.

Le plus grand centre bouddhiste au monde

Cette incroyable académie, créée en 1980 par le maître Khenpo Jigme Phuntsok (membre de la secte Nyingmapa plus couramment appelée Bonnets rouges), est l’un des plus impressionnants centres bouddhistes au monde. En 1987, le 10e Panchen Lama bénit l’Institut et lui donna son nom actuel de « Sertar Larung Gar Ngarig Nangten Lobling ». Son ambition ? Faire de Larung Gar « une oasis spirituelle », avec la volonté de créer le plus grand Centre d’études bouddhistes non sectaire, dans le monde.

L'institut bouddhiste de Larung Gar. © Franck Charton
L’institut bouddhiste de Larung Gar. © Franck Charton

Larung Gar, situé aux confins du Sichuan dans le comté de Serthar, au nord de la préfecture autonome tibétaine de Garze, caché au milieu des hauts plateaux tibétains, était jusqu’au début des années 1980 une vallée inhabitée. En quelques années seulement, cette ville est devenue l’une des plus grandes et influentes « universités » bouddhistes au monde. Malgré une situation géographique particulière, ce foyer a évolué grâce à quelques disciples. Aujourd’hui, il s’agit de la plus grande « colonie bouddhiste » : un immense campement religieux (un gar), regroupant un institut et un monastère, ainsi qu’un lacis de ruelles bordées de milliers de maisonnettes monastiques sans confort où peuvent cohabiter près de 40 000 personnes, dont 10 000 nonnes et moines, malgré la forte pression du gouvernement chinois, depuis 2001.

Yachen Gar également visé

L’arrêté de démolition vise également un autre lieu symbolique, celui de Yachen Gar (ou Yarchen Gar). Des images et des vidéos récentes attestent également qu’un arrêté de destruction similaire a été délivré pour cette ville, située dans le comté de Pelyul (en chinois, Baiyu) dans la préfecture autonome du Tibet de Garze. En 2001, Yachen Gar a dû faire face à des destructions partielles, tout comme Larung Gar.

Yachen Gar

Ces photos récentes montrent des logements détruits par les résidents eux-mêmes avant l’arrivée des équipes de démolition à Yachen Gar, afin de sauver leurs effets personnels. Source : France Tibet.

145 immolations depuis 2009

Au Tibet, la religion est étroitement contrôlée par une politique élaborée, faite de lois répressives, de règlements et de campagnes d’endoctrinement assurés par le Gouvernement de Xi Jinping. Face à cette sinisation, les Tibétains sont poussés à l’exaspération et au désespoir, voire à l’ultime geste de l’auto-immolation. Ces dernières années, plus d’une centaine de Tibétains se sont immolés par le feu (le chiffre s’élève même à 145 selon SaveTibet. Un geste de désespoir pour dénoncer la répression chinoise. Une répression qui prend la forme d’un « génocide culturel » selon le Dalaï Lama, lui-même. « Ce phénomène consiste à organiser la colonisation des régions tibétaines par des Hans (92% de la population chinoise, ndlr), une infiltration qui passe par la religion. »

De nombreuses pressions ont été exercées par les autorités pour forcer les expulsions : réquisition des résidences avec cadenas aux portes, signature de documents officiels acceptant l’abandon de leur maison et le retour dans leur ville d’origine, sous peine de représailles violentes. Arrestation, torture, emprisonnement, incitation monétaire à certains religieux afin qu’ils partent … Tous ceux qui ont été forcés de quitter Larung Gar doivent subir également une « réeducation patriotique » pendant six mois, dès leur arrivée dans leurs localités d’origine. Certains d’entre eux sont également soumis à des périodes de détention forcées, allant jusqu’à un an et demi, selon des sources anonymes de Radio Free Asia (RFA).

Egalement, selon une source locale de Radio Free Asia, les autorités qui supervisent la destruction de Larung Gar ont annulé le festival religieux annuel appelé Dechen Shingdrup ou « Accomplishing the Pure Land of Great Bliss ». Ce festival de huit jours commence le 18e jour du neuvième mois du calendrier lunaire tibétain ; cette date tombe, cette année, le 17 novembre. De ce fait, les autorités ont interdit tous les rassemblements publics. Les moines et nonnes sont donc forcés de rester dans leurs chambres pour prier en privé.

Comprendre et aller plus loin

Le reportage « Tibet, la Chine à l’assaut du bouddhistme, au Larung Gar de Serthar », diffusée par Arte (12 mn, 2011)

• Livre « Les Tibétains« , de Marie-Florence Bennes, éditions Ateliers Henry Dougier, 2016.

« Immolations au Tibet. La honte du monde », par Tsering Woeser, poétesse tibétaine renommée, essayiste.

Le guide des monastères du bouddhisme tibétain, par Franck Charton, Trek magazine n°171, septembre-octobre 2016.

Agir contre la destruction de Larung Gar

Quelques sites d’ONG et médias de défense de droits de l’homme et luttant contre la sinisation actuelle du Tibet : Radio Free Asia, Human Rights Watch, freetibet.org, savetibet.org, tibet.fr, standwithlarunggar.org

• Change.org a mis en place une pétition pour sauver Larung Gar. Elle sera adressée aux Nations Unie

Introduction to Tibet, sur le site de l’ONG Free Tibet pour comprendre pourquoi et comment le Tibet est aujourd’hui l’une des sociétés les plus réprimées et les plus fermées du monde.